Arsène Touho, après sa démission de l’UNG : “Personne n’arrivera à me complexer à l’idée de rejoindre le RHDP”

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Dans un courrier en date du vendredi 18 juin 2021, au lendemain de l'arrivée en Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo, Louazagnon Arsène Touho
photo facebook:Arsène Touho

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Dans un courrier en date du vendredi 18 juin 2021, au lendemain de l’arrivée en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, Louazagnon Arsène Touho, Secrétaire Général adjoint l’Union des Nouvelles Générations (UNG) chargé des questions juridiques de la province Ouest 3 ( la zone Blolequin, Guiglo Touleupleu, …) annonçait sa démission du parti. Dans cet entretien, il revient sur les motifs de ce départ, et lance un appel à Stéphane Kipré, le président-fondateur dudit parti.
Interrogé au sujet des soupçons d’une adhésion au Rhdp, parti au pouvoir , l’ex militant de l’Ung assure que l’avenir dira les choses, après avoir précisé : “Personne n’arrivera à me complexer à l’idée de rejoindre le RHDP”

Vous décidez de quitter l’UNG, parti dont Stéphane Kipré est le président-fondateur. Que lui reprochez-vous concrètement ?

Dans les motivations de ma décision de quitter l’UNG, il y en a une qui concerne directement le président Stéphane Kipré et une autre qui ne le concerne qu’indirectement. La première est que ce 17 juin, il est descendu dans la foule pour frayer un chemin à Laurent Gbagbo depuis le tunnel jusqu’au véhicule. Naturellement ceux qui ont toujours considéré Stéphane Kipré pas plus que le gendre de Laurent Gbagbo ne pouvaient qu’être heureux de le voire dans un rôle d’agent de sécurité au service de son beau-père. Mais il y a nous autres pour qui Stéphane Kipré est un homme politique, leader d’un parti au meme titre que Bédié, que Ouattara et que Gbagbo lui même. L’autre fait c’est le mépris dont Simone Gbagbo a été victime dans l’irrespect total des obligations du mariage. Il est inadmissible de s’être battu toute sa vie pour le respect des institutions incarnées par un homme et de le voir fouler aux pieds une institution aussi sacrée qu’est le mariage. Si on se dit respectueux de la Constitution on doit être respectueux des institutions et lois qui en découlent. Or je suis militant d’un parti qui fait de la promotion de la Femme et de la famille le 2e pillier de son projet de société. Je ne veux plus militer dans un parti qui se donne pour référent un homme politique qui ne respecte pas son propre combat politique. Je ne quitte pas l’UNG parce que Gbagbo n’est plus amoureux de Simone. Je quitte l’UNG parce que Gbagbo est la figure, voire l’autorité morale de l’UNG. Et cela ne correspond pas au discours que Stéphane Kipré m’avait tenu au départ.

L’on a tous vu l’ambiance surchauffée dans laquelle Laurent Gbagbo a été accueilli à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, le 17 juin 2021. En quoi est-ce que sa proactivité pour aider à sa sécurisation est-elle une violation à son engagement politique ?

Si c’était une question de sécurité, est-ce que mon président etait plus responsable de la sécurité de Gbagbo que la police et la gendarmerie qui étaient présentes ? Si c’était une question de protocole est-ce que Stéphane Kipré etait plus interpellé que Kouyo Tea Narcisse qui était là ? Si c’était une question d’escorter le leader est ce que Stéphane Kipré était plus convoqué par la situation que Damana Pickass, Blaise Lasme et tous les jeunes du FPI qui étaient présents les mains dans les poches ? Si c’était une question de prouver sa loyauté, quelqu’un en Côte d’Ivoire peut-il remettre en cause la loyauté de Stéphane Kipré envers Laurent Gbagbo ? Si c’était pour donner un coup de main, Stéphane Kipré n’avait-il personne à ses côtés pour jouer ce rôle en son nom ? Bref, Les militants de l’UNG avaient le droit de voir leur président à sa place, à côté de Bédié, Guirielou et autres dans le salon présidentiel.


En sa qualité de beau-fils, Stéphane Kipré est membre de la famille Gbagbo. Qu’auriez-vous fait à sa place ?

C’est toute la problématique que ce 17 juin posait. Gbagbo Laurent rentrait il en Côte d’Ivoire ce jour là en tant que beau-père de Stéphane Kipré ou en tant qu’ancien chef d’Etat ? Il a annoncé lui même qu’il rentrait en tant qu’ancien Président de tous les ivoiriens. Dans ces conditions chaque personnalité politique devait lui présenter ses civilités à la place que lui réservait le protocole. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai été surpris qu’il ne passe pas par le salon d’honneur que le chef de l’Etat son Excellence le Président Alassane Ouattara lui a réservé. Au début les organisateurs ont dit qu’il avait refusé le salon d’honneur par protestation parce que ses partisans se sont fait gazer dans la matinée. Puis il a produit un communiqué où il s’excusait pour cette situation indépendante de sa volonté. Mais bon…

Après l’accueil, avez-vous discuté de la situation à l’intérieur du parti ? Si oui, que vous a-t-il dit ?

Je l’ai informé de ma décision de quitter le parti. Et je pense qu’il a respecté ma décision. Mais de toutes les façons la décision de militer ou d’arrêter de militer dans un parti est une décision personnelle. Et il ne sera jamais dit de moi que j’ai fait chemin avec un UNG vassalisé par le FPI.


Vous avez dit dans votre courrier de démission que la nouvelle vision politique de Laurent Gbagbo n’épouse plus la vôtre. Et que par le passé, vous aimiez le fait que, selon vous, il disait “Non” quand il le fallait. Que doit-on comprendre par là ?

J’insiste, Stéphane Kipré n’est pas un prestataire de service pour aucun homme politique en CI. Et si Gbagbo apprends ce que je dis il sera fier parce que ma position est la même que celle qu’il a défendue dans les années 90 quand il fallait décider entre intégrer le PDCI et le changer de l’intérieur ou créer une nouvelle force politique autonome. Face à son ami Jean Pierre Ayé qui défendait la première position, Gbagbo a défendu la 2e idée en disant que le FPI devait travailler à devenir une nouvelle force politique. C’est ma position aujourd’hui. L’UNG doit devenir une force politique et non un club de soutien du FPI. Avec ou sans moi.

Depuis quand militez-vous à l’UNG et quelle fonction occupiez-vous jusqu’à votre démission ?

Depuis le 8 août 2008 j’ai gravi toutes les marches depuis le militant de base jusqu’à la direction en passant par la jeunesse.


Que doit-on comprendre au sujet de l’avenir de l’UNG après cet acte de Stéphane Kipré, et votre démission qui s’en suit ? Le parti va-t-il à son implosion ?

Ma démarche n’est ni le début d’une dissidence ni les prémices d’un courant. Je me retire pour laisser le président conduire le parti selon sa vision et ses choix. J’appartiens à une génération qui a une lourde mission, celle de de changer les mentalités politiques en CI. Ce sera dans la politique ou en dehors.

Des indiscrétions disent que vous quittez l’UNG pour RHDP. Et que, en réalité, c’est ce pourquoi vous voulez rendre cette démission fracassante pour attirer l’attention des cadres du RHDP sur vous. Que répondez-vous à celà ?

Ah ce n’est plus le COJEP ? (Rires) personne n’arrivera à me complexer à l’idée de rejoindre le RHDP ou une autre formation politique dans ce pays où Alassane Ouattara est désormais désigné comme partenaire par certains illustres opposants comme partenaire. Et puis, si je devais être convaincu d’adhérer un jour au RHDP, c’est à midi que je vais l’annoncer aux ivoiriens. Mais pour le moment, je vais profiter de ce break pour réévaluer mon rapport avec la politique. L’avenir nous dira.

Réalisé par J-H Koffo

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