Cei, Cpi, Ouattara candidat en 2020 : ce qu’a dit le secrétaire d’État américain David Hale à Abidjan

9097

Dernère publication

Suite à des propos attribués au sous le Sous-Secrétaire américain David Hale, lors de sa rencontre avec des étudiants à l’Ecole nationale d’administration, nous publions la transcription transmise par par Daniel Langenkamp, Conseiller de Presse et des Affaires Culturelles, à l’Ambassade des États-Unis d’Amérique, à Abidjan.
[ Les élections municipales ]

Le monde suit de près la Cote d’Ivoire. Nous sommes intéressés par le progrès de la démocratie et de la bonne gouvernance. Les élections municipales visaient à tester les institutions, tester l’attitude de divers éléments de la société civile.
Nous sommes inquiets parce que nous avons constaté des intimidations de votants, des irrégularités, et des cas de violence et cela est particulièrement néfaste pour la Côte d’Ivoire qui a connu des violences liées au élections.

Donc notre avis est que la Côte d’Ivoire tire des leçons de cette expérience au moment où vous préparez 2020, et que les hommes politiques s’engagent à ne pas accepter la violence sous toutes ses formes, travailler à la réconciliation pour surmonter le passé et cela est important, s’assurer que tout citoyen qui en a le droit est inscrit sur la liste électorale et peut voter, car si vous n’êtes pas inscrits, vous ne pouvez voter et votre voix ne peut être entendue. C’est l’essence de la démocratie.

[ La Corruption ]
Je ne connais aucun pays qui soit immunisé contre la corruption. La question est donc de savoir quelles sont les mesures pour lutter contre la corruption lorsque celle-ci se produit ?

Est-ce des standards de transparence, des enquêtes agressives ou de juger et punir ceux qui y sont impliqués ?

Le public a-t-il une attitude cynique ou est-il plutôt choqué lorsqu’il entend un cas de corruption ? Ce sont ce genre de question clés. Pensez-vous que vous avez ce genre d’attitude et des institutions qui peuvent les empêcher de se reproduire, ou les gens disent tout simplement qu’il n’a rien que l’on puisse faire ? C’est plutôt terrible car il a y a des choses que peuvent être faites.

J’ai servi dans ma carrière au Moyen-Orient dans plusieurs pays avec des sérieux problème de corruption. Et certains dirigeants me posaient la question, « en tant qu’ami que conseillez-vous ? Car nous voulons faire quelque chose contre ça ».

Et ma réponse a toujours été : poursuivez en justice les auteurs, faites des enquêtes, jugez-les justement, sur la base de preuves. Il y a des cas où nous voyons l’engagement des dirigeants à lutter contre cela et j’espère que vous pourriez en trouver ici en Côte d’Ivoire.

Il est aussi important de garder à l’esprit le coût de la corruption. L’un des coûts le plus évident est moins d’argent pour le gouvernement, l’argent du contribuable allant ailleurs, alors qu’il aurait pu aller à l’éducation, à la santé ou autre. Il y a un autre coût – celui de l’érosion de confiance vis à vis du gouvernement.

C’est terrible lorsque le peuple n’a plus confiance au gouvernement. Il se trouve alors ailleurs vers d’autres pouvoirs. En troisième lieu, c’est un frein aux investissements étrangers, surtout américains. Nous avons une loi qui dit que les entreprises américaines ne peuvent pas payer des pots-de-vin à des dirigeants étrangers pour faire des affaires et les entreprises américaines quitteront tout pays où la corruption est endémique, et c’est pareil pour tout gouvernement étranger.
[ Réforme de la CEI ]
Je pense c’est absolument essentiel. Si la Commission électorale elle-même n’est pas perçue comme juste, en dehors du contrôle de toute faction en course dans les élections, si la commission semble être influencée par le pouvoir, tout le processus manquera de crédibilité, et dans ce cas pourquoi avoir des élections ?

Qui d’autre qu’une commission indépendante peut garantir la crédibilité des élections ? Il y’a plusieurs modèles dans le monde donc nous n’avons pas la réponse parfaite, mais la Cote d’Ivoire devra s’en trouver une.

[ La question du 3ème mandat du chef de l’État ]

Vous savez que ce n’est pas une décision américaine. C’est au peuple ivoirien de faire ces choix, mais je dirai quelques mots. Je sais que le président Ouattara a fait une déclaration – je crois en août- dans laquelle il a appelé à une transition du leadership vers une nouvelle génération, et je pense que c’est une déclaration louable.
Nous avons eu une expérience dans notre propre pays. Vers 1945 ou 1944, lorsqu’un président vénéré de notre pays, le Président Roosevelt, a été élu pour un quatrième mandat, cela a brisé toutes les traditions. Il n’y avait pas de loi, mais il y’avait une tradition de deux mandats.

Notre pays était en crise, et il a remporté une victoire écrasante pour un troisième et quatrième mandat. Et il est décédé peu de temps après son élection pour un quatrième mandat.
Il y’avait une atmosphère bipartisane après cela. Pas contre lui, mais un bipartisme [des deux principaux partis politique aux États-Unis] contre le concept d’un président qui siégerait dans un environnement démocratique aussi longtemps.
Ce n’était pas sain. Il fallait du sang frais, des idées neuves, un leadership nouveau.

Donc nous avons modifié la constitution, ce qui est inhabituel dans notre pays. Ce qui nécessite un très haut niveau de soutien, mais il y avait un assez fort soutien pour revenir à la tradition et la rendre loi. Qu’il n’y aurait que deux mandats dans notre pays.

Voilà donc notre loi depuis lors. Vous avez votre propre expérience. Nous vous souhaitons bonne chance, mais je pense que ce sont là les points que je voudrais aborder.
[ La question sur la décision de la CPI à propos de l’ancien President Gbagbo ]
La CPI a bien pris sa décision après une longue période et c’est là où ils se trouvent. J’espère, et je pense que c’est important, c’est que nous évaluions tous notre avenir. Pour la Côte d’Ivoire, vous avez un processus de réconciliation, c’est vrai, et c’est absolument essentiel, c’est ce qui est arrivé. La CPI a rendu son jugement et c’est bien. Où est-ce que vous voulez aller? Comment approfondissez-vous la réconciliation? Parce que c’est la vraie réponse.

Ce n’est pas ce que disent ou ne disent pas les forces extérieures. Qu’est-ce qui se passe dans ce pays? Quelles sont les personnes qui ont un passé – comment vont-elles interagir les unes avec les autres dans le futur ?

Et encore une fois, il y a tellement de sociétés qui ont abordé cette question de tant de manières différentes.

L’Afrique du Sud est souvent citée comme un très bon exemple de vérité et de réconciliation après ses nombreuses années de conflits internes et d’inégalités – et même pire.

J’ai vécu au Liban pendant de nombreuses années. Le Liban n’a jamais mis en place un processus de réconciliation et continue de se battre même si sa guerre est finie. Ils sont toujours comme ça [gestes avec les mains] et ils sont constamment en tension les uns avec les autres et ils courent toujours le risque de guerre.

J’espère mieux pour la Côte d’Ivoire. Je pense que mieux se passe. C’est donc là que je concentrerais l’attention sur l’avenir. Alors, comment pouvez-vous aller au-delà de ce point vers un processus de réconciliation réel et approfondi ?
NB : le titre et le chapeau
sont de la rédaction

Commentaires - L'Intelligent d'Abidjan

PARTAGER