Procureur Adou Richard : voici pourquoi l’iman Haguib Touré a été arrêté – Côte d’Ivoire

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L’imam Touré Aguibou interpellé pour les propos qu’il a tenus, et qui ont été abondamment publiés sur les réseaux sociaux, risque une peine allant de 5 à 10 ans de prison, selon les dires du procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, le vendredi 13 juillet 2018 à son cabinet.

 

À en croire le procureur Richard Christophe Adou, il ne s’agit nullement, à travers cette interpellation, de museler un guide religieux encore moins de l’empêcher de jouer son rôle dans l’éveil des consciences de ses fidèles. « Concernant l’imam Touré Aguibou, des propos appelant à la haine et à la discrimination tribale et religieuse ainsi qu’à la discrimination scolaire, ont été tenus de façon répétitive et abondamment diffusés. Lesdits propos, également xénophobes, contraires à la Loi parce que incitant à commettre des infractions, sont prévus et punis par les articles 169 et 200 du Code pénal, 3, 6, 8 et 10 de la Loi n°2015- 493 du 7 juillet 2013 portant répression du terrorisme. Les poursuites initiées devant le juge d’instruction ne le sont ni contre une communauté ni contre une religion, mais contre une personne ayant tenu des propos contraires à la Loi. Critiquer n’est pas une infraction. Tout le monde a le droit de critiquer et d’ailleurs tous les guides religieux ont la possibilité de faire des critiques. Ce que la loi réprouve, ce sont les critiques qui peuvent impacter négativement la cohésion sociale et c’est ce qui est reproché à l’imam. Il a appelé à ce que les musulmans n’aillent pas inscrire leurs enfants dans les écoles chrétiennes, il a également dit dans certaines vidéos, que si vous avez des enfants qui sont gendarmes, vous êtes loin du paradis, parce qu’aucun gendarme n’aura accès au Paradis. Il a également parlé en faisant la promotion du djihadisme. C’est ce que la loi de 2015 appelle l’apologie du terrorisme. Nous sommes dans un contexte sous-régional, régional et international empreint de nombreux actes de terrorisme, et cela a abouti à l’attentat terroriste de Grand Bassam, en 2013. Il faut éviter de tenir des propos allant contre la cohésion sociale. C’est pourquoi il est poursuivi pour des faits de discrimination, de xénophobie et d’apologie du terrorisme ».

Richard Adou Christophe, a affirmé que cette poursuite ne signifie pas la culpabilité de l’imam Touré. Selon lui, il appartiendra au juge d’instruction de décider de l’ouverture d’un procès : « Dire que des maisons ont été cassées, en quoi cela est-il une infraction ? Dire que des populations dorment au cimetière, encore que ce sont des mensonges, en quoi cela est-il une infraction ? On peut tout dire à condition que cela ne heurte pas la Loi. Ce qui constitue l’infraction, ce sont les propos haineux contre les religions, contre les populations et qui appellent au djibadisme. L’imam Touré a déjà fait l’objet d’une enquête préliminaire. Il est déjà passé devant le procureur de la République, et une information judiciaire a été ouverte. Le dossier se trouve actuellement entre les mains du juge d’instruction qui est en train d’approfondir les enquêtes de la police. Les faits tels que reprochés ont des peines allant de 5 à 10 années. Pour le moment, il est sous mandat de dépôt pour les besoins de l’instruction, et sa détention relève de la compétence du juge d’instruction. Si le juge d’instruction, à un moment ou à un autre, estime qu’il n’a plus besoin de le garder, il peut lui accorder une liberté provisoire (…) Celui qui détient les personnes, ce n’est pas le Président de la République. Dans un État comme le nôtre, il y’a trois pouvoirs : l’Exécutif qui gère le pays, le Législatif qui vote les Lois et le Judiciaire qui est chargé d’appliquer ces Lois. Si quelqu’un a donné un ultimatum de 15 jours au Président de la République, c’est cette personne qui ira, au-delà des 15 jours poser des questions au Président de la République. Sur le mandat de dépôt, il n’y a pas la signature du Président de la République ».

Olivier

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