{"id":10442,"date":"2018-11-05T07:48:49","date_gmt":"2018-11-05T06:48:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=10442"},"modified":"2018-11-05T07:48:49","modified_gmt":"2018-11-05T06:48:49","slug":"la-chronique-du-lundi-la-fabrique-de-la-ville-africaine-est-elle-en-mouvement-ou-a-larret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-chronique-du-lundi-la-fabrique-de-la-ville-africaine-est-elle-en-mouvement-ou-a-larret\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DU LUNDI : LA FABRIQUE DE LA VILLE AFRICAINE EST-ELLE EN MOUVEMENT OU \u00e0 L\u2019ARR\u00caT?"},"content":{"rendered":"<p>Ma Chronique du lundi 29 octobre, L\u2019Afrique au d\u00e9fi de l\u2019urbanisation, a suscit\u00e9 de nombreuses r\u00e9actions. <!--more-->Longtemps associ\u00e9e \u00e0 l\u2019image de la ruralit\u00e9 et du village, l\u2019Afrique, aujourd\u2019hui, est en train de devenir une ville. Certes, il a toujours exist\u00e9 une Afrique urbaine, mais, jusque dans les ann\u00e9es 1950, la population \u00e9tait, \u00e0 plus de 95%, enfouie dans la ruralit\u00e9. En 2050, pr\u00e8s de 65 % des Africains, soit 1,2 milliard de personnes, vivront en ville. Trois questions pos\u00e9es par nos lecteurs, en r\u00e9action \u00e0 ma Chronique du 29 octobre dernier, r\u00e9sument le d\u00e9bat qui doit s\u2019ouvrir sur la ville : 1) La r\u00e9flexion sur la ville africaine est-elle suffisante ? 2) La ville africaine n\u2019est-elle pas prise au pi\u00e8ge de la modernit\u00e9 3) Le discours marketing sur la \u00ab ville intelligente \u00bb n\u2019est-il pas un autre pi\u00e8ge?<\/p>\n<p>1) La r\u00e9flexion sur la ville<br \/>\nafricaine est-elle suffisante?<\/p>\n<p>La biblioth\u00e8que sur les villes africaines est abondante y compris sur la ville ancienne. Ces villes anciennes ont certes jou\u00e9 un r\u00f4le politique et \u00e9conomique important, mais elles sont peu nombreuses et peu peupl\u00e9es. La ville africaine va v\u00e9ritablement se d\u00e9velopper \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950-1960. L\u2019urbanisation r\u00e9cente, tr\u00e8s forte et tr\u00e8s rapide, se traduit par l\u2019apparition de villes interm\u00e9diaires, de vastes agglom\u00e9rations urbaines et de v\u00e9ritables m\u00e9tropoles comme le \u00ab Grand Abidjan \u00bb en C\u00f4te d\u2019Ivoire ou la R\u00e9gion M\u00e9tropolitaine de Nairobi. Les villes sont alors con\u00e7ues \u00e0 partir de l\u2019id\u00e9e de ville que se fait la modernit\u00e9. G\u00e9ographes, sociologues et urbanistes africains, pouvoirs publics en charge de la politique de la ville, \u00e9lus, tous ont parfaitement analys\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019urbanisation galopante, acceptant que ville se caract\u00e9rise par la concentration de la richesse et du pouvoir, mais oubliant les hi\u00e9rarchies urbaines encore tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es, le chaos urbain et ses dysfonctionnements, qui se traduisent, pour la majorit\u00e9 de ses habitants, par de fortes in\u00e9galit\u00e9s d&#8217;acc\u00e8s aux ressources urbaines.<br \/>\nPour les \u00e9lites, la ville africaine doit faire son entr\u00e9e dans le syst\u00e8me mondialis\u00e9 concurrentiel, qu\u2019il soit politique, \u00e9conomique, social ou culturel, dont elle est devenue l\u2019un acteur majeur. L\u2019injonction qui lui ait faite est de r\u00e9pondre aux standards mondialis\u00e9s de la modernit\u00e9 avec, en particulier, une valorisation patrimoniale qui ouvre l\u2019espace urbain aux investisseurs priv\u00e9s, ce qui entra\u00eene une aggravation des fractures urbaines. Les processus d\u2019urbanisation sont donc parfaitement connus. En revanche, ce qui est moins connu, car souvent masqu\u00e9 par le pouvoir, les autorit\u00e9s locales, les bailleurs de fonds et les investisseurs, c\u2019est la tension qui existe entre la ville projet\u00e9e et la ville r\u00e9elle, cette derni\u00e8re \u00e9tant largement domin\u00e9e par la pauvret\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s. En Afrique, plus de 60% de la population urbaine vit dans un habitat pr\u00e9caire, taudis ou bidonvilles, loin de l\u2019id\u00e9ologie d\u2019une modernit\u00e9 urbaine que d\u00e9fendent les autorit\u00e9s urbaines, les acteurs priv\u00e9s engag\u00e9s dans les partenariats public-priv\u00e9, les investisseurs du secteur de la construction, etc. Sans prendre l\u2019exemple des m\u00e9galopoles, une ville moyenne comme Bingerville, en C\u00f4te d\u2019Ivoire, montre qu\u2019il existe une fracture entre des quartiers qui coexistent : les quartiers int\u00e9gr\u00e9s aux flux \u00e9conomiques et financiers du district d\u2019Abidjan et, coll\u00e9s \u00e0 eux, des quartiers o\u00f9 s\u2019entassent des populations de plus en plus marginalis\u00e9es, victimes d\u2019un creusement des in\u00e9galit\u00e9s socio-spatiales et soumis \u00e0 une violence urbaine (pauvret\u00e9, ins\u00e9curit\u00e9, etc.). La ville africaine est ainsi ni\u00e9e dans sa r\u00e9alit\u00e9 prot\u00e9iforme. Elle se construit sur un mod\u00e8le qui est celui de l\u2019offre (logement, services) destin\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite et non pas sur les besoins r\u00e9els d\u2019une population urbaine qui reste en majorit\u00e9 tr\u00e8s pauvre.<\/p>\n<p>2) La ville africaine n\u2019est-elle pas prise au pi\u00e8ge de<br \/>\nla modernit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Les colloques sur le futur des villes africaines organis\u00e9es partout dans le monde ont vocation \u00e0 enfermer la fabrique de la ville dans un mod\u00e8le id\u00e9al qui se situe loin des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes et qui d\u00e9finit la ville comme un espace de modernit\u00e9 ancr\u00e9 dans la mondialisation. Les politiques de la ville se r\u00e9duisent alors \u00e0 l\u2019importation de standards urbains mondialis\u00e9s, qui accentuent souvent plus qu&#8217;ils ne les r\u00e9solvent le chaos urbain et ses dysfonctionnements. Elles ne permettent pas l\u2019\u00e9radication d\u2019un habitat pr\u00e9caire, fait de taudis et de bidonvilles. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, \u00e0 Songon-Abidjan, le gouvernement avait promis 60.000 logements sociaux sur un site de 400 hectares pour la p\u00e9riode 2012-2016 et plac\u00e9 la barre \u00e0 150.000 maisons \u00e0 la fin de 2020. Le ministre de la Construction, du Logement et de l\u2019Urbanisme (MCLU), Bruno Kon\u00e9, qui s\u2019est rendu \u00e0 Songon, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Nous sommes tr\u00e8s loin de ce compte \u00e0 ce jour (\u2026) et nous nous rendons compte que nous sommes relativement loin des promesses qui ont \u00e9t\u00e9 faites \u00bb. Cet \u00e9chec vient s\u2019ajouter \u00e0 une somme de difficult\u00e9s devenues insolubles : indiscipline, embouteillages, pollution, transports collectifs, occupation de l\u2019espace public, etc. Ces difficult\u00e9s se sont accrues, car l\u2019urbanisation est, depuis vingt ans, le processus majeur de d\u00e9veloppement en Afrique.<br \/>\nLa ville africaine a d\u2019abord besoin de r\u00e9ponses simples : plan de circulation, respect du code de la route, trottoirs, chauss\u00e9es praticables, panneaux de signalisation, feux de circulation, d\u00e9guerpissement de ce qui encombre les rues, salubrit\u00e9, am\u00e9nagements physiques, adduction d\u2019eau, acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, ramassage des d\u00e9chets, etc. Tout ce qui constitue la ville \u00ab ordinaire \u00bb et qui n\u2019int\u00e9resse pas les pouvoirs publics et les grandes entreprises de construction. Or, le pi\u00e8ge de la modernit\u00e9 fait oublier la ville \u00ab ordinaire \u00bb o\u00f9 vit la majorit\u00e9 des citadins. Cette ville \u00ab ordinaire \u00bb des quartiers populaires, des taudis, des bidonvilles, les autorit\u00e9s publiques veulent, le plus souvent, la cacher, contrairement \u00e0 la route de l\u2019a\u00e9roport, sorte de vitrine du pays qui b\u00e9n\u00e9ficie des meilleurs am\u00e9nagements.<br \/>\nLes villes africaines sont prises aujourd\u2019hui entre les injonctions d\u2019une modernit\u00e9 ; qui demandent des transformations radicales copi\u00e9es sur les standards urbains mondialis\u00e9s, mais aussi la valorisation patrimoniale per\u00e7ue comme un vecteur de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, et le poids de certains quartiers populaires o\u00f9 s\u2019entassent les populations pauvres qui ne peuvent avoir acc\u00e8s ni \u00e0 un logement d\u00e9cent, ni aux infrastructures de base, ni \u00e0 un cadre de vie qui prendrait la forme d\u2019une \u00ab ville verte \u00bb. On constate m\u00eame que les dynamiques politiques, \u00e9conomiques, sociales et culturelles, qui alimentent la fabrication des villes africaines aujourd\u2019hui, g\u00e9n\u00e8rent des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d\u2019exclusion plus grands pour la majorit\u00e9 de leurs habitants.<\/p>\n<p>3) Le discours marketing<br \/>\nsur la \u00ab ville intelligente \u00bb n\u2019est-il pas un autre pi\u00e8ge ?<\/p>\n<p>La \u00ab Ville intelligente \u00bb, ou \u00ab Smart City \u00bb, dont le mod\u00e8le absolu est Duba\u00ef, fascine les gouvernements africains et les acteurs de la politique de la ville qui se projettent dans une modernit\u00e9 trompeuse. Le concept de d\u00e9veloppement urbain durable, destin\u00e9 \u00e0 lutter contre le d\u00e9r\u00e8glement climatique, la pollution et le chaos urbain, est ainsi associ\u00e9 au concept de \u00ab ville intelligente \u00bb ou \u00ab smart city \u00bb. Un think tank fran\u00e7ais, de r\u00e9putation internationale, vient de lancer un projet \u00ab Ville de demain \u00bb qui met en r\u00e9seau la jeune g\u00e9n\u00e9ration qui fait la \u00ab smart city \u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise. Ce mod\u00e8le est-il exportable en Afrique ? D\u00e9j\u00e0, 15 pays africains sont en train de b\u00e2tir leur \u00ab ville intelligente \u00bb, leur \u00ab smart city \u00bb, avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il suffit de construire de beaux immeubles de bureau et des logements connect\u00e9s pour favoriser le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Or, la \u00ab ville intelligente \u00bb, ultra connect\u00e9e, est d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s sociales de la ville \u00ab v\u00e9cue \u00bb. Elle constitue un refuge pour une \u00e9lite dont les membres ont choisi de vivre entre eux. Il faut donc trouver cet \u00e9quilibre entre une ville fantasm\u00e9e qui se projette dans la modernit\u00e9 et une ville r\u00e9ellement v\u00e9cue capable de r\u00e9pondre aux besoins de tous ses habitants.<\/p>\n<p><em>Christian Gambotti<\/em><br \/>\n<em>Pr\u00e9sident du think tank <\/em><br \/>\n<em>Afrique &amp; Partage<\/em><br \/>\n<em>Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 ECFY<\/em><br \/>\n<em>Directeur de la Collection <\/em><br \/>\n<em>L\u2019Afrique en Marche<\/em><br \/>\n<em>Pour r\u00e9agir : infosintelligent@yahoo.fr<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma Chronique du lundi 29 octobre, L\u2019Afrique au d\u00e9fi de l\u2019urbanisation, a suscit\u00e9 de nombreuses r\u00e9actions.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3957,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-10442","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-economie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10442","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10442"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10442\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10443,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10442\/revisions\/10443"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10442"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10442"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10442"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}