APRÈS LA RENCONTRE MACRON-OUATTARA-l’opposition contrainte au terrain électoral

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L’élection présidentielle a lieu le 31 octobre 2020 en Côte d’Ivoire. En principe, toutes les chapelles politiques affûtent leurs armes pour cette bataille électorale. D’un côté, force est de constater que le pouvoir en place, résolu à aller aux élections, obéit à une stratégie organisationnelle et communicationnelle bien pensée et méticuleusement mise en œuvre. De son côté, la stratégie de l’opposition reste encore floue et alambiquée.

Premièrement, parce qu’en dépit de la volonté affichée de constituer une force unie face au pouvoir, elle reste divisée. Le PDCI s’affiche comme la force motrice à laquelle doit s’arrimer les autres composantes de l’opposition, notamment le FPI, pour constituer un front uni. Or, ce parti, allié de poids avec lequel les fiançailles ont été annoncées urbi orbi ne cesse d’offrir un spectacle cacophonique tant dans le discours que dans l’action.

Deuxièmement, en raison du fait que l’opposition n’indique pas clairement une réelle volonté de mobiliser ses militants pour la bataille électorale. Au contraire, ses discours et ses actions tendent plutôt à faire barrage à la tenue des élections.

En effet, primo, la stratégie de décrédibilisation et de délégitimation de la Commission Électorale Indépendante (CEI), à travers la saisine de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ou l’exigence d’un audit international du fichier électoral l’attestent clairement. Cela, en niant royalement les voies de recours légales nationales. Secundo, selon le pouvoir, les récentes violences contre la candidature du président Alassane Ouattara étaient orchestrées pour déclencher « une insurrection populaire devant aboutir à une transition ».

Vrai ou faux, une chose est vérifiable. Le président Henri Konan Bédié a affirmé dans les colonnes du journal le monde que « la Commission électorale indépendante (CEI) n’étant pas indépendante, nous nous dirigeons vers une élection contestable et non apaisée ». Certains, à l’instar de Danielle Boni Claverie, appellent ouvertement à une transition politique. Au bout du compte, à l’évidence, cette stratégie de blocage du processus électoral donne des résultats mi-figue mi-raisin.

De fait, la mobilisation exceptionnelle des militants du RHDP à l’investiture de leur candidat le 17 août dernier, est apparue comme un camouflet pour l’opposition, qui prétend porter la voix de la majorité du « peuple ».

Par la suite, l’opposition, presqu’à l’unisson, s’est adressée au président français pour qu’il sorte de son silence. Une situation d’autant plus ubuesque qu’on sait le nationalisme à fleur de peau de l’opposition, dont le credo de campagne est de « redonner la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens ». Ainsi, le dernier recourt de l’opposition a été de remettre son sort dans les mains de l’Élysée.

Pour sa part, en visite privée en France, le président Alassane Ouattara a eu le vendredi 04 septembre un déjeuner avec son homologue français. Aucun communiqué officiel n’a sanctionné cette séance de travail. Pour comprendre ce qui s’est décidé, il fallait décrypter les codes de communication non verbaux des deux leaders. Avant la réunion, on a vu les deux présidents s’échanger des frottements de coudes et le président Macron tapoter Alassane Ouattara. Après la réunion, mieux, ils ont échangé des « coups de tête » et se sont saisis chaudement les bras.

Que comprendre ? Macron est en phase avec Ouattara. D’ailleurs, voilà ce qu’en dit ce dernier sur sa page Facebook : « J’ai eu un excellent déjeuner de travail avec mon ami, le Président Emmanuel Macron. Nous nous sommes réjouis de nos convergences de vues sur la situation politique en Côte d’Ivoire, notamment l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, dans un climat de paix. »

De fait, sous réserve de la décision du Conseil constitutionnel, Alassane Ouattara est candidat à l’élection présidentielle. Après cette rencontre Macron-Ouattara, l’opposition est obligée de changer son fusil d’épaule et d’orienter sa stratégie vers une participation réelle aux élections. Ce qui l’oblige à changer d’agenda politique. Il est question maintenant de projet de gouvernance contre, projet de gouvernance.

Tant mieux pour tous ! Car, les Ivoiriens dans leur majorité ont clairement montré qu’ils aspirent à la stabilité et à la paix. C’est apparemment l’option de l’ancienne puissance coloniale et de la communauté internationale dans son ensemble. Car, ne l’oublions pas, le développement de notre pays est une garantie de stabilité et de paix pour la sous-région. Une pièce essentielle du puzzle géopolitique sous-régional.

NURUDINE OYEWOLE

Expert-consultant en communication

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