Côte d’Ivoire – Ahoussou : de la chute à la Primature au Sénat ou décryptage d’une résilience qui fait rêver

11975

Lorsque son nom est encore évoqué parmi les présidentiables pour 2020 , peu de personnes osent parier sur lui, à cause de son infortune à la Primature en 2012.

Il avait été limogé et présenté comme pas qualifié pour le job, alors que son entourage aime lui prêter cette petite explication de texte : « On ne devient pas incompétent à mon âge après avoir parcouru un tel chemin ».
Convaincu de sa bonne étoile, et de la justesse de sa posture, Jeannot Kouadio Ahoussou ne s’est pas découragé trop longtemps après l’épisode du départ du poste de Premier ministre. Au contraire, il s’est aussitôt remis à l’ouvrage là où il avait été parachuté, aussi bien avec le même entrain, qu’avec le même enthousiasme, sans regret aucun . Avec lui, la phrase selon laquelle, un homme politique n’est jamais fini, prend tout son sens.
Alors que des membres de son entourage le voyaient en opposant et en pourfendeur du Président Alassane Ouattara, et qu’ils le poussaient à l’affrontement pour ravir le leadership de la contestation à KKB et autres dans le Pdci Rda, Jeannot Ahoussou Kouadio, a choisi de garder la sagesse du juste.
Il ne s’est donc pas adonné à des déclarations fracassantes, et tapageuses. Il a admis que le Président Bédié n’a pas insisté pour son maintien à la Primature, pour le protéger de périls plus graves.
Il a même aussi compris que le Président Ouattara voulait le mettre à l’épreuve, éprouver sa résilience et sa capacité à prendre les coups, à demeurer focus sur l’essentiel, dans la fidélité et dans la loyauté politique, malgré les adversités, les épreuves, et même les frustrations réelles ou supposées.
Qu’est ce qu’un leader s’il n’est pas en mesure de réunir cette résilience, d’avancer malgré l’adversité ? Qu’est ce que le charisme en politique, s’il n’est que populisme , au lieu d’être une rigoureuse démarche , sans ruse, ni calcul d’ordre personnel , vers le bien-être général ? Peut-on dire qu’Ahoussou Jeannot a réussi son examen de passage, au point d’avoir regagné à nouveau totalement la confiance aussi bien du chef de l’État Alassane Ouattara, que du Président Henri Konan Bédié. Absolument !
Puisque dans un accord presque parfait, ceux-ci tenaient à faire de lui, le visage qui incarnerait le premier Sénat de la Côte d’Ivoire indépendante. À, au moins deux reprises en Conseil des ministres au cours des derniers mois, en présence ou en l’absence du concerné, le chef de l’État l’a dit à haute et intelligible voix, afin que nul n’en ignore. Et alors que tout le monde annonçait pour après 2020 la mise en place du Sénat, Ahoussou y croyait encore, multipliant des missions d’imprégnation au Cameroun, au Canada….
Le Président Ouattara et le Président Bédié ont tenu parole et réussi leur pari : Jeannot Ahoussou Kouadio, tenté à ses moments de spleen, d’abandonner ses mandats électifs et politiques, pour reprendre sa toge d’avocats et la route de son cabinet désertée depuis des années, ne pourra plus s’offrir cette « folie », puisqu’il est désormais le Président du Sénat.
Jeannot Kouadio Ahoussou est appelé à donner corps et vie, au Sénat ; à incarner cette institution avec laquelle, les populations ivoiriennes doivent de plus en plus compter.

[ Et déjà on se permet de spéculer : et si cette étape n’était pas la dernière ? Et si le Sénat n’était pas la fin ? ]

Cité en vain à l’époque dans la course à la vice-présidence, et désormais considéré par certains comme étant mis désormais et définitivement au garage avec la Présidence du Sénat, Ahoussou Jeannot n’a assurément pas dit son dernier mot. Il n’y a qu’à regarder du côté de son désormais jumeau en institution, Guillaume Soro, ou même du côté du Conseil économique, social et environnemental, pour savoir qu’il n’existe pas de garage pour un acteur politique, et que toute opportunité, aussi petite soit-elle, peut être transformée en tremplin. Le casting pour l’alternance en 2020 n’a pas fini de livrer ses secrets. Ce n’est pas le Président Bédié qui a dit à certains de ses visiteurs, qu’il a trois jeunes sous la main ( sans dire leurs noms ), qui dira le contraire.
À près de 69 ans en 2020, Ahoussou Jeannot est bien un jeune par rapport au Président du Pdci. Qui vivra verra !

Alafé Wakili

PARTAGER