{"id":10681,"date":"2018-11-26T09:01:03","date_gmt":"2018-11-26T08:01:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=10681"},"modified":"2018-11-26T09:01:03","modified_gmt":"2018-11-26T08:01:03","slug":"la-chronique-du-lundi-restitution-des-oeuvres-dart-a-lafrique-le-rapport-savoy-sarr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-chronique-du-lundi-restitution-des-oeuvres-dart-a-lafrique-le-rapport-savoy-sarr\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DU LUNDI RESTITUTION DES \u0152UVRES D\u2019ART A L\u2019AFRIQUE : LE RAPPORT SAVOY-SARR"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019identit\u00e9 de l\u2019Afrique doit s\u2019affirmer aussi \u00e0 travers l\u2019\u00e9mergence d\u2019une diplomatie culturelle<br \/>\nD\u00e9sireux de tracer le nouveau p\u00e9rim\u00e8tre des relations entre la France et l\u2019Afrique, Emmanuel Macron, le 28 novembre 2017, au Burkina Faso, \u00e0 Ouagadougou, a annonc\u00e9 la mise en \u0153uvre, dans un d\u00e9lai de cinq ans, d\u2019un processus de restitution du patrimoine africain aux Etats de l\u2019Afrique subsaharienne.<!--more--> Selon les experts, 85 \u00e0 90 % du patrimoine africain se trouve hors du continent. L\u2019absence quasi-totale de ce patrimoine prive l\u2019Afrique subsaharienne d\u2019une part importante de son identit\u00e9. Deux universitaires fran\u00e7ais et s\u00e9n\u00e9galais, B\u00e9n\u00e9dicte Savoy et Felwine Sarr, se sont vu confier la r\u00e9daction d\u2019un Rapport, dont l\u2019un des objectifs a \u00e9t\u00e9 de dresser un inventaire pr\u00e9cis des dizaines de milliers d&#8217;objets ramen\u00e9s d&#8217;Afrique entre 1885 et 1960. Selon un article publi\u00e9 sur le site du Point, le 23 novembre 2018, \u00ab le p\u00e9rim\u00e8tre de la spoliation engloberait les biens pill\u00e9s, vol\u00e9s, butins de guerre, mais aussi ceux, tr\u00e8s nombreux, acquis \u00e0 des prix d\u00e9risoires, sans commune mesure avec le march\u00e9 de l&#8217;\u00e9poque, par les marchands, militaires, missionnaires, voyageurs&#8230; \u00bb. La spoliation est \u00e9vidente. La politique africaine de la France telle que la con\u00e7oit Macron englobe d\u00e9sormais ce processus de restitution dans le cadre \u00ab d&#8217;accords de coop\u00e9ration culturelle \u00bb entre \u00ab l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais et un \u00c9tat africain \u00bb. Le Rapport Savoy-Sarr pr\u00e9cise qu\u2019il faudrait qu\u2019 \u00ab une demande \u00e9mane des pays africains concern\u00e9s, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;inventaire que nous leur aurons envoy\u00e9 \u00bb. Le B\u00e9nin est le premier pays \u00e0 avoir fait une telle demande en r\u00e9clamant la restitution des statues royales d&#8217;Abomey.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019Afrique, un continent priv\u00e9 d\u2019identit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>Dans l\u2019imaginaire occidentale, l\u2019Afrique a longtemps \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un continent qui n\u2019a ni Histoire, ni identit\u00e9. Des esprits progressistes comme Victor Hugo ou Hegel, persuad\u00e9s que l\u2019Europe est investie d\u2019une mission civilisatrice, vont nier \u00e0 l\u2019Afrique toute identit\u00e9. Victor Hugo \u00e9crira : \u00ab Quelle terre que cette Afrique! L\u2019Asie a son histoire, l\u2019Am\u00e9rique a son histoire, l\u2019Australie elle-m\u00eame a son histoire; l\u2019Afrique n\u2019a pas d\u2019histoire. \u00bb Il ajoute : \u00ab Cette Afrique farouche n\u2019a que deux aspects: peupl\u00e9e, c\u2019est la barbarie; d\u00e9serte, c\u2019est la sauvagerie. \u00bb Il invite alors l\u2019Europe \u00e0 coloniser l\u2019Afrique : \u00ab Allez, Peuples! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. \u00c0 qui? A personne. Prenez cette terre \u00e0 Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Europe. \u00bb Hegel, dans ses \u00ab Le\u00e7ons sur la philosophie de l\u2019Histoire \u00bb, consacre de nombreuses pages \u00e0 l\u2019Afrique. Imbib\u00e9 des pr\u00e9jug\u00e9s de son \u00e9poque, il consid\u00e8re lui aussi que l\u2019Afrique n\u2019a pas \u00e0 proprement parler d\u2019Histoire et que les Africains en sont rest\u00e9s au stade de l\u2019innocence. Pour Hugo et Hegel, l\u2019Afrique n\u2019est pas encore entr\u00e9e dans la grande marche de l\u2019Histoire universelle et du progr\u00e8s. On retrouvera, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan du Discours de Dakar prononc\u00e9 par Sarkozy le 26 juillet 2007, les th\u00e8ses hugolienne et h\u00e9g\u00e9lienne : \u00ab Le drame de l&#8217;Afrique, c&#8217;est que l&#8217;homme africain n&#8217;est pas assez entr\u00e9 dans l&#8217;histoire. (\u2026) Dans cet imaginaire o\u00f9 tout recommence toujours, il n&#8217;y a de place ni pour l&#8217;aventure humaine, ni pour l&#8217;id\u00e9e de progr\u00e8s. \u00bb Ces phrases suffiront pour condamner la maladresse condescendante d\u2019un Discours qui contient cet \u00e9loge de l\u2019art africain : \u00ab Je veux vous dire, jeunes d&#8217;Afrique, que le drame de l&#8217;Afrique n&#8217;est pas dans une pr\u00e9tendue inf\u00e9riorit\u00e9 de son art, sa pens\u00e9e, de sa culture. Car, pour ce qui est de l&#8217;art, de la pens\u00e9e et de la culture, c&#8217;est l&#8217;Occident qui s&#8217;est mis \u00e0 l&#8217;\u00e9cole de l&#8217;Afrique. L&#8217;art moderne doit presque tout \u00e0 l&#8217;Afrique. L&#8217;influence de l&#8217;Afrique a contribu\u00e9 \u00e0 changer non seulement l&#8217;id\u00e9e de la beaut\u00e9, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais m\u00eame, dit Senghor, la mani\u00e8re de marcher ou de rire du monde du XX\u00e8me si\u00e8cle. \u00bb Ni Hugo, ni Hegel, ni Sarkozy ne sont racistes. Mais, Hugo et Hegel rendent l\u00e9gitime, par leurs \u00e9crits, l\u2019instauration d\u2019un processus de domination qui sera celui de la colonisation au nom d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 suppos\u00e9e de la civilisation occidentale. Ce processus de\u00a0 domination s\u2019accompagne d\u2019un processus de spoliation des \u0153uvres d\u2019art dans toute l\u2019Afrique subsaharienne.<\/p>\n<h3><strong>La diplomatie culturelle, un vecteur du rayonnement de l\u2019Afrique<\/strong><\/h3>\n<p>En 2015, du 14 Avril au 26 Juillet 2015 s\u2019est tenue au mus\u00e9e du Quai Branly, \u00e0 Paris, une remarquable exposition : \u00ab Les Ma\u00eetres de la sculpture de\u00a0 C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00bb. Cette exposition, au travers de 200 \u0153uvres historiques et contemporaines, a permis de faire conna\u00eetre de grands sculpteurs africains et les \u00e9coles de sculpture. Elle a permis aussi de dire que les \u0153uvres sont des cr\u00e9ations de v\u00e9ritables artistes, capables d\u2019abstraction\u00a0 et de conceptualisation, et non pas la simple fabrication d\u2019objets utilitaires ou rituels par des artisans. Le sculpteur africain est, comme l\u2019arch\u00e9type du sculpteur occidental, Rodin, en v\u00e9ritable cr\u00e9ateur. L\u2019ancrage religieux et stylistique des Ateliers du 19e et d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, notamment chez les S\u00e9noufo, les Lobi, les Dan ou encore les Baoul\u00e9, n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 leur force esth\u00e9tique et \u00e0 leur singularit\u00e9. La Premi\u00e8re Dame de C\u00f4te d\u2019Ivoire, Madame Ouattara, dans le discours qu\u2019elle a prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition \u00ab Les ma\u00eetres de la Sculpture de C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00bb, a exprim\u00e9 sa \u00ab\u00a0 fiert\u00e9 et [sa\u00ad] joie de voir [son] pays c\u00e9l\u00e9br\u00e9 et admir\u00e9 pour son Art et sa Culture. \u00bb Elle a insist\u00e9 sur le r\u00f4le de la diplomatie culturelle qui permet \u00e0 l\u2019Afrique d\u2019exprimer une identit\u00e9 fond\u00e9e sur la diversit\u00e9 et la richesse de sa culture, loin de l\u2019exotisme d\u2019un folklore convenu pour touristes. La restitution des \u0153uvres d\u2019art doit s\u2019inscrire, pour l\u2019Afrique, dans un processus de construction d\u2019une diplomatie culturelle, tout aussi importante que la diplomatie \u00e9conomique ou la diplomatie traditionnelle.<\/p>\n<h3><strong>La restitution des \u0153uvres et les questions qui surgissent<\/strong><\/h3>\n<p>Au lendemain des ind\u00e9pendances, les soubresauts de l\u2019Afrique per\u00e7ue comme un immense chaos ont emp\u00each\u00e9 de poser la question de la restitution des \u0153uvres d\u2019art aux pays africains. Le moment est venu de poser la question de la restitution et d\u2019y r\u00e9pondre. C\u2019est ce que fait le Rapport Savoy-Sarr, un rapport suffisamment complet et pr\u00e9cis. L\u2019inventaire des biens spoli\u00e9s existe d\u00e9sormais. Il est envoy\u00e9 \u00e0 chaque pays pour les \u0153uvres qui le concerne. Il appartient \u00e0 chaque Etat africain de faire une demande de restitution, comme a pu le faire le B\u00e9nin en r\u00e9clamant la restitution des statues royales d&#8217;Abomey. Premi\u00e8re question qui surgit : est-ce qu\u2019il existe une volont\u00e9 chez les dirigeants africains de de demander cette restitution ? Deuxi\u00e8me question : est-ce qu\u2019il existe les structures, comme les mus\u00e9es, d\u2019un bon niveau pour accueillir les \u0153uvres ? On sait qu\u2019un tel mus\u00e9e existe au Mali. Troisi\u00e8me question : le budget des minist\u00e8res de la culture africains permet-il la conservation et la protection de ce patrimoine, mais aussi la sensibilisation \u00e0 sa valeur ? Quatri\u00e8me question : les dirigeants comprennent-ils que ces objets doivent retourner en Afrique, afin de perp\u00e9tuer des identit\u00e9s culturelles et historiques ? Cinqui\u00e8me question : ces m\u00eames dirigeants comprennent-ils qu\u2019ils ont la charge de transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations futures ce patrimoine ? Sixi\u00e8me question : parmi les priorit\u00e9s que sont l\u2019\u00e9conomie et le social, la culture peut-elle \u00eatre une priorit\u00e9 absolue ? Ces questions servent d\u2019alibi \u00e0 ceux qui pensent que l\u2019Afrique est incapable de conserver et valoriser son patrimoine culturel.<br \/>\nLa question de la restitution se pose d\u00e9sormais et le processus de restitution doit \u00eatre enclench\u00e9, car ces \u0153uvres vol\u00e9es sont indispensables \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019Afrique. Elles doivent donc \u00eatre restitu\u00e9es.<\/p>\n<p><strong><em>Christian Gambotti<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Pr\u00e9sident du think tank <\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Afrique &amp; Partage<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 ECFY<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Directeur de la Collection <\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>L\u2019Afrique en Marche<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019identit\u00e9 de l\u2019Afrique doit s\u2019affirmer aussi \u00e0 travers l\u2019\u00e9mergence d\u2019une diplomatie culturelle D\u00e9sireux de tracer le nouveau p\u00e9rim\u00e8tre des relations entre la France et l\u2019Afrique, Emmanuel Macron, le 28 novembre 2017, au Burkina Faso, \u00e0 Ouagadougou, a annonc\u00e9 la mise en \u0153uvre, dans un d\u00e9lai de cinq ans, d\u2019un processus de restitution du patrimoine africain [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3957,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[],"class_list":["post-10681","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-art-et-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10681"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10681\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10682,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10681\/revisions\/10682"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}