Contribution – Célébration de la Saint Valentin : sortir du piège de l’instantanéité

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Depuis quelques décennies, chaque 14 février, la célébration de la Saint-Valentin appelée la fête des amoureux s’est imposée dans l’espace social en Côte d’Ivoire. Les amoureux se sentent obligés de marquer ce rendez-vous calendaire par un acte symbolique pour témoigner leur amour à leur partenaire. Ce fait social qui déchaine toutes sortes de passions, traduit aussi un état d’esprit général de notre société qui est prise dans l’ivresse du voyeurisme, du consumérisme et de l’instantanéité.

Un peu d’histoire pour comprendre les origines de cette fête. Selon des sources historiques, la Saint Valentin a une origine païenne et polythéiste. En effet, dans la Rome antique, le 15 février, étaient fêtées les Lupercales ou festival de Faunus, le dieu de la fécondité, appelé Lupercus, car il éloignait les loups. Les Luperques, prêtres de Lupercus, sacrifiaient alors des chèvres au dieu. Avec le couteau sanglant, les prêtres touchaient le front de deux jeunes patriciens, un garçon et une fille.Étymologiquement, Lupercus vient du latin lupus, le loup. De fait, la légende raconte que c’est une louve, maternelle, qui sauva Romulus et Remus, les futurs fondateurs de Rome.
Par la suite, cette fête est tombée dans l’espace chrétien. Comme beaucoup de saints, Valentin de Terni fut un martyr. Il serait mort à Rome vers 270, tué par les Romains alors païens, parce qu’il mariait les chrétiens entre eux alors que les mariages chrétiens étaient interdits par les Romains.
En prison, avant d’être tué, Valentin serait tombé amoureux d’une femme aveugle de naissance, Julia. Elle lui aurait apporté à manger chaque jour. Puis un jour, elle aurait retrouvé la vue, grâce à celui qui est devenu Saint Valentin. Après la mort de Valentin, Julia aurait planté un amandier près de sa tombe. L’amandier est devenu le symbole de l’amour. L’histoire a longtemps associé Valentin de Terni aux amoureux et en 1496, le pape Alexandre VI en a fait le “patron des amoureux”. Petit à petit, c’est devenu une fête qui quitte le milieu des chrétiens pour devenir laïque et populaire.

Il est indéniable que la Saint Valentin est aujourd’hui une fête planétaire. Cet intérêt traduit, d’abord, le fait que l’amour est une nécessité pour chaque créature. Savoir qu’on compte pour son époux et son épouse ou encore pour son futur conjoint ou sa future conjointe est essentiel. Ensuite, elle indique que l’humanité est d’accord sur la nécessité de protéger le mariage, donc la famille. D’où la nécessité de sortir de la simple tempête que génère le 14 février, pour mieux construire les ressorts du mariage et le soustraire ainsi de sa fragilité actuelle.
Au-delà de cette effervescence, la célébration de la fête de la Saint Valentin de nos jours, souffre de trois maux essentiels.
Premièrement, cette célébration est prise dans le piège de la société de consommation qui impose que tout acte humain devienne une marchandise, donc une source de commerce. Ainsi, les amoureux, pour la plupart, n’y voient plus l’acte d’amour ou la preuve d’amour du partenaire. Mais plutôt, la valeur marchande de l’acte que poserait ce partenaire en ce jour. Une situation qui tue le vrai sens de l’acte d’amour, en exposant celui-ci à la subjectivité matérialiste.
Deuxièmement, la fête de la Saint Valentin transforme l’acte amoureux en un spectacle qui doit être vu et su de tous. C’est l’occasion de prouver au monde entier qu’on a un partenaire qui nous aime, même si celui-ci peut être dans l’hypocrisie la plus totale. Or, tout acte sincère ne gagne-t-il pas plus à être plutôt tintée du sceau de la discrétion ? Les vraies preuves d’amour ne sont-elles pas plutôt lues selon des grilles inscrites dans la sphère intime des partenaires?

Troisièmement, dans un monde dominé par l’instantanéité et la vitesse d’exécution des choses, la fête de la Saint Valentin n’y échappe pas. Même si l’acte de célébration de la Saint Valentin revêt une importance aux yeux des amoureux, il n’en demeure pas moins que l’amour se solidifie sur la durée et par capacité de résistance aux séismes du parcours de vie. Car, un acte ponctuel, aussi important qu’il soit, ne peut nullement être la preuve de l’amour. Il pourrait parfois même être un piège.
Au total, même si le monde est embarqué par la fièvre de la célébration de l’amour tous les 14 février, il est important de comprendre que l’amour se construit non pas d’instantanéité mais sur des piliers essentiels qu’il convient de renforcer tous les jours.

NURUDINE OYEWOLE Expert en communication
Analyste politique

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