Dernère publication
Le lundi 2 novembre 2026, au Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan, 25 mineurs orpailleurs ont comparu devant le tribunal pour enfants. Le lendemain, un consultant nigérien se disant diplomate a comparu dans une affaire d’escroquerie portant sur 198 000 euros.
Le passeport diplomatique
Le mardi 3 novembre 2026, la 4e chambre correctionnelle du PPEF a examiné une affaire d’escroquerie et dix-sept affaires d’orpaillage clandestin.
Magagi Ibrahim G., ressortissant nigérien, père de trois enfants, vivant à Johannesburg, en Afrique du Sud, avait comparu la semaine dernière. Il est poursuivi pour escroquerie portant sur 198 000 euros. L’audience de mardi a porté sur le fond du dossier. Lors de l’enquête préliminaire, le prévenu s’était présenté comme diplomate nigérien.
À la barre, il a déclaré à la présidente de séance que son statut de diplomate lui confère une immunité diplomatique et le dispense, en vertu des lois ivoiriennes, de toute comparution devant un tribunal pénal ivoirien. Affirmant ne pas comprendre le motif de sa présence à la barre, il a interrogé la présidente de séance sur la reconnaissance de son immunité par l’État de Côte d’Ivoire. Réponse de la présidente : « Vous avez bien dit l’État de Côte d’Ivoire ! »
La procureure a rappelé au prévenu qu’au regard des lois de la République de Côte d’Ivoire, la possession d’un passeport diplomatique ne confère pas le statut de diplomate. Seule une accréditation formelle d’un État en apporte la preuve. Or, a-t-elle souligné, son dossier ne contient aucune accréditation, ni de l’État du Niger, ni de l’Union africaine, où il affirme avoir travaillé comme consultant. Conclusion de la procureure : Magagi Ibrahim G. n’est pas diplomate, ne jouit d’aucune immunité et peut bel et bien comparaître devant un tribunal pénal ivoirien.
Son avocat a renchéri en lui indiquant que la présidente ne pouvait pas répondre à sa question. Son second conseil lui a répété la réponse de la procureure en ces termes : « L’immunité n’existe pas. »
Magagi Ibrahim G. est le fondateur et directeur de la société SII Consultancy, au capital de 50 000 FCFA, légalement basée à Niamey. Son objet social : la prospection, l’investissement, l’importation et l’acheminement d’hydrocarbures vers les pays de l’AES (Mali, Burkina Faso).
Il est poursuivi par Céline Da Costa Soares, une habitante de l’île de La Réunion, héritière d’une fortune. Par l’entremise de son frère Arold, celle-ci avait sollicité le consultant pour des opportunités d’investissement en Afrique. Il lui a proposé d’acquérir trois parts de SII Consultancy, en lui assurant qu’il détenait une licence d’exportation de gaz vers le Togo, le Mali et le Burkina Faso, une activité différente de l’objet social déclaré à la création de la société. En mai 2024, l’héritière lui a viré 198 000 euros, soit environ 130 millions de FCFA ; les preuves du virement sont établies. Le projet a tourné court : le directeur de SII Consultancy a annoncé à son associée la faillite de l’opération, invoquant l’insécurité au Sahel, puis a fait solde de tout compte.
« Quelle était votre part dans l’investissement ? », a demandé la présidente. « Mon capital intellectuel, ma capacité à faire des recherches, des démarches », a répondu le prévenu, précisant que son chiffre d’affaires s’élève à 100 000 dollars par an, soit environ 60 millions de FCFA, disponibles sur un compte bancaire offshore en euros et en dollars.
La présidente lui a demandé de verser au dossier les preuves de ce compte. La procureure, elle, a voulu savoir comment une entreprise au capital de 50 000 FCFA pouvait générer des profits à partir d’un investissement de 130 millions de FCFA, et a exigé la démonstration du business plan.
À quoi ont servi les 198 000 euros ? « Ils ont servi à faire du business development, à faire toutes les recherches pour la mise en place du business. Cet argent devait servir à acquérir des camions-citernes », a répondu le prévenu. « Et finalement, le gaz n’a jamais été acheminé ? »
Après avoir soldé ses comptes avec l’héritière, Magagi Ibrahim G. a créé à Abidjan une autre entreprise, Horizons Logistique, spécialisée dans la logistique portuaire, dont il a invité l’héritière et un certain Méroé à devenir propriétaires à part entière. Il aurait envoyé de l’argent au Japon, au nom de l’héritière, pour importer une machine qui n’est jamais arrivée à Abidjan. Méroé, gérant de Horizons Logistique, a porté plainte à Abidjan contre lui.
À l’audience, l’avocat du prévenu a brandi un document présenté comme le retrait de la plainte de Méroé. L’avocat de la plaignante a rétorqué que sa cliente n’avait donné procuration à personne pour retirer sa plainte. L’affaire a été renvoyée au 10 novembre 2026 pour statuer sur les exceptions.
Les petites mains de l’or
La veille, dans l’après-midi du lundi 2 novembre 2026, 25 mineurs orpailleurs avaient comparu devant le tribunal pour enfants du PPEF. Ils étaient poursuivis pour exploitation de substances minérales sans titre, détention de métaux et pierres précieuses, et pollution d’éléments naturels nécessaires à la vie et à la santé de la population.
Lara T., Togolais, manœuvre agricole, 17 ans, a déclaré avoir pratiqué l’orpaillage pendant une semaine. Interpellé à Konankankro, dans la région d’Issia, il a expliqué que son rôle consistait à creuser la terre pendant que son patron lavait l’or.
Ousseni N., Burkinabè, et Yao José Y., Ivoirien, ont été interpellés à Tenkogogo-Bengassou. Ils ont pratiqué l’orpaillage pendant deux jours.
Madi N., Burkinabè, planteur, 17 ans, a été interpellé à Boma en 2026. Il a été condamné à trois mois d’emprisonnement ferme.
Fousséni O. et Bilal A., 17 ans, ont été interpellés en 2026 dans la sous-préfecture de Bassawa. Ils ont reconnu avoir utilisé du cyanure pour extraire l’or. Ils ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement ferme.
Moïse O., 17 ans, a été interpellé à Zagouta, près de Bouaflé, dans une maison louée spécialement pour loger des orpailleurs clandestins. Il a expliqué que son activité, rémunérée 20 000 FCFA par semaine, lui permettait d’envoyer de l’argent à sa mère restée au Burkina Faso. Reconnu coupable de blanchiment de capitaux, il a été condamné à trois mois d’emprisonnement ferme.
Oumar O., 17 ans, et Zakaria K., 15 ans, tous deux Burkinabè, ont déclaré avoir lavé l’or pendant cinq mois contre un salaire de 50 000 FCFA par mois. Détenus depuis cinq mois, ils ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement ferme.
Michael T., 17 ans, Ivoirien, a été interpellé à Dabakala, et Diali Diali B. à Bemberraso. Ils ont déclaré avoir travaillé deux semaines pour leur employeur. Ils ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement ferme.
Benoît S., interpellé à Dabakala, et Romuald Z., 17 ans, ont également été condamnés à trois mois d’emprisonnement ferme.
Ibrahim E. a déclaré qu’il devait percevoir 35 000 FCFA par mois, mais que son employeur ne lui a versé aucun salaire durant ses quatre mois de travail.
Amidou G., Daouda O., Rodrigue K., Salami W., Welen G., Issiaka T., Mohamed D., Taho S., Sabari K., Manani O. et Salam T. ont été interpellés dans la forêt classée de Lôhô. Mohamed D. creusait un trou et en rejetait le sable. Taho S. et Sabari K. ont déclaré avoir travaillé pendant un an. Manani O. a expliqué avoir lavé le sable pendant trois jours, tâche qu’effectuait aussi Salam T.
Les 25 mineurs ont été reconnus coupables d’avoir pratiqué l’orpaillage sans autorisation d’exploitation, d’en avoir tiré des revenus et d’avoir pollué les rivières. Ils ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement ferme, bénéficiant de l’excuse atténuante de minorité.
Astrid Chacha
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