Interview / Adama Bictogo évoque les enjeux du 3 eme congrès ordinaire du RDR : “Renouer avec l’espérance forte que nous avions fait naître en 2010 et 2015”

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Avant le 3ème Congrès ordinaire du RDR prévu les 9 et 10 septembre 2017, Adama Bictogo s’exprime sur le RDR et la situation politique en Côte d’Ivoire.

Monsieur le Ministre, au-delà des hautes fonctions que vous avez pu occuper et que vous occupez aujourd’hui au RDR ou au sein du RHDP, on vous considère avant tout comme un homme de terrain, un homme de mission, une force de propositions, toujours prêt à débattre mais de façon constructive, soucieux de maintenir le contact avec les militants. Avez-vous fait de la politique pour devenir député ou ministre, conseiller à la Présidence?
AB : On ne fait pas de la politique par carriérisme, on fait de la politique par conviction, pour porter des idées. Les victoires électorales, – l’élection de notre candidat à la présidentielle, la majorité à l’Assemblée nationale -, permettent de mettre en œuvre une politique que l’on croit utile pour le pays et les populations. Le combat politique, qui prend la forme d’un affrontement démocratique, ne doit jamais nous faire oublier la philosophie politique, c’est-à-dire les valeurs que nous voulons défendre. Si j’ai été un adhérent de la première heure au RDR, c’est que j’ai vu dans ce parti et dans l’homme qui en était le Président, le leader charismatique, le mentor, la possibilité de faire triompher les idées dans lesquelles je croyais, des idées que porte aujourd’hui le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Depuis ma première rencontre, le 14 février 1994, avec Alassane Ouattara, j’ai été de toutes les batailles du RDR. Je ne manie pas la langue de bois, mes prises de positions ont parfois dérangé, surtout lorsque je défends nos militants contre les dérives technocratiques de certains ministres et cadres qui les oublient ; toutefois on me reconnaît un certain sens du dialogue, ce qui m’a permis de faciliter des rapprochements, même au plus fort de la crise postélectorale de 2010. Déjà, en 2007, j’avais participé à la réalisation des accords de Ouagadougou. Le combat politique, souvent âpre, difficile, ne me fait jamais oublier l’essentiel : dialoguer, toujours dialoguer, pour aller vers les compromis qui garantissent la Paix. On est élu député, parce que le peuple vous fait confiance ; on est nommé ministre, car la plus haute autorité pense que vous pouvez être utile au pays. L’essentiel, ce n’est pas les lambris dorés de la République, mais le contact avec le peuple et, pour le cadre d’un parti politique, le lien avec les militants.

Être un homme de terrain, de mission, de stratégie électorale, n’est-ce pas une fonction subalterne, alors que le RDR est au pouvoir ? Il y’a l’élite, en particulier les ministres, et les militants, à qui l’on pense en période électorale. Est-ce la perspective de 2020 qui vous permet de revenir dans le jeu politique, alors que certains avaient voulu vous écarter ?

AB : La manière dont vous posez le problème n’est pas la bonne. Il n’est pas question de ma personne. Ma petite personne de compte pas. Il est question de la vision politique et du projet que porte Alassane Ouattara depuis son élection en 2010, du rôle du RDR en tant que parti politique, de la place des militants dans l’action politique et des discussions avec nos alliés au sein du RHDP. La vraie question est celle du renouveau du RDR, et du rôle que je peux jouer dans ce renouveau. L’idée que je me fais de ce rôle est de mobiliser nos militants en donnant les moyens à ceux qui sont sur le terrain.

Est-ce pour cela que vous avez tenu à demander pardon aux militants du RDR ?

AB : Si j’ai publiquement présenté nos excuses à l’ensemble de nos militants, c’est parce qu’un parti politique ne peut pas devenir une coquille vide avec comme perspective une guerre des chefs et des ambitions pour 2020. La mobilisation des militants est un objectif prioritaire. C’est ce que j’ai fait tout au long des Assises régionales, appelées les congrès éclatés : consolider le RDR par la mobilisation des militants. Trop souvent, on oublie les militants, les secrétaires de sections, les commissaires politiques, tous ces gens qui consacrent leur temps, leur énergie, pour défendre nos idées. Se couper des militants, c’est se couper du terrain. Oui, je suis un homme de terrain au service du Président Alassane Ouattara et du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly qui travaillent pour le pays et pour les populations. Que de chemin parcouru depuis avril 2011! Personne ne le conteste. Mais, avons-nous suffisamment fait remonter les informations du terrain depuis janvier 2016 ? Avons-nous su mesurer les inquiétudes et les attentes des populations ? Avons-nous vu la menace sécuritaire ? Rien n’est jamais acquis en politique. Pour ma part je souhaite que ce Congrès de septembre, soit l’occasion pour le RDR de renouer avec l’espérance forte que nous avions fait naître en 2010 et 2015. La Côte d’Ivoire nouvelle ne peut se construire que dans la dynamique, la méthode et la vision du président de la République et de son Premier ministre. Il appartient à la haute direction du RDR d’écouter ce que que les militants ont à dire, en particulier ce qui ne va pas. Il appartient ensuite à cette haute direction d’apporter des réponses. Je souhaite que le congrès soit la tribune mais d’un vrai débat au sein du RDR, ouvrant les voies d’un RDR fort et conquérant . C’est ce que nous sommes parvenus à faire lors de nos précongrès. C’est avec les militants que nous serons forts.

L’unité de la famille RDR existe-telle encore ? La décision d’Alassane Ouattara de ne pas se présenter en 2020 n’ouvre-t-elle pas la voie à une guerre des courants et des chefs ?

AB : Je dirai une chose : d’abord, personne, du RDR, ne peut prétendre gagner l’élection présidentielle de 2020, s’il se présente en dehors de notre famille politique ; Ce Congrès de septembre doit se fixer deux objectifs : l’unité de la famille RDR et la reconquête du cœur des militants. Je souhaite que nous allions à l’élection de 2020 dans le cadre du RHDP,parti unifié. Nous ne pouvons pas aller vers l’émergence, consolider la croissance et bâtir une Côte d’Ivoire nouvelle avec des recettes du passé. En 2010, en 2015, l’élection d’Alassane Ouattara et sa réélection ont permis au pays de se reconstruire. Il y a eu, indéniablement, au plan national comme au plan international, un effet Ouattara. Les Ivoiriens ne veulent ni d’un retour en arrière, ni les incertitudes d’une aventure électorale.
Vous savez dans les périodes électorales, les arguments les plus fallacieux sont avancés. Certains parlent d’hégémonie du RDR ! Je n’en vois pas la trace. D’autres de confiscation du pouvoir par les gens du Nord contre le Sud ! Je n’en vois pas la marque. Pour moi, l’idée du parti unifié, et non pas du parti unique, reste un objectif à atteindre, si nous voulons constituer ce socle électoral qui nous permettra de gagner en 2020 autour des idéaux de l’houphouëtisme.

On ne peut s’empêcher de se demander si vous êtes candidat au poste de secrétaire général du parti, au cours du congrès

À dire vrai, il n’y a pas de candidature puisqu’il n’y aura pas d’élection du secrétaire général du RDR, le Président du parti seul étant élu. Cela dit, je vous réponds tout simplement avec les mêmes mots que j’ai déjà dit à d’autres médias : je suis disponible pour , et candidat à toutes, les missions que le Président Alassane Ouattara voudra me confier, y compris le secrétariat général du RDR.

Combien de militants attendez-vous pour ce congrès de septembre que vous présentez comme un congrès refondateur ?
Nous attendons des milliers de militants, dont 35 mille congressistes avec des mandats, sur 65 militants actifs qui seront mobilisés. Pour la réussite de ce congrès, la mobilisation doit être importante. Les débats seront ouverts et démocratiques, personne ne sera exclu. Ce sera le congrès du renouveau pour un parti plus fort. Nos militants, endurcis par des années de lutte, sont prêts à repartir au combat, bien que certains aient exprimé leurs préoccupations dans les pré congrès . Dans la gestion du pouvoir, nous avons travaillé à tenir les engagements pris en faveur de tous les Ivoiriens. Nous devons encore travailler pour améliorer le sort de nos compatriotes, créer plus d’emplois, réguler une urbanisation galopante, créer un vaste réseau de PME pour une industrie de transformation, avancer encore dans l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, donner de l’espoir à notre jeunesse, orienter les investissements publics, garantir la qualité de notre système de santé et de notre système éducatif. Je voudrais qu’il y ait pour le Président Alassane Ouattara et pour Amadou Gon Coulibaly le même amour et la même ferveur qui ont toujours existé. Ce qui a changé, avec le RDR au pouvoir, c’est que la Côte d’Ivoire n’est plus un État en faillite. Nous avons retrouvé le chemin de la croissance et nous existons sur la scène internationale. Au-delà de la ferveur militante, nous pouvons aussi parler de bilan. Nous devons travailler jusqu’en 2020 en revenant aux valeurs du terrain. Nos militants sont nos relais sur le terrain. Nos militants portent des idées de croissance, de solidarité et de paix. C’est ce message que nous portons. C’est cette profession de foi, et cet engagement que nous voulons partager , et faire porter aux militants. Nous sommes à leur service; nous sommes au service du Rassemblement des républicains, pour un RDR toujours plus fort ! La direction s’engage à sortir du congrès en mettant à la disposition des militants, un dispositif de gestion participative de tous nos militants, pour une prise en compte quotidienne de leurs préoccupations. Bon congrès à tous !

Interview exclusive
réalisée par l’équipe de www.adamabictogo.com , 23 août 2017

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