Exclusif – Actrice dans la série Guyane sur Canal + Daniely Francisque : ” Le nègre ne meurt pas ” ( Fespaco 2017 )

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> Photo : L’actrice martiniquaise de théâtre et de cinéma, Daniely Francisque, est heureuse d’être en Afrique, la terre de ses ancêtres.

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Actrice dans ‘’Guyane’’, la série la plus téléchargée de tous les temps avec un record de plus de 3, 2 millions de téléchargements selon un communiqué officiel de Canal+ daté du 21 février 2017, la Martiniquaise Daniely Francisque s’est confiée à l’Intelligent d’Abidjan. Dans cette interview exclusive réalisée en marge du FESPACO à Ouagadoudou, la capitale burkinabé, elle parle de sa vie et de ses liens avec l’Afrique qu’elle visite pour la première fois.

Actrice martiniquaise de théâtre et de cinéma, vous vous retrouvez ici, à un festival panafricain du cinéma et non à Cannes ou ailleurs en Occident. Qu’est-ce qui explique cette présence à Ouaga, en terre africaine ?

Je suis venue découvrir le cinéma africain car là où je vis en Martinique, on entend un peu parler du cinéma africain. Il y a quelques films qui parviennent jusqu’à nous, mais je ne connais pas amplement ce type de cinéma-là. Donc en tant Martiniquaise, je me reconnais davantage dans le FESPACO que dans le Festival de Cannes. Je me sens ici chez moi. Les histoires que je vois dans ces films, me parlent davantage. Elles sont beaucoup plus proches de moi. C’est la principale raison de ma présence à Ouagadougou.

Vous êtes une danseuse et chanteuse de qualité. Mais à voir votre biographie, vous avez plutôt une actualité riche en filmographie, au cinéma et au théâtre. Comment peut-on comprendre cela ?

Dans mon parcours, j’ai toujours évolué avec la danse et la chanson. Mais principalement mon cœur de métier, c’est la comédie et le jeu d’acteur au théâtre et au cinéma. Actuellement, depuis quelques années d’ailleurs, la partie cinéma prend beaucoup plus d’ampleur dans ma carrière, et je m’y investis totalement. Je sens que je suis prête aussi pour plus me consacrer au cinéma et au théâtre. Je suis en train de passer du statut d’interprète à celui d’auteur et de metteur en scène. Mon potentiel est en train de se développer, de s’affirmer et de permettre de m’engager dans de nouvelles pistes professionnelles.

 Vous avez joué un rôle dans la série à succès ‘’Guyane’’, la nouvelle Création originale de Canal+. Dites-nous comment vous avez été choisie pour intégrer cette sérié ?

C’était un hasard ou une chance. Mais je préfère dire plutôt que c’était une chance, parce qu’il n’y a pas de hasard. En Martinique où j’habite, je reçois une annonce de casting. Je ne sais pas si la chaîne cryptée avait fait une annonce mais, je reçois l’information selon laquelle une société de production cherchait des acteurs avec un certain profil. Je me suis donc reconnue dans l’un des profils. J’ai alors contacté la société de production. J’ai envoyé mes références et en retour la société m’a répondu qu’elle préférait travailler avec des Guyanais. Après cette réponse, je me suis rétractée. Quelques semaines plus tard, je suis contactée par le responsable du casting en Guyane. Il s’appelle Marc Barrat et est aussi un réalisateur guyanais. Il a entendu parler de moi à travers une personne en Guyane. Cette personne lui a suggéré en tout cas, de me faire appel. Et après que Marc Barrat et moi avions eu des échanges, il m’a envoyé des essais. Je me suis donc filmée moi-même avec mon ordinateur et je le lui ai fais parvenir la vidéo. C’est comme ça que j’ai été choisie par l’équipe, notamment par Kim Chapiron, le réalisateur des quatre premiers épisodes. C’était une grande joie pour moi.

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Dans ‘’Guyane’’, vous êtes Madame Serra, l’épouse du réalisateur du parrain de la mafia de l’or. Comment vous vous êtes senties dans ce rôle, vous qui êtes, hors du cinéma, une belle femme classe, apparemment calme et sans histoire ?

(Rire). Madame Serra est aussi une femme classe, calme et sans histoire, sauf qu’elle vit une situation un peu particulière avec un mari qui fréquente les milieux mafieux dans le marché de l’or. Je crois qu’en fait, Madame Serra a accepté ce système où son mari est souvent en forêt, dans ses forages. Il a sa maîtresse avec lui dans son quotidien. Madame Serra est une femme qui fréquente les hauts milieux politiques et administratifs de la Guyane. Elle profite de cette position, pour faciliter les affaires de son mari. C’est une situation pas évidente parce que son mari et elle, ne s’aiment pas vraiment. Mais c’est comme s’il y a une sorte de compromis, d’arrangement entre eux. Elle le protège dans ses trafics pour éviter qu’ils soient découverts et en retour, il lui permet de se maintenir dans ce niveau de vie élevé. Et il lui autorise aussi d’aimer qui elle veut.

Seriez-vous prêtes à jouer en Afrique, dans une production typiquement africaine ?

Je serais vraiment très heureuse de jouer dans un film typiquement africain. C’est l’objet même de ma présence ici au FESPACO. Il était important pour moi de rencontrer des réalisateurs et producteurs africains pour les connaitre et également me faire connaitre. Voir les films qui sont projetés à ce festival et dans quel environnement ils sont tournés. Je pense franchement que je me sentirais très bien dans ces films-là.

Un mot à l’endroit des téléspectateurs africains qui vous suivent à travers la série ‘’Guyane’’…

Je leur dirais que je suis très fière d’être ici, en Afrique. Puisqu’il s’agit d’une part de mon identité culturelle. Le fait d’être ici, me rend aussi fière d’être ce que je suis, nous qui avions été déportés ; je veux parler de nos ancêtres qui ont vécu l’esclavage bien entendu. C’est vrai qu’il y a eu toute une entreprise d’aliénation culturelle qui nous a amené à renier notre côté africain, mais en découvrant cette histoire de l’esclavage à l’université et de mon lien avec l’Afrique, il y a eu une explosion en moi, une sorte de révélation. C’est ce qui m’a permis d’écrire ma pièce de théâtre qui s’appelait ‘’Nèg pa ka mô’’, qui signifie en français ‘’le nègre ne meurt pas’’. Cette pièce de théâtre raconte ce lien entre l’Afrique et nous, bien sur nous les noirs français. J’ai voulu partager cette histoire, cette révélation avec les autres à travers le théâtre…Donc je suis vraiment très émue d’être sur le continent africain pour la première fois. C’est une manière de réinvestir une partie de moi, de mon identité. J’en suis très touchée et je me sens plus grande, plus forte et plus puissante en étant sur cette terre qu’est l’Afrique. Et je suis sûre qu’en rentrant chez moi en Martinique, je ne serais plus la même personne.

Réalisée par Joël Touré à Ouaga.

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