Rediffusion-Quand Mangou disait NON à la guerre et acceptait de prêcher dans le désert

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Article publié le 18 mars 2011 dans l’Intelligent d’Abidjan

« Malgré son soutien affirmé à Laurent Gbagbo et sa loyauté à la “République” incarnée par la Président Gbagbo, le général de corps d’armée refuse d’être totalement un va-t-en guerre. Et se veut très anti-Dogbo Blé Brunot, qui dans des déclarations passées avait menacé de marcher sur le Golf Hôtel. C’est ce qui ressort de quelques propos tenus dans une interview accordée au quotidien Notre Voie le Mardi 15 mars dernier, pour apaiser les rumeurs. Ce sont au total 11 questions qui ont été posées par les confrères Boga Sivori et Robert Krassault. Si dans le fond et sur les questions de principe, Philippe Mangou a bien “récité” ses leçons, le général a par contre fait montre d’une sorte de sérénité, pour ne pas dire sortie de route du point de vue du discours et de l’idéologie LMP, face à certaines questions. Lorsque les journalistes lui posent la question suivante :(” après Addis-Abeba, on se rend compte que la politique a échoué. On se rend compte que la diplomatie a échoué. Les Ivoiriens sont aujourd’hui convaincus que la guerre est irréversible. Vous êtes celui sur qui les Ivoiriens fondent tout leur espoir. Que leur dites-vous en ce moment précis de l’histoire de notre pays”), le chef d’Etat major des FDS pro-Gbagbo répond :” Les hommes sont difficiles. Nous mettons en place des institutions pour nous éviter ce genre de situations, et malheureusement, on ne fait pas confiance aux institutions. Et cela est ridicule. Je l’ai toujours souligné, tous ceux qui ont piloté le processus électoral étaient d’avis que les résultats provisoires devaient être donnés par la Commission électorale indépendante et les résultats définitifs par le Conseil constitutionnel.. Et c’est ce que le Conseil constitutionnel a fait. Et nous sommes de l’armée, nous avons une mission, c’est de défendre les institutions de la République. Nous en tenons aux institutions de la République. Malheureusement, ce n’est pas ce que certains pensent. Et c’est ça qui envoie tous ces problèmes.”

Ses réserves contre la solution finale, c’est-à-dire la guerre….

Jusque-là, la réponse du général 4 étoiles est correcte. Mais la suite édifie sur le moral du général de corps d’armée Philippe Mangou et de ses troupes :” Mais nous disons aussi qu’on peut faire l’économie de la guerre. On peut s’asseoir à une table de discussions, discuter,avoir des solutions et éviter à notre pays tout ce qui arrive. Et nous encourageons les hommes politiques à discuter entre eux pour trouver la solution qu’il faut à notre pays. Nous leur disons qu’on n’a jamais réglé un problème par les armes. Donc nous encourageons nos responsables, le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Alassane Ouattara à se tendre la main, à se prendre la main, à s’asseoir à la table de discussion pour trouver la solution qui va bien afin épargner à notre pays tout ce qui arrive”.

Mangou prêche dans le désert….

Ceux qui disent qu’il y a un mystère et un malaise Mangou n’ont pas tort. Le problème est profond et réel : le général Mangou n’est pas chaud pour la guerre mais Il se voit couvrir et cautionner les exactions et atrocités des durs du camp Gbagbo. Philippe Mangou parle de dialogue entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara mais il reste impuissant à assurer la liberté de circulation des cadres RHDP, en faisant lever le blocus du Golf Hôtel. Sous ses yeux les résidences des proches de Ouattara sont pillées et saccagées à Abidjan. Comment peut-il appeler au dialogue entre politiques alors que lui-même a rompu officiellement le dialogue entre forces armées ? Comment les politiques peuvent-ils aller au dialogue si les FDS ne sont pas neutres pour mettre la pression sur les deux camps ? Même si dans l’interview il a fait montre d’un peu d’audace dans ses propos par ces temps qui courent, le général de corps d’armée devrait se donner les moyens de ne pas prêcher dans le désert. Personne ne demande aux militaires de faire un coup d’Etat ni de prendre le pouvoir. Ce qu’on attend du Général Mangou est qu’il mette tous les militaires au diapason de son refus de la guerre. C’est sous cette seule pression et à cette condition que les présidents Gbagbo et Ouattara pourraient accepter de s’asseoir et discuter sous les auspices de Mangou et de l’armée et non par exemple à Addis-Abeba ».

Charles Kouassi,Source www.connectionivoirienne.net

Les dangers du oui mais de Mangou

Le général quatre étoiles n’est pas allé loin. Les victimes de la crise postélectorale peuvent lui reprocher de n’avoir pas fait connaître plus bruyamment et plus fermement son désaccord. « Si les gens en tenue, ceux dont le métier est le maniement des armes ont peur, qu’attendre alors des civils »,se sont plaint plusieurs citoyens qui supportent vraiment mal de savoir que Philippe Mangou ne voulait pas la guerre, sans qu’il ait été capable de faire entendre raison à Laurent Gbagbo. Tout comme le général Kassaraté, semble-t-il. La notion de loyauté et de fidélité aux institutions républicains doit être au cœur des débats démocratiques à venir. Jusqu’à quand doit-on confondre la défense de la République avec la défense des intérêts d’un individu et d’un clan, ou plutôt de celui  qui incarne ces institutions de la Républiques ?  Qui ne se souvient des interpellations du Premier ministre Guillaume Soro à l’endroit de Mangou ? Certes Laurent Gbagbo voulait sa guerre, et l’aurait faite même sans le chef d’état-major, mais celui-ci avait la possibilité et la latitude de ne pas y participer. Sa protestation silencieuse contre la guerre, qui a consisté à aller à l’Ambassade de l’Afrique du Sud, a été tardive et faible. Philippe Mangou ne voulait pas la guerre entre Ivoiriens parce qu’il savait  la puissance de feu de la Licorne et de l’Onuci, ainsi que leur détermination. Il a donc choisi d’aller se réfugier chez l’ami sud-africain pour exprimer sa protestation et son désaccord. Les Ivoiriens qui veulent encore aimer leur chef d’état-major,  malgré tout, quoi qu’on en dise, quoi qu’on puisse lui reprocher, auraient souhaité entendre de sa part un refus plus bruyant, plus efficace, un non à la guerre plus massif. À l’image de ces civils, cadres, leaders religieux et d’opinion, ainsi que des acteurs de la société civile, qui ont  pris leur part de risque et d’audace.

C.K

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