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Annoncé à l’issue du conseil des ministres du 15 avril 2026, le futur Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d’Ivoire (FSDI) se veut un outil de régulation, d’investissement et d’épargne intergénérationnelle. Alimenté par une part croissante des taxes sur l’or et le pétrole brut, il ambitionne de rassembler 700 milliards FCFA dès 2030, puis 2 500 milliards dix ans plus tard.
« Tout le monde peut avoir l’idée d’un fonds souverain, mais son abondement et sa structuration ne sont pas évidents pour tous. » Ce constat, formulé par un expert proche du dossier, résume l’enjeu du projet ivoirien. Après des années de réflexion, le gouvernement a choisi une architecture inspirée des typologies du Fonds monétaire international (FMI), qui distingue cinq modèles : fonds de stabilisation (contre les chocs de prix des matières premières), fonds pour les générations futures (épargne), société de placement des réserves de change, fonds de développement (projets socio-économiques) et fonds de réserve pour les retraites.
La Côte d’Ivoire a opté pour une formule hybride, articulée autour de trois sous-fonds :
1-Un fonds de développement des infrastructures – pour financer des projets structurants (routes, ponts, énergie, numérique).
2-Un fonds de stabilisation économique, destiné à absorber les chocs exogènes (crise des prix des matières premières, pandémie, tensions géopolitiques).
3-Un fonds de placements financiers stratégiques , pour constituer une épargne de long terme, à l’image des fonds souverains norvégien ou abou dabien.
Un financement adossé aux ressources extractives
Le fonds sera abondé par une fraction croissante de deux recettes fiscales :
-L’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux (BIC) du pétrole brut : 30 % en 2027‑2028, puis 50 % à partir de 2029.
-La taxe sur l’or : mêmes proportions (30 % puis 50 %).
Cette progressivité vise à ne pas brusquer l’équilibre budgétaire tout en donnant une visibilité aux marchés. Les projections officielles tablent sur une capitalisation de 700 milliards FCFA à l’horizon 2030, puis 2 500 milliards en 2040 (environ 3,8 milliards d’euros à cette date).
Quels bénéfices attendus ?
Pour le gouvernement ivoirien, un tel outil permettra de :
-lisser les dépenses publiques face à la volatilité des cours du pétrole et de l’or ;
-financer les grands chantiers sans recourir systématiquement à l’endettement extérieur ;
-préparer l’après-pétrole en constituant une réserve pour les générations futures.
Une gouvernance sous haute surveillance
Le FMI recommande aux pays africains émergents de publier chaque année un rapport sur l’allocation et la performance de leurs fonds souverains, afin d’éviter les dérives clientélistes. Le choix de la gouvernance , indépendance du gestionnaire, règles de transparence, critères de décaissement, sera un indicateur à suivre de près.
Faisant l’annonce après le conseil des ministres, Amadou Coulibaly porte-parole du gouvernement, avait dit ce mercredi 15 avril 2026 : « Au titre du ministère de l’Économie et du Budget, le Conseil a adopté une ordonnance portant création, organisation et fonctionnement d’un Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (FSDI) ». Il avait ajouté que cette nouvelle entité, personne morale de droit particulier, est chargée de la gestion et de la valorisation des actifs stratégiques de l’État ainsi que du financement de projets d’infrastructures et d’investissements vitaux.
Selon lui, cette création s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2012. Le FSDI sera financé par une quote-part des revenus tirés de l’exploitation des matières premières minières et énergétiques, ainsi que par le transfert d’actifs publics, avait-il précisé . « Le dispositif prévoit des mécanismes de gestion des risques, de contrôle interne, de transparence et de reddition de comptes conformes aux meilleures pratiques internationales », a déclaré le porte-parole.
Un signal pour les investisseurs
Au-delà du montant, c’est la crédibilité de l’institution qui comptera. Si Abidjan réussit ce pari, le Fonds souverain deviendrait un levier puissant d’attractivité, en montrant que les revenus des matières premières ne sont pas dilapidés mais transformés en capital productif. Les prochaines étapes, nomination de l’équipe de gestion, premier versement effectif, seront scrutées par les partenaires techniques et financiers, et même par les populations.
Au-delà de l’attractivité actuelle et des résultats immédiats du brut (pétrole), de l’or et des hauts et bas des filières agricoles, la Côte d’Ivoire veut prouver qu’elle peut davantage faire fructifier ses richesses souterraines , et, plus largement, l’ensemble de ses matières premières, au bénéfice de tous.
Charles Kouassi





