Bon à savoir sur la TNT en Côte d’Ivoire : interview avec Yéo Adama (Dg IDT)

3554
Yéo Adama, Directeur Général de la Société de télédiffusion (Ph.M.O)

Dernère publication

Basculement de l’analogie à la Télévision numérique terrestre(TNT) : comment y avoir accès, quels sont les appareils adaptés, quelles sont les chaînes de télévision offertes au public, Yéo Adama Benoît, directeur général de la Société ivoirienne de télédiffusion et maître d’œuvre de la TNT en Côte d’Ivoire, explique tout et révèle ce que l’État gagne dans cette affaire.

La TNT, qu’est-ce que c’est ?

La TNT est une nouvelle technologie de diffusion. Elle véhicule des images, des sons, des vidéos, etc. tout en numérique. La transition à la télévision numérique s’intègre dans un mouvement mondial. C’est un choix de souveraineté nationale. Il y a donc des enjeux économiques, politiques et sociaux. Le passage de l’analogie au numérique est une double transition pour la Côte d’Ivoire, sur le plan technique et sur le plan politique.

Sur le plan technique, nous avons lancé officiellement la TNT, le 8 février 2019 sur Abidjan et ses régions. Nous déployons la TNT progressivement dans les différentes régions de la C ôte d’Ivoire.

Sur le plan politique, cette transition vient concrétiser la libéralisation de l’espace audiovisuel et met un terme au monopole de la RTI avec l’arrivée des chaînes (du groupe RTI) que sont RTI 1, RTI 2 et RTI 3, NCI, Life TV, 7 info, A+ et deux opérateurs de bouquets numériques que sont IJ TV et Startimes.

Que gagne le téléspectateur avec la TNT ?

Le premier avantage qui saute aux yeux de tout le monde, c’est la qualité de l’image et du son que le système analogique ne permettait pas de donner. Nous diffusons tout cet ensemble de programmes de chaînes sur une seule fréquence, ce qui n’était pas le cas avec l’analogie. Il y a l’accès aux multi-programmes de ces chaînes à travers le décodeur. C’est une action fortement appréciable. Il y a également des services interactifs comme la VOD (vidéo à la demande), vous avez des systèmes d’alerte que vous pouvez recevoir à travers le décodeur. Un autre avantage sur le plan technique, c’est le dividende numérique. L’UIT (Union internationale des télécommunications) qui a consacré le partage du spectre des fréquences sur toute la planète et a pu, à l’issue de cela, libérer des espaces attribués aux télévisions, aux télécoms. Les télécoms en profitent très bien. Aujourd’hui, vous avez par exemple la 3G et la 4G qui sont en train d’évoluer. C’est parce que l’espace du spectre de fréquence a été organisé qu’ils ont pu avoir tous ces espaces pour en profiter. C’est ce qu’on appelle le dividende numérique.

La date fixée pour le basculement de l’analogie à la TNT est-elle tenable ?

Elle est tenable. C’est le 17 juin 2020. À cette date, on doit être capable de déployer la TNT sur toute l’étendue du territoire national. Il en est de même pour les autres pays. Tout le monde est soumis au diktat de l’UIT. En même temps, on devrait procéder à l’extinction de l’analogie. Nous pensons que cette date est tenable, du moment où, nous sommes en train de déployer progressivement la TNT.

Après avoir lancé officiellement la TNT en février 2019 en Côte d’Ivoire, quel bilan pouvez-vous dresser aujourd’hui?

Aujourd’hui, on peut dire qu’Abidjan et régions sont couvertes. On peut donc annoncer que 25% de la population est couverte. Comme je l’ai dit, on ne déploie pas la TNT tout d’un coup sur un pays. Tous les autres pays l’ont fait, c’est pareil chez nous. On déploie au fur et à mesure. Après le déploiement sur Abidjan et région, nous sommes maintenant à l’intérieur du pays sur 6 grandes régions. Nous sommes en train de travailler pour qu’à la mi-juillet, nous soyons capables de couvrir ces régions pour atteindre un taux de couverture de 60%. Nous continuerons le déploiement jusqu’en juin 2020. Nous avons 35 sites au total sur la Côte d’Ivoire.

Dans le processus de basculement, y a-t-il des étapes qui vous troublent ou vous font perdre les pédales?

C’est une nouvelle technologie de pointe. Evidemment, avec toute l’équipe que je dirige, on se posait la question de savoir si on pouvait remplir la mission que l’État nous a confiée. L’État a quand même beaucoup investi. Mais à partir du moment où nous avons fait le lancement à Abobo avec le Premier ministre, nous sommes devenus plus sereins et nous travaillons avec abnégation. Donc, nous n’avons pas de crainte. Vous savez que l’État a beaucoup investi et l’investissement a suivi, il n’y a pas de crainte.

Quelle est la part de l’État dans ce projet ?

La part de l’État est très grande. Nous sommes partis d’une scission de la RTI qui exerçait en son sein deux activités. Il s’agit de l’activité d’éditeur de chaînes et l’activité de diffusion. C’est cette activité qui est détachée de la RTI qui nous est attribuée pour former la Société ivoirienne de télédiffusion. Evidemment, l’État a mis en place tout le financement nécessaire de la TNT. À partir de ce moment, il appartient à la Société ivoirienne de télédiffusion, avec les missions que l’État lui a confiées, de faire le déploiement de la TNT. Les populations se posent la question de savoir comment est-ce qu’elles reçoivent ces images ? On les reçoit à travers un décodeur et une antenne. Pour les postes-téléviseurs qui sont un peu anciens, vous avez tout simplement un décodeur et une antenne. Vous faites le branchement et vous recevez la TNT. Quand vous allez dans le commerce, vous trouverez des téléviseurs qu’on appelle TNT. Quand vous avez ce poste, vous achetez simplement l’antenne et vous avez accès à toutes les chaînes qui sont sur la TNT. Le processus est vraiment simple pour recevoir la TNT.

Quels sont les choix technologiques adoptés ?

En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, c’est le MPEGU DVBT2. Ce sont des normes techniques.

Y aura-t-il une campagne de sensibilisation pour expliquer le bien-fondé de la TNT aux populations ?

Bien sûr ! D’abord, nous avons commencé par dire aux gens de ne plus importer les anciens téléviseurs qui datent de longtemps et qu’il fallait se conformer à des prescriptions de sorte à pouvoir recevoir la TNT. Ensuite, nous sommes passés à un certain nombre d’annonces qui prédisaient l’arrivée de la TNT et qui indiquaient ce qu’il fallait faire pour la recevoir. Nous avons communiqué sur tous les supports : télé, radio, presse écrite, etc. Nous continuons de sensibiliser et de donner toutes les informations à la population, mais également les importateurs à qui nous disons que nous sommes prêts à les assister dans l’importation de leurs marchandises. Le marché à ce niveau est ouvert pour les importateurs. Nous leur laissons nos contacts, nous les assistons à travers notre site qui est sidt.ci. Nous sommes prêts à aider les populations à travers nos campagnes de communication, de sensibilisation, nos campagnes-terrains pour qu’en juin 2020, nous n’ayons pas à regretter certaines choses, pour que nous soyons prêts avec les équipements qu’il faut et que nous puissions éteindre l’analogie.

Le kit de réception sera-t-il accessible à tous du point de vue du prix ?

À mon avis, le kit est accessible. C’est vrai que quelques kits étaient vendus à des prix excessifs (25 à 30 mille). Mais avec l’avènement de la TNT, l’État joue un grand rôle. L’État a pris deux actes. Il y a eu d’abord une ordonnance pour exonérer des droits de taxes et de douanes sur tout ce qui est kit de réception qui entre sur le territoire ivoirien. C’était pour que les coûts de revient aux populations ne soient pas élevés. L’État a encore pris un décret pour limiter le plafonnement de ces kits de réception. Le décret dit que le plafonnement est de 10.000Fcfa pour les décodeurs d’entrée de gamme et 6.000Fcfa pour l’antenne. Ces deux actes entrent dans le cadre du programme social du gouvernement.

Quels sont les travaux qui ont été faits au centre émetteur d’Abobo ?

Nous avons construit un grand bâtiment qui loge les émetteurs, les multiplexes. Les sept chaînes publiques et privées qui viendront sont sur un multiplexe, Startimes est sur un multiplexe, Easy-TV sur un multiplexe. Ce qui fait trois multiplexes qui sont tous logés à Abobo. Il y a ce qu’on appelle la tête de réseaux qui est logée à Abobo. Il y a un centre de supervision avec des datas merge qui est installé pour superviser tout le réseau sur le territoire ivoirien. Abobo est pour nous, le centre névralgique de la TNT.

Peut-on connaître la hauteur de l’antenne d’Abobo ?

L’antenne fait 210 mètres. 10 mètres qui font le ‘’pylônet’’ portent les antennes VHF (Bande de fréquences comprises entre 30 MHz et 300 MHz, correspondant à une longueur d’onde comprise entre 1 et 10 mètres) pour la TNT. Les antennes des 6 grandes régions font également 210 mètres. Après, on a des antennes qui sont en dessous de 200 mètres de hauteur.

Combien d’antennes (Pylônes) faut-il pour déployer la TNT sur toute l’étendue du territoire ?

Il y a 35 sites. Il y a des sites qu’il faut réhabiliter. Parce que n’oublions pas que pendant que nous sommes en train de déployer la TNT, la RTI continue de fonctionner. Il n’y a pas d’interruption. Nous avons toutes ces techniques pour faire fonctionner la RTI et en même continuer le déploiement de la TNT. Nous allons le faire sur tous les 35 sites. Il faut noter qu’il y a 8 sites qui sont en construction.

Que pouvez-vous dire aux téléspectateurs pour les rassurer ?

La TNT est une bonne chose. Il n’y a qu’à regarder tout ce dont j’ai parlé. Il y a également le fait que cela s’inscrit dans une dynamique mondiale. Ce sont des instructions de l’Union internationale des télécommunications mais c’est pour que tous ceux qui utilisent des fréquences puissent le faire sans gêner les voisins. C’est pour organiser toute la planète. C’est une nouvelle technologie. Tous les pays européens l’ont fait. Certains pays africains l’ont fait, d’autres ont commencé. L’essentiel est que tous doivent respecter la date du 17 juin 2020.

 

Réalisée par M.O

Commentaire

PARTAGER