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La fermeture du détroit d’Ormuz fait renchérir le prix du pétrole et perturbe surtout les engrais agricoles, dont dépend la production alimentaire mondiale. En Afrique, particulièrement au Sahel, la menace d’une crise alimentaire majeure devient palpable.
C’est l’une des conséquences quasiment invisibles de la crise du détroit d’Ormuz : l’approvisionnement en engrais agricoles. Certes, les débats publics se concentrent sur le pétrole car c’est environ un cinquième du commerce maritime mondial de l’or noir qui transite entre l’Iran et les Émirats arabes unis, mais les engrais constituent un enjeu de taille. Environ 20 à 30 % des exportations mondiales d’engrais maritimes transitent par ce détroit. Or, sans engrais, les rendements chutent brutalement, et la sécurité alimentaire s’effondre. De même 20 % du commerce mondial de gaz indispensable à la fabrication des engrais (le gaz représente souvent 60 à 80 % du coût de production des engrais azotés) emprunte ce corridor maritime. Selon les estimations des Nations unies, la hausse des prix des engrais (environ +15/20 % en moyenne) pourrait entraîner jusqu’à 14 millions de décès en Afrique dans les scénarios les plus sévères. Une projection qui illustre l’ampleur systémique du choc en cours. L’urée, engrais le plus utilisé pour les cultures de base comme le maïs, le blé ou le riz, a déjà vu son prix bondir d’environ 50 %. Derrière les cargaisons bloquées dans le détroit d’Ormuz, c’est toute la chaîne alimentaire mondiale qui vacille.
Effet combiné explosif
Le blocage ne relève pas seulement d’un problème d’acheminement : il restructure le commerce mondial des intrants agricoles. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, le trafic maritime dans le détroit est tombé de 129 navires par jour à seulement 4 en mars, soit une baisse de plus de 96 %. Dans ce contexte, les cargaisons d’engrais ont été les premières à être évincées, au profit des hydrocarbures plus rentables. Les conséquences sont particulièrement lourdes pour l’Afrique. Le continent importe en moyenne 19 % de ses engrais du Moyen-Orient. Certains pays sont encore plus exposés : le Soudan (54 %), la Tanzanie (31 %), la Somalie (30 %) ou encore le Kenya (26 %). Dans la zone sahélienne, cette dépendance intervient au pire moment du calendrier agricole, juste avant les semis de juin-juillet, même si le Mali, le Niger ou le Burkina Faso peuvent s’approvisionner dans les ports du Sénégal, de Côte d’Ivoire ou du Bénin ou du Togo. Cependant, aucun pays n’échappera pas à la flambée des prix. Le résultat est mécanique : moins d’engrais signifie moins de rendements. Selon la FAO, l’absence d’intrants azotés peut réduire les rendements céréaliers de plus de 40 %. Dans certaines projections régionales, les pertes pourraient atteindre 50 % lors de la prochaine campagne. Pour des pays déjà fragilisés par l’insécurité et les chocs climatiques, l’effet combiné est explosif. Le Programme alimentaire mondial estime que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë.
Le temps : un facteur décisif
Le mécanisme est doublement punitif : les agriculteurs font face à une hausse du coût des intrants, tandis que leurs revenus diminuent du fait de la baisse des volumes produits. Dans certaines zones rurales du Niger, du Burkina ou du Mali, le coût des engrais par rapport au prix du maïs a plus que doublé, rendant leur usage économiquement intenable. À cela s’ajoute une contrainte logistique majeure : les pays enclavés subissent la flambée des coûts du transport et du diesel, ce qui renchérit encore l’acheminement des denrées et des intrants. L’ensemble forme une spirale négative où production, accès et pouvoir d’achat se détériorent simultanément. Dans le Sahel, le temps devient un facteur décisif. Les délais d’acheminement des engrais – environ cinq à six semaines – signifient qu’au-delà de la mi-mai, la campagne agricole est déjà compromise pour 2026. Chaque semaine de blocage réduit les marges de manœuvre et augmente la probabilité de pertes irréversibles. Une chose est certaine, la crise d’Ormuz n’est pas un événement lointain. C’est un choc déjà en train de se transformer en pénurie. D’autant qu’il n’existe aucune réserve stratégique mondiale d’engrais, contrairement au pétrole.
Constantine





