Affi et l’Afd boycotteront le référendum mais espèrent gagner les législatives pour modifier la nouvelle constitution

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Dans sa volonté de combattre l’actuel projet de Constitution à soumettre à référendum dans deux semaines, deux actions ont été annoncées le vendredi 14 octobre 2016 par Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien (Fpi) et de l’Alliance des forces démocratiques (Afd), au cours d’une conférence de presse animée au siège de son parti à Attoban-2 Plateaux.

Boycotter le référendum constitutionnel est la première option choisie par Affi pour faire barrage au projet de nouvelle Constitution dans sa dernière ligne droite vers le référendum.

« Nous ne pouvons pas nous sentir concernés par cette Constitution. Elle n’est pas la nôtre puisqu’elle n’est pas une Constitution. Ce référendum ne nous engage puisque ce n’est pas un référendum constitutionnel. C’est pourquoi nous appelons tous nos militants, tous nos compatriotes qui croient au combat que nous menons, à ne pas se sentir concernés par ce qui va se passer le 30 octobre 2016. (…) Il faut que les Ivoiriens circulent, qu’ils vaquent à leurs occupations parce que l’opération qui va se dérouler le 30 octobre ne les concerne pas. (…) Nous ne pouvons pas nous faire complice de cette mascarade », a donné comme mot d’ordre Affi, en présence des membres de l’Afd. Pour soutenir qu’il est dans son droit de boycotter le référendum constitutionnel, Affi a indiqué que le “oui’’, le “non’’ et l’abstention sont les 3 issues possibles d’un vote.

C’est pourquoi, il a ajouté : « L’abstention est une posture électorale. (…) L’abstention joue aussi sur la crédibilité du scrutin, sur la légitimité de l’opération électorale. Nous ne sommes pas condamnés à dire “oui’’ ou “non’’. Chacun est libre de choisir entre le “oui’’, le “non’’ et l’abstention. (…) Aller dire “non’’, c’est participer. Et participer, c’est être comptable. Cette participation sera peut-être utilisée pour corriger la faiblesse de la procédure. (…) La seule chose qui reste à Alassane Ouattara pour sauver son projet, c’est la participation. C’est pourquoi, d’ailleurs, quand nous avons commencé à manifester, ils (les partisans du président Ouattara, Ndlr) ont été prompts à nous recommander d’aller voter “non’’. Ils savent qu’ils ont besoin du “non’’ du Fpi. Nous ne leur donnerons pas notre “non’’. (…) Il y a des “non’’ compromettants. »

Si, selon Affi, sa participation à la présidentielle 2015 avait un sens, cela n’est pas le cas avec le référendum constitutionnel.

Faisant alors allusion à la posture adoptée sur la question depuis longtemps par sa fronde menée par Abou Drahamane Sangaré, il estime que le boycott n’a pas « un père » : « Nous ne regardons pas la posture des autres. (…) Nous faisons l’effort de nous mettre au-dessus de ces contingences. Nous n’avons aucun complexe que d’autres Ivoiriens lancent un mot d’ordre de boycott. Si la forme pour exprimer ce boycott n’est pas en contradiction avec notre culture, notre démarche, nous serons ensemble pour mener ce combat. »

L’autre option choisie par Affi pour se mettre en travers du chemin de la nouvelle Constitution est son abrogation après l’obtention de la majorité des sièges aux prochaines élections législatives.

« La bataille pour l’abrogation de cette Constitution est un rêve. Mais je suis persuadé que cette bataille sera une réalité. (…) Les moyens juridiques pour abroger cette Constitution existent. Eux-mêmes (les initiateurs de la nouvelle Constitution, Ndlr) ont prévu des dispositions pour la révision de Constitution. Et comme ils ne sont pas attachés à la légalité (…), ils ont assoupli les conditions de révision de la Constitution. Aujourd’hui, il n’y a aucune matière rigide en termes de révision. (…) Si le peuple nous porte majoritairement à l’Assemblée nationale, nous allons utiliser ce qui a été prévu pour le monarque pour mettre fin au monarque », a expliqué le président du Fpi et de l’Afd.

Il a, également, promis que pour protester contre la nouvelle Constitution, ses actions sur le terrain se poursuivront.

Affi a, enfin, déclaré qu’il n’exclut pas une saisine du Conseil constitutionnel pour la mise à l’écart du bulletin unique au profit de deux bulletins pour le vote référendaire. Car, a-t-il fait savoir, l’utilisation du bulletin unique est inscrite « dans la loi électorale » et ne peut pas être « modifiée par un décret. »

« Ce que la loi a prescrit, seule une loi peut la modifier », a-t-il souligné.

Alex Aguié

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