{"id":17395,"date":"2019-11-10T23:33:30","date_gmt":"2019-11-10T22:33:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=17395"},"modified":"2019-11-10T23:34:20","modified_gmt":"2019-11-10T22:34:20","slug":"la-contribution-musique-faut-il-inscrire-la-rumba-congolaise-au-patrimoine-mondial-de-lunesco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-contribution-musique-faut-il-inscrire-la-rumba-congolaise-au-patrimoine-mondial-de-lunesco\/","title":{"rendered":"La contribution ,musique : faut-il inscrire la Rumba congolaise au patrimoine mondial de l\u2019Unesco?"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Lorsque nous avons f\u00eat\u00e9 les 15 ans du journal l\u2019Intelligent d\u2019Abidjan, en septembre 2018, j\u2019ai invit\u00e9 , pour un  concert g\u00e9ant,  l\u2019artiste congolais H\u00e9ritier Watanabe,  qui d\u00e9fend et pr\u00e9serve la vraie \u00ab Rumba congolaise \u00bb. Comme coordinateur des points focaux de la JMCA \u2013 Journ\u00e9e Mondiale de la Culture Africaine et Afro-descendante -, je rends aujourd\u2019hui hommage \u00e0 cette musique ( avec un clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019a\u00een\u00e9 Emmanuel N\u2019goran Yao, un ivoirien amoureux de cette musique et auteur de publication \u00e0 ce sujet ) , dont l\u2019origine est l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat entre historiens de la culture.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Tout le monde croit savoir que cette musique vient de Cuba. Certes, la \u00ab rumba \u00bb s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e au XIX\u1d49 si\u00e8cle, dans les milieux afro-cubains de La Havane. Pourtant l\u2019origine de la rumba remonte \u00e0 cinq si\u00e8cles,  lorsque les esclaves noirs africains d\u00e9barquaient \u00e0 Cuba ; amenant  avec eux la danse \u00ab Nkoumba \u00bb, une danse appel\u00e9e \u00ab danse du nombril \u00bb et qui deviendra, plus tard, la \u00ab Cuba rumba \u00bb. La \u00ab Nkoumba \u00bb est issue de la culture d\u2019Afrique centrale. On la retrouve dans le Royaume Kongo et en R\u00e9publique centrafricaine,  chez  les \u00ab Bakongo \u00bb, groupe ethnique situ\u00e9 au sud du Congo Kinshasa, du Congo Brazzaville, de l\u2019Angola mais aussi chez les \u201dMbati \u201d de Centrafrique.<br \/>\nLa symbolique de la \u00ab Nkoumba \u00bb en fait une repr\u00e9sentation des travaux agraires et de la sexualit\u00e9 virile. Les esclaves noirs de La Havane en feront aussi une repr\u00e9sentation de l\u2019individu qui se lib\u00e8re de ses cha\u00eenes de ses entraves, ce qui explique son rythme rapide, la virtuosit\u00e9 des danseurs, qui semblent s\u2019affronter dans une joute, et l\u2019habilit\u00e9 du corps qu\u2019elle demande. Pour de nombreux historiens, la \u00ab rumba cubaine \u00bb semble issue de cette \u00ab danse du nombril \u00bb venue d&#8217;Afrique centrale.<\/p>\n<p><strong>Le retour \u00e0 l\u2019identit\u00e9 africaine<\/strong><\/p>\n<p>La musique n\u2019est jamais un simple divertissement coup\u00e9 du r\u00e9el et des r\u00e9alit\u00e9s historiques. Elle transmet deux choses intimement li\u00e9es : une r\u00e9alit\u00e9 historique et une \u00e9motion. Dans le cas du blues et de la \u00ab Nkoumba \u00bb, il s\u2019agit d\u2019exprimer, \u00e0 l\u2019origine, la souffrance que provoque l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019Afrique va se r\u00e9approprier la \u00ab rumba \u00bb entre les ann\u00e9es 1940 et 1950, le lien avec les r\u00e9alit\u00e9s historiques est \u00e9vident. En 1960, lorsque le Congo belge devient le Za\u00efre, la musique va c\u00e9l\u00e9brer les ind\u00e9pendances. A Bruxelles, un groupe de rumba, African Jazz, compose \u00ab Independance Cha Cha \u00bb, un air dont le titre symbolise le lien qui existe entre l\u2019Histoire et la musique, puisqu\u2019il associe l\u2019id\u00e9e d\u2019ind\u00e9pendance et une danse, le cha cha cha. Devenu mythique, le morceau, qui appara\u00eet comme l\u2019hymne de l\u2019ind\u00e9pendance, va se r\u00e9pandre dans de nombreux pays africains.<br \/>\nLa \u00ab rumba congolaise \u00bb, comme le \u00ab coup\u00e9-d\u00e9cal\u00e9 \u00bb ivoirien, va alors incarner une identit\u00e9 culturelle qui est celle des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations africaines. En v\u00e9hiculant un autre sens, des danses traditionnelles deviennent des danses populaires et modernes, mais elles restent inscrites dans le patrimoine national, car la musique et la danse maintiennent ce lien qui unit l\u2019Afrique ancienne et l\u2019Afrique contemporaine.<\/p>\n<p>Des danses traditionnelles qui exprimaient les activit\u00e9s quotidiennes et les croyances se r\u00e9inventent \u00e0 travers des chor\u00e9graphies qui en font aujourd\u2019hui des danses de r\u00e9jouissance. Le ph\u00e9nom\u00e8ne des danses africaines qui se r\u00e9pand dans les villes du monde contribue \u00e0 redonner sa force \u00e0 une identit\u00e9 culturelle ni\u00e9e par l\u2019esclavage et la colonisation. J\u2019y vois aussi l\u2019affirmation d\u2019une identit\u00e9 panafricaine : le \u00ab soukouss \u00bb ivoirien est le prolongement de la \u00ab rumba congolaise \u00bb.<br \/>\nDes danses patrimoniales, venues du pass\u00e9 et de la civilisation des villages, se r\u00e9inventent dans la ville moderne. Mais, dans la modernit\u00e9 comme dans le pass\u00e9, la danse est une affirmation de l\u2019esprit de r\u00e9sistance, que ce soit contre des forces obscures, les trag\u00e9dies de l\u2019Histoire ou les \u00ab gal\u00e8res \u00bb du quotidien, comme j\u2019ai voulu le montrer dans mon roman \u00abChampionne, l\u2019enjailleuse\u00bb.<\/p>\n<p>La musique et la danse ne sont pas en Afrique de simples divertissements. Si l\u2019Unesco a d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la \u00ab rumba congolaise \u00bb, Brazzaville et Kinshasa au rang de villes cr\u00e9atives de musique, paradoxalement, ce statut de \u00ab villes cr\u00e9atrices \u00bb contribue \u00e0 nier les sp\u00e9cificit\u00e9s de la culture africaine dont les danses deviennent un pan d\u2019une culture-monde d\u00e9sincarn\u00e9e, tourn\u00e9e vers le divertissement et dont la seule valeur est marchande.<br \/>\nLe d\u00e9bat est complexe, les proc\u00e9dures sont longues, mais il me semble que la \u00ab rumba congolaise \u00bb m\u00e9rite d\u2019\u00eatre inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9. L\u2019Afrique porterait ainsi un regard nouveau sur ce qui est \u00ab sa \u00bb culture, \u00e0 la fois \u00ab enracin\u00e9e \u00bb dans la tradition et sans cesse r\u00e9invent\u00e9e..<\/p>\n<p>Par <strong>WAKILI ALAF\u00c9<\/strong><br \/>\nCoordinateur des points<br \/>\nfocaux de la JMCA (Journ\u00e9e Mondiale de la Culture Africaine et Afro descendante)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque nous avons f\u00eat\u00e9 les 15 ans du journal l\u2019Intelligent d\u2019Abidjan, en septembre 2018, j\u2019ai invit\u00e9 , pour un concert g\u00e9ant, l\u2019artiste congolais H\u00e9ritier Watanabe, qui d\u00e9fend et pr\u00e9serve la vraie \u00ab Rumba congolaise \u00bb. 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