Dernère publication
L’article ci-dessous est paru dans L’intelligent d’Abidjan (L’IA) numéro 4359 du mardi 29 janvier 2019, avant même la démission de Guillaume Soro, et au lendemain de l’annonce faite par le chef de l’État relativement à la démission en février 2019, de celui qui était chef des députés. Alors que tout paraissait tendu entre le Alassane Ouattara et Guillaume Soro, le journal envisageait pourtant une relation apaisée, malgré et surtout après la démission. Bonne lecture !
« Selon le chef de l’État, Guillaume Soro doit démissionner en Février 2019, de la présidence de l’Assemblée nationale. Le Président a donné l’information aux journalistes hier, mettant ainsi fin à un certain nombre de spéculations sur la question depuis plusieurs semaines.
Le chef de l’État a laissé entendre que la démission est de commun accord. « C’est entendu, c’est réglé », a-t-il précisé.
L’occasion est bonne pour revenir sur la relation entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Dans son édition du lundi 21 janvier 2019, l’IA avait déjà évoqué le sujet de façon générale, relativement aux anciens présidents de l’année nationale , et à leurs relations avec les chefs de l’État qui étaient en exercice. Sans doute, les uns et les autres feront un jour des témoignages publics et assumés, laissant peu de places, aux révélations souvent démenties ou non des médias.
Dans le lot ces révélations, l’IA est en mesure de révéler c’est depuis le mois de juillet 2018, en marge du dernier Traité d’amitié et de coopération entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, tenu à Yamoussoukro à l’époque, que les relations entre Ouattara et Soro ont pris un coup plus fort que les irritations et colères habituelles et régulières, malgré la crise de la découverte d’armes à Bouaké, en 2017 .
À cette période, avait eu lieu la polémique sur le sort de Samba David en prison, autour de cette question : « avait-il été ou non empoisonné ? Suite à une publication sur les réseaux du confrère Assalé Tiémoko de l’hebdomadaire l’Éléphant déchaîné, Guillaume Soro avait lui-même, publié une réaction sur les pour s’inquiéter du sort du détenu, présenté comme prisonnier politique. Dans la foulée, il s’était aussi inquiété du sort de Soul To Soul libéré quelques semaines plus tard.
Interpellé sur la question, via Konaté Sidiki, le Président de l’Assemblée nationale avait fait dire au chef de l’État que son compte avait été piraté, et qu’il n’était pas l’auteur du post. Sur ce le chef de l’État a demandé un démenti, et même suggéré des poursuites judiciaires contre l’auteur du piratage du compte, qui serait un journaliste, selon les informations fournies à l’émissaire choisi par le chef de l’État. Avant de recevoir cette version, Alassane Ouattara avait estimé qu’il n’était pas responsable qu’une personnalité du rang de Guillaume Soro, issu de la majorité présidentielle, se permette de jeter l’opprobre sur l’administration ivoirienne, et d’indiquer notamment qu’il y avait lieu de craindre le sort de Soul To Soul, encore en prison.
À cette époque, les deux hommes étaient déjà au bord de la rupture, mais ils ont su calmer, grâce à un concours de circonstances, notamment un voyage express du chef de l’État dans la sous région, l’imminence du discours du 7 août 2018, avec l’annonce d’amnistie presque pour tous, y compris la libération de Soul To Soul. Les choses semblaient s’être ensuite apaisées surtout que déjà en septembre 2017, Guillaume Soro avait été absent au congrès ordinaire du Rdr. Ce qui ne l’avait pas empêché d’intégrer la direction du parti par la suite, ni d’assister quelques mois plus tard , notamment en mai 2018, au congrès extraordinaire qui avait validé l’adhésion du Rdr au Rhdp.
Dans l’esprit du chef de l’État, tout semblait allait au mieux, dans le meilleur des mondes , puisque toutes ces postures ont été adoptées librement par Guillaume Soro, à qui il aurait été dit qu’il est libre de faire le choix qui lui convient le mieux au cas.
Par la suite, à la faveur de la crise ouverte et de la rupture entre les Présidents Ouattara et Bédié, la position de Guillaume Soro est parue intenable, notamment sur la question du Rhdp.
En avril 2018, à l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro avait plaidé en faveur d’un Rhdp qui n’exclut pas, mais qui rassemble. Dans la même période après une série de polémiques et de déclarations fortes, le Président Bédié signait alors avec tous les autres leaders , en marge de la mise en place du Sénat à Yamoussoukro, le manifeste du parti unifié, avant d’y mettre un bémol , lors du bureau politique du 18 juin 2018, et même de dénoncer l’accord et d’en sortir à partir du 9 août 2018.
Une situation qui a rendu difficile la posture de Guillaume Soro, à l’égard du Président Ouattara, alors qu’il avait poursuivi avec Bédié un rapprochement déjà noué en 2017 à Paris, lorsque le Président du Pdci s’était présenté comme son protecteur. Le Président Bédié avait dit cela alors que Soul To Soul venait d’être arrêté, et que selon Guillaume Soro, les sanctions et la répression s’abattaient sur tous ceux qui étaient dans son entourage.
Au cours de cette période du reste, le chef de l’État, Alassane Ouattara avait – en privé – déploré que son aîné Bédié ait choisi d’être un protecteur « partisan », au lieu d’être un facilitateur entre lui et Soro , après avoir bien entendu réprimandé son protégé, sur la cache d’armes. Alassane Ouattara avait estimé que le Président Bédié n’avait pas joué son rôle, le bon rôle de sage et d’aîné.
« Il dit que Bédié veut lui arracher Soro , jouer Soro contre lui, et accepter aussi que Soro le monte comme lui. Pourtant la découverte des armes était là. Il y avait quand même cela. Et le régime venait de subir un coup avec cette mutinerie. Voici que Bédié banalisait tout ça, et passait même au chef de l’État des messages du genre, il y’aura un soulèvement si Soul To Soul est arrêté. C’en était trop pour lui », avait confié à l’époque une source autorisée.
Si le protecteur passe dans l’autre camp, comment faire ? Faut-il changer de protecteur , ou le suivre pour continuer d’être protégé ? Guillaume Soro a choisi de ne pas abandonner Bédié son protecteur.
Le problème, oui un vrai problème, est que , malgré ses désaccords, malgré les vexations, malgré les discours des uns et des autres, malgré les coups reçus , Guillaume Soro s’est souvenu qu’avant le Président Bédié, le Président Ouattara fut quand même son protecteur, et qu’il ne pouvait pas ne s’en tenir qu’aux mauvaises choses, en oubliant les bons moments passés. C’est Choi qui avait rapporté cette confidence de Laurent Gbagbo lorsqu’il était allé lui faire ses adieux à Korhogo : « Oublions les mauvaises choses, ne retenons que les bonnes ».
Jusqu’à la crise post électorale, le Président Gbagbo et le représentant du SG de l’ONU en Côte d’Ivoire avait eu les meilleurs rapports ; des rapports qui se sont gâchés dans la foulée du second tour, lorsque Choi a certifié le résultat de la CEI donnant le candidat Alassane Ouattara vainqueur.
Ainsi Guillaume Soro n’a pas voulu que retenir les mauvais moments actuels. Il a donc souhaité une séparation à l’amiable, une rupture arrangée avec Alassane Ouattara. Il aurait préféré ne pas arriver à la rupture. Il aurait souhaité avoir aussi bien la protection de Bédié, que celle de Ouattara, et apparaître ainsi comme un homme fort, un homme de rassemblement dans cette Côte d’Ivoire, qui revient avec force aux divisions anciennes, mais le chef de l’État, le Président du Rhdp, ne lui a pas laissé le choix.
Selon nos informations, pour Alassane Ouattara, les rapports affectifs ou autres peuvent sans doute continuer , mais le temps est venu de tirer les conséquences de leur désaccord politique.
Le chef de l’État a fait savoir clairement à Guillaume Soro, qu’il ne pouvait pas continuer à occuper le fauteuil de Président de l’Assemblée nationale avec une majorité Rdr-Rdhp, alors que le candidat Rdr qu’il fut à la base à Ferkessedougou n’est plus plus membre de ce parti, qui se mue en Rhdp.
Guillaume Soro a accepté de tirer les conséquences politiques de la rupture, en partant de la présidence de l’Assemblée nationale. Entre-temps, il est passé par Blaise Compaoré et Lambert Kouassi Konan, qu’il sait écoutés du chef de l’État, pour montrer patte blanche sur certains sujets, et faire savoir clairement qu’il ne souhaite pas être dans une posture d’affrontement politiques ouvert avec Alassane Ouattara !
Mais jusqu’à quand, le « gentlemen agrement » sera-t-il possible? Jusqu’à quand les sorties ou attaques de Nyamsi, des autres internautes pro Soro, traitant Ouattara de dictateur, jusqu’à quand Guillaume Soro lui-même traitant un baron du Rhdp de gringalet, jusqu’à quand les proverbes de sagesse « malinke »autour d’un grain à Ferké, pourront-ils permettre une relation apaisée ? Jusqu’à quand les interviews démenties, réelles ou imaginaires, pourront-elles permettre une relation normale entre père et fils ? Les initiatives contre Soro des autres gens du camp Ouattara, la guerre ouverte entre Bédié et le Rhdp, pourront-elles retarder encore , et empêcher durablement la guerre totale entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro, entre le père et le fils ?
Si Alassane Ouattara a endossé l’affrontement avec Henri Konan Bédié, si Alassane Ouattara n’exclut pas que Laurent Gbagbo est toujours là, la peur ou plutôt le refus de l’adversité avec Guillaume Soro, peuvent-ils faire prospérer le «gentleman agrement»?
« Malgré tout, le Président continue d’avoir de l’affection pour Guillaume Soro et le considère comme un jeune frère , à défaut de dire fils et fiston comme avant, et comme il le dit pour AGC et Hambak. Mais quelque chose s’est brisé et s’est cassé entre eux. Même si la guerre totale n’a pas lieu, les choses ne seront plus possibles comme avant. La rupture politique sera actée. Les rapports humains peuvent demeurer, mais quel sera leur poids et leur impact dans le cadre des enjeux et des batailles politiques à venir. Le Président Bédié a bien dit que l’autre fois, le Président Ouattara l’avait appelé pour s’enquérir de ses nouvelles lorsqu’il ne l’avait pas vu à Yamoussoukro à l’hommage rendu au Président Bédié; ils peuvent même s’appeler pour les voeux , leurs épouses peuvent se voir, la courtoisie peut être au rendez-vous, mais la rupture politique est là ; et ces choses là l, ces sentiments ne peuvent rien y changer. Ouattara et Soro pourraient continuer à s’embrasser, mais la rupture politique est là. Elle est actée », commente notre source citée plus haut, et qui a requis bien entendu l’anonymat.
Charles Kouassi





