Contribution- Candidature d’Henri Konan Bédié :Le PDCI-RDA reste fidèle à sa prééminence gérontocratique

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Certains n’hésitent pas à dire que le président Henri Konan Bédié (HKB) vient de prouver qu’il est un habile politicien. Pour eux, il a su circonvenir le président Alassane Ouattara au moment de leur idyllique collaboration en le convaincant à faire sauter le verrou de la limitation de l’âge du candidat à la présidence dans la nouvelle constitution, pour rendre possible la sienne en 2020.

Selon eux, depuis l’Appel de Daoukro en 2014, HKB savait exactement où il allait. Il en avait muri le plan et les moyens d’y parvenir. De fait, revenir au pouvoir est devenu une obsession et le combat de sa vie, depuis « l’humiliation de son éviction du pouvoir » avec le coup d’État de Noel 1999. Les faits sont là. HKB est candidat et est déterminé à gouverner à nouveau la Côte d’Ivoire.
Toutefois, la question dont la saillance reste irréfutable est celle de son âge très avancé. Pour ses partisans, l’âge est son vrai atout. Derrière son âge, il faut comprendre son long parcours professionnel, politique et de chef traditionnel qui lui a permis d’être en prise avec tout ce qu’il faut pour gérer un pays. La connaissance du fonctionnement de l’administration, l’économie, la diplomatie, le pouvoir d’État, la sociologie africaine, etc. Ils affirment même que son bilan parle pour lui. Lui-même affirme, recevant avec acquiescement « la sollicitation de candidature » des structures de base de son parti, faire de ce nouveau combat « une mission de salut public ».
Pour ses adversaires, HKB est un homme politique égoïste, qui, derrière sa posture de sage et rassembleur ne pense qu’à lui seul. En affichant se battre pour le PDCI-RDA, il le fait en réalité pour lui-même. Une sorte de stratégie de la duplicité qui lui a permis d’avancer jusqu’à cette candidature. Pour eux, presque nonagénaire, son âge est au contraire un handicap et surtout un « « danger pour la Côte d’Ivoire ». Lui répondant, Kobenan Adjoumani Kouassi, un de ses anciens fidèles devenu son adversaire, actuel porte-parole du RHDP affirme plutôt que ce nouveau combat de HKB est « une mission de salut privé ».
Pour les observateurs de la vie politique ivoirienne, la candidature de HKB ne surprend guère. C’est une constante de ce parti qui n’arrive pas à trouver une réponse définitive à la problématique de la transition intergénérationnelle en son sein. Deux faits l’attestent.
Le premier. En 1959, l’affaire dite du complot « du chat noir » qui emporte Jean-Baptiste Mockey, jeune et brillant homme politique, secrétaire général fraîchement élu du PDCI-RDA, vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, intervient après avoir défait Auguste Denise, alors secrétaire général du PDCI-RDA depuis sa création en 1946 à ce poste.
En effet, à la page 76 de son livre-testament, Disciple d’Houphouët-Boigny, Camille Alliali, une figure historique du PDCI-RDA affirme : « Jean-Baptiste Mockey avait su par son travail et sa rigueur, gagner la confiance du président Houphouët-Boigny et occuper auprès de lui une position d’influence qui n’était du goût de tous ». De fait, devant ce cuisant revers, la vielle garde aurait convaincu le président Houphouët-Boigny qu’il était lui-même menacé par les jeunes, semble croire, Camille Alliali.
Le deuxième. En 1980, le 7èmecongrès est vu comme celui du rajeunissement du Bureau politique du PDCI. Le discours de clôture de Djédjé Mady , le benjamin du Bureau politique, qui venait d’y être admis, refroidit ceux qui croyaient à un passage de flambeau. Au contraire, celui-ci affirme : « Nous n’avons jamais prétendu tout connaître. Nous n’avons qu’une seule ambition. Celle d’apprendre à la bonne école, à l’école du président Houphouët-Boigny, c’est-à-dire à l’école de la Sagesse, du dépassement de soi et de l’amour ». La messe était dite.
Avec un recul historique, il n’est pas infondé d’affirmer que le congrès fut un virage mal négocié par le PDCI-RDA, en n’ayant pas eu le courage politique d’intégrer les jeunes au centre de ses instances de décisions. Les vieux dinosaures croyant encore être bons pour le service. Trois ans après, le PDCI-RDA était contraint d’introduire le multipartisme. Point de départ des « incertitudes ivoiriennes » toujours non encore dissipées.

Après, la candidature de HKB, la formation d’un nouveau Bureau politique composé de 2191 membres est à l’ordre du jour. Les noms de ses premiers membres rendus publics sont : Maurice Kakou Guikahué, Gaston Ouassenan Koné, Emile Constant Bombet, Boa Thiémélé Edjampan, Marcel Zady Kessy, Lambert Kouassi Konan, Mangoua Koffi Saraka Jacques, Emmanuel Niamien N’Goran et Aoua dit N’Gogui Touré ». Aucun jeune « loup ». Moralité : Presque 75 ans après sa création, la gouvernance gérontocratique reste une variable constante au PDCI-RDA. Est-elle la vision de la majorité des Ivoiriens en ce 21èmesiècle ? Ils auront l’occasion de le faire savoir en octobre prochain.

NURUDINE OYEWOLE
Expert-consultant en
Communication

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