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Le conflit qui secoue le pays depuis plusieurs années a vu les populations civiles passer du statut de victimes collatérales à celui de cibles privilégiées. Un rapport détaillé d’Human Rights Watch recense 57 incidents entre janvier 2023 et août 2025, faisant au moins 1 837 morts parmi les non‑combattants, tandis que deux millions de personnes ont été déplacées. Les forces armées, leurs milices volontaires (VDP) et le groupe terroriste du JNIM s’accusent mutuellement de crimes de guerre, et les témoignages de survivants montrent que chacun des acteurs est responsable.
Les exactions commises documentées révèlent une logique de répression qui ne fait aucune distinction entre combattants et civils. Le 25 février 2024, dans les localités de Nondin et Soro, l’armée aurait exécuté sommairement 223 personnes, dont 56 enfants, sous prétexte de collaboration avec le JNIM. Aucune preuve de cette collaboration n’a été rapportée. Quelques mois plus tard, le 24 août 2024, le JNIM aurait tué au moins 133 civils à Barsalogho, en représailles contre une communauté jugée favorable aux VDP. L’opération Tchéfari 2, menée en décembre 2023, aurait vu des soldats et des VDP s’en prendre à seize villages sous domination du groupe islamiste, entraînant la mort de centaines de civils. De même, les massacres du nord de Djibo en décembre 2023 et de Solenzo en mars 2025 ont été coordonnés entre l’armée régulière, les bataillons d’intervention rapide et les VDP, ce qui laisse à penser à une politique gouvernementale de répression violente. Ces attaques ne sont pas isolées. Le rapport souligne que les forces de l’État ont intégré la punition collective dans leurs opérations anti‑insurrectionnelles, transformant les civils en «réservoirs potentiels d’informations ou de soutien à l’ennemi». Cette dynamique s’accompagne d’un ciblage ethnique spécifique des Peuls, deuxième groupe du pays, qui sont accusés collectivement de soutenir le JNIM. Des déclarations du commandant Ibrahim Traoré à des chefs peuls en février 2023, ainsi que des propos de responsables de la garde présidentielle appelant à éliminer «tous» les Peuls, sont le signe d’une persécution ethnique, organisée depuis les plus hautes sphères de l’État.
Une stratégie de punition collective
Malgré l’ampleur des faits, aucune responsabilité militaire n’a été engagée. La seule sanction notable est la condamnation de six VDP en novembre 2025 pour meurtre et mutilation de cadavres, une mesure marginale face à l’ampleur du problème. Les promesses d’enquêtes internes sont restées sans effet, la justice antiterroriste avançant très lentement, tandis que la communauté internationale tourne son regard vers d’autres contrées. La Cour Pénale Internationale se trouve seul acteur à pouvoir mener une action, avant que le Burkina Faso ne sorte de sa juridiction depuis son retrait annoncé. Les témoignages recueillis qui dénombrent plus de 380 entretiens avec des victimes, décrivent une population «prise entre le marteau et l’enclume». Menacée par le JNIM si elle ne coopère pas, et par les forces de sécurité si elle refuse de collaborer. Ce climat de peur et de méfiance affaibli la légitimité du pouvoir et nourri le ressentiment populaire. Parallèlement, le JNIM continue d’étendre son emprise, les incidents augmentant en 2024‑2025, tandis que le discours officiel insiste sur une reconquête du territoire. Cette contradiction montre que la stratégie actuelle ne parvient pas à contenir le terrorisme mais contribue plutôt à une spirale d’impunité et de radicalisation qui menace l’avenir du pays.





