Dernère publication
J’avais prévenu que cet espace était ouvert à tout le monde. Je saisis une circonstance particulière – celle du décès de Tanella Boni Koné – pour commencer cette ouverture annoncée à d’autres signatures, car je ne pourrais écrire mieux que ne l’a fait mon condisciple Kouadio Jacky Koffi, dont je publie le témoignage en guise de Lettre de l’IA ce jour.
Bonne lecture, et à mercredi pour revenir sur la suite des commentaires autour de la sortie du Procureur de la République, sur les réactions suscitées par le 19 septembre 2026, et sur d’autres sujets qui peuvent ensemble nous préoccuper.
À MONSIEUR KOUADIO DECAIRD,
CHEF DE DÉPARTEMENT DE PHILOSOPHIE
UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY
Objet : Hommage à notre chère Professeure Tanella Boni – compassion et condoléances à toute la famille philosophique
Cher frère de promotion,
Cher Professeur,
Cher chef du Département de philosophie,
Je voudrais, en ces moments particulièrement douloureux, m’adresser à toi non seulement en ta qualité de Président du Département de philosophie de l’Université Félix Houphouët-Boigny, mais aussi comme compagnon de la même promotion 1990-1996, témoin, comme moi, d’une partie de cette belle histoire universitaire dont notre chère Professeure Tanella Boni fut l’une des grandes figures.
Car avant d’être notre Professeure, Tanella Boni fut pour nous, étudiants des années 1990, une rencontre qui allait marquer toute une génération.
Je me souviens encore de cette époque.
Nous étions 213 étudiants dans notre promotion, dont seulement 18 jeunes femmes.
Et lorsque cette femme, avec sa voix sublime, son éloquence, sa culture et cette présence qui imposait naturellement le respect, entrait dans l’amphithéâtre Léon Robert pour nous enseigner l’histoire de la philosophie, une interrogation traversait certains de nos jeunes esprits :
« Mais que fait une femme parmi nos hommes enseignants de philosophie ? »
Nous ne savions pas encore que cette femme allait devenir l’une des figures qui marqueraient durablement notre formation et, au-delà, l’histoire intellectuelle et littéraire de notre pays.
Très vite, nos préjugés ont laissé place à l’admiration.
Tanella Boni ne nous enseignait pas seulement l’histoire de la philosophie : elle nous apprenait à penser.
Elle nous a appris à lire, à chercher, à questionner, à comprendre et à transmettre.
Elle nous a familiarisés avec la littérature.
Elle nous a ouvert les portes de la pensée.
Elle nous a donné le goût des livres et le désir de comprendre le monde.
Nous avions même fini par lui donner affectueusement le surnom de « Madame Émile Bréhier », tant cet ouvrage consacré à l’histoire de la philosophie était devenu indissociable de son enseignement.
Puis vint la maîtrise et, avec elle, Le Contrat naturel de Michel Serres, qui nous invitait à repenser notre rapport à la Terre et à la nature.
Et là encore, notre Professeure ne s’est pas contentée de nous faire lire un grand penseur.
Elle nous a permis de le rencontrer.
Michel Serres est venu en Côte d’Ivoire.
Nous avons pu l’écouter, le voir et approcher cet immense philosophe.
Pour de jeunes étudiants que nous étions, c’était un privilège exceptionnel.
C’était aussi cela, Tanella Boni :
ouvrir les portes du savoir, rapprocher les générations et transformer une salle de cours en fenêtre ouverte sur le monde.
Une prédécesseure qui nous laisse un immense héritage
Cher chef de département,
Aujourd’hui, tu as la responsabilité de conduire le Département de philosophie.
Mais avant toi, notre chère Professeure Tanella Boni en fut également l’une des premières responsables.
Elle fut donc ta prédécesseure.
Cette réalité donne à sa disparition une dimension particulière.
Celle qui hier contribuait à faire vivre ce département nous laisse aujourd’hui son héritage entre les mains de ceux qui lui succèdent.
Et parmi eux, tu occupes désormais une place particulière.
C’est pourquoi je te prie de bien vouloir transmettre ma compassion fraternelle et mes sincères condoléances à l’ensemble du Département de philosophie, à tous les enseignants, au personnel administratif et technique, aux étudiants, aux anciens étudiants, ainsi qu’à toute notre génération issue de cette grande école de pensée.
Nous sommes nombreux à avoir reçu quelque chose de Tanella Boni.
Une connaissance.
Une passion.
Une méthode.
Une exigence.
Une manière de regarder le monde.
Une manière de penser.
Une manière de transmettre.
Ensemble, nous pleurons. Ensemble, nous restons debout.
Aujourd’hui, cher frère de promotion, ensemble nous pleurons notre cher Maître.
Nous pleurons une professeure.
Nous pleurons une écrivaine.
Nous pleurons une poète.
Nous pleurons une femme de culture.
Nous pleurons surtout une mère intellectuelle qui a contribué à former plusieurs générations de penseurs, d’enseignants, d’écrivains et de femmes et d’hommes engagés dans la vie de notre pays.
Mais notre tristesse ne doit pas nous faire oublier notre responsabilité.
Ensemble, nous restons debout pour préserver son immense héritage.
Car un maître ne disparaît jamais complètement lorsque ses enseignements continuent de vivre dans ceux qu’il a formés.
Tanella Boni nous a transmis des livres.
Elle nous a transmis des idées.
Elle nous a transmis une exigence intellectuelle.
Elle nous a transmis le goût de la lecture.
À notre tour, nous devons transmettre.
Recevoir pour transmettre.
Apprendre pour servir.
Hériter pour faire fructifier.
Voilà peut-être le plus bel hommage que nous puissions lui rendre.
Et maintenant, prions…
Cher chef de département,
Dans cette épreuve, au-delà de nos titres, de nos fonctions et de nos différences de parcours, retrouvons-nous dans ce qui nous unit.
Prions ensemble.
Prions pour elle.
Prions pour sa famille.
Prions pour tous ceux qui l’ont aimée.
Prions pour notre université.
Prions pour notre Département de philosophie.
Prions pour toutes ces générations qu’elle a contribué à former.
Et, dans l’union de nos cœurs et de nos prières, rendons hommage à celle que nous pouvons appeler, avec toute notre reconnaissance :
la génitrice de notre histoire de la philosophie,
la femme qui a contribué à faire naître en nous le goût de penser,
la mère intellectuelle de plusieurs générations.
Nous ne pouvons pas lui rendre tout ce qu’elle nous a donné.
Mais nous pouvons lui dire :
Merci.
Merci pour les enseignements.
Merci pour les livres.
Merci pour les rencontres.
Merci pour les portes ouvertes.
Merci pour cette intelligence généreuse.
Merci pour cette vie consacrée au savoir, à la pensée, à la littérature et à la transmission.
Et surtout :
merci d’avoir semé en nous des graines dont certaines continuent encore aujourd’hui de porter des fruits.
Une dernière parole pour notre Maître
Jean-Jacques Rousseau nous rappelle une vérité qui prend aujourd’hui une résonance particulière :
« Tout ce qui touche à nos cœurs reste gravé dans notre mémoire. »
Tanella Boni a touché nos cœurs.
Elle est donc désormais inscrite dans notre mémoire.
Elle est inscrite dans la mémoire de notre promotion.
Elle est inscrite dans la mémoire du Département de philosophie.
Elle est inscrite dans la mémoire de l’Université Félix Houphouët-Boigny.
Elle est inscrite dans la mémoire littéraire et intellectuelle de la Côte d’Ivoire.
Et tant que nous continuerons à transmettre ce qu’elle nous a transmis, elle continuera de vivre à travers nous.
Cher chef de département,
YAKO à toi.
YAKO à tout le Département de philosophie.
YAKO à notre promotion 1990-1996.
YAKO à toute la génération Tanella Boni.
YAKO à sa famille.
YAKO à toute la communauté universitaire.
YAKO à toute la Côte d’Ivoire.
Ensemble nous pleurons notre cher Maître.
Ensemble nous restons debout.
Ensemble nous préservons son héritage.
Ensemble nous prions.
Et ensemble, avec un cœur profondément reconnaissant, nous lui disons :
MERCI, PROFESSEURE TANELLA BONI.
Vous nous avez appris à penser.
Vous nous avez appris à lire.
Vous nous avez appris à transmettre.
À nous maintenant de ne pas laisser mourir ce que vous avez semé.
Reposez en paix, chère Professeure.
Votre œuvre demeure.
Votre pensée demeure.
Votre héritage demeure.
Et dans nos cœurs, vous demeurez.
Kouadio Jacky Koffi
Promotion 1990-1996 – Philosophie
Administrateur de la Plate-forme des Athéniens 90-96
AFRIKIPRESSE
https://afrikipresse.com/lintelligentpdf
PAYMALLCI
PRESSECOTEDIVOIRE
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YOUSCRIBE.COM
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