LA CHRONIQUE DU LUNDI CE QUE SIGNIFIE LE RECENT DEPLACEMENT D’EMMANUEL MACRON AU NIGERIA ET EN MAURITANIE OU COMMENT ENTERRER DEFINITIVEMENT LE MYTHE DE LA FRANÇAFRIQUE

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Emmanuel Macron vient d’effectuer un déplacement dans un pays anglophone, le Nigéria, et en Mauritanie, l’un des pays du G5 Sahel, engagé dans la lutte contre le terrorisme. Dans le deux pays, les discussions ont porté sur des questions de sécurité, de développement et sur la culture africaine. Emmanuel macron, par touches successives, que viennent éclairer des discours explicatifs en direction de la jeunesse, souhaite repenser les liens qui unissent la France et l’Afrique, mais aussi l’Europe et l’Afrique. Pour Emmanuel Macron, ce déplacement au Nigeria et en Mauritanie est une manière de vouloir enterrer définitivement le mythe de la Françafrique en sortant du débat sans fin sur le « pré carré africain », alors que le Président français ne croit plus au leurre de la toute-puissance de la France en Afrique. Focart l’Africain, l’homme de l’ombre, nous renvoie à une certaine époque, au vieux monde, dont la dernière manifestation a été le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, un discours imbibé des idées de Victor Hugo et de Hegel sur la mission prétendument civilisatrice de l’Occident. Victor Hugo, Hegel, Sarkozy : une même manière, sous couvert de bons sentiments, de déposséder l’Afrique de son Histoire et de son identité. La Françafrique, « C’était ainsi… », disait Focart, à ses visiteurs, dans son petit bureau privé de sa maison de Luzarches, sorte de « case aux fétiches ». Macron, lui, agit en pleine lumière, refusant d’avancer masqué, ce qui explique sa volonté de s’adresser à toute l’Afrique et en particulier à la jeunesse africaine avec cette phrase qui revient sans cesse : « Je suis comme vous d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé. » L’adieu à la Françafrique devient désormais un « bonjour l’Afrique, bonjour, jeunesse africaine » ! On note la volonté de Macron de sortir des lieux convenus des rencontres protocolaires. Il se rendra à l’université de Ouagadougou, qu’on lui a présentée comme « un amphithéâtre marxiste et panafricain. » Il s’est donc dit : « C’est peut-être l’endroit où je dois aller pour m’exprimer. » A Lagos, au Nigeria, il se rend dans l’un des hauts lieux de la culture nigériane, le Shrine, la salle du concert de Fela Kuti, le fondateur de l’Afrobeat. Il y esquissera quelques pas de danse, en hommage à la culture africaine.

La visite en Mauritanie

Cette visite s’est faite en marge du 31e sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu à Nouakchott. Il s’agit de la première visite d’un chef de l’État français depuis Jacques Chirac, en 1997. La composition de la délégation française indique les deux axes de discussions prioritaires, la sécurité avec les ministres Jean-Yves Le Drian (Europe et Affaires étrangères) et Florence Parly (Armées), et le développement avec le patron de l’Agence française de développement (AFD), Rémy Rioux. Une mission du Medef International suivra, du 9 au 11 juillet.

Dans tous les domaines, selon Emmanuel macron qui travaille sur un financement conjoint UA-ONU, « L’Union Africaine doit mettre la main à la poche », car se pose la question de la prise en charge des opérations de maintien de la paix, les Nations unies refusant de financer les forces du G5 Sahel.

Mais, Macron ne s’est pas contenté de parler de sécurité avec la Mauritanie, il a été question de développement (il était initialement prévu d’aller à Kiffa, afin d’inaugurer une centrale solaire financée par l’AFD) et de culture. Sans que ce soit une anecdote, notons que Mohamed Ould Abdelaziz a offert un dîner en plein air à Ribat El Bahr, à l’ouest de Nouakchott. C’est la première fois qu’un président mauritanien offre à l’un de ses homologues un tel dîner « sous la tente », l’Élysée souhaitant rendre hommage à la culture et aux traditions mauritaniennes.

La visite au Nigeria

Après son passage en Mauritanie, où il a rencontré les dirigeants de la force du G5 Sahel, Emmanuel Macron s’est rendu à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, avec, pour objectif, de tisser des liens plus étroits avec l’Afrique anglophone. Comment ignorer les grands pays anglophones que sont le Nigeria et l’Afrique du Sud ? Macron fait tout pour sortir de l’ancien « pré carré » de l’Afrique francophone et rapprocher la France de l’Afrique anglophone. Les raisons économiques sont évidentes, le Nigeria étant un partenaire indispensable pour la France avec un marché de 180 millions de personnes et le pays, avec une production globale de quelque 2 millions de barils/jour, représente plus de 10 % de la production du groupe français Total. Mais, les questions de sécurité se posent aussi avec la menace permanente de Boko Haram. Fait notable, Emmanuel Macron a insisté sur le rayonnement culturel de l’Afrique et l’importance de la diplomatie culturelle. A Lagos, lors d’une visite qui concernait le rayonnement artistique et culturel de la ville, Emmanuel Macron a officiellement lancé la Saison des cultures africaines qui se tiendra en France en 2020. Macron connaissait Lagos pour y avoir effectué, il y a seize ans, alors qu’il était élève de l’ENA, son stage à l’ambassade de France. Il avait découvert le formidable dynamisme de la culture nigériane. Se rendre dans l’un des hauts lieux de la culture nigériane, la mythique salle de concert du Shrine, ne relève donc pas de l’anecdote « people ». Avant de se rendre au Shrine, Macron a déclaré : « Il faut donner à voir la vitalité de la culture africaine, dont le Nigeria est une vitrine ». En France, on ignore que Nollywwood, l’industrie cinématographique du Nigeria, est la deuxième au monde en termes de production. Lors de son « discours fondateur » de Ouagadougou, déclinant sa stratégie pour relancer les relations entre la France et l’Afrique, Macron avait insisté sur « une stratégie culturelle et artistique qui remette l’Afrique » au centre, précisant que « nous avons besoin que les Africains parlent eux-mêmes de l’Afrique ».
On voit comment, peu à peu, Emmanuel Macron tente de redessiner et consolider les liens qui unissent l’Afrique, toute l’Afrique, à la France. Pour redessiner et consolider ces liens, on parle beaucoup de développement économique et de sécurité, on oublie souvent l’importance que Macron accorde à l’identité culturelle africaine. Aujourd’hui, la jeunesse africaine vit, danse et respire de plus en plus au rythme du génie créateur de ses propres artistes. D’ailleurs, les regards portés sur l’Afrique par les Africains eux-mêmes et par le reste du monde sont en train de changer. L’Afrique n’est-elle pas, par ses modes vestimentaires et ses musiques, en train d’influencer la planète entière ?

Christian Gambotti
Président du think Tank
Afrique & Partage
Directeur général de la société ECFY
Directeur de la Collection
L’Afrique en marche

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