{"id":18575,"date":"2020-01-07T23:40:08","date_gmt":"2020-01-07T22:40:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=18575"},"modified":"2020-01-07T23:46:12","modified_gmt":"2020-01-07T22:46:12","slug":"chronique-retour-aux-brazzavilles-noires-hommage-a-georges-balandier-sous-la-direction-de-henri-ossebi-regine-tchicaya-oboa-raoul-goyendzi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/chronique-retour-aux-brazzavilles-noires-hommage-a-georges-balandier-sous-la-direction-de-henri-ossebi-regine-tchicaya-oboa-raoul-goyendzi\/","title":{"rendered":"Chronique :\u00abRetour aux Brazzavilles Noires-Hommage \u00e0 GEORGES BALANDIER \u00bbSous la direction de Henri O ssebi, R\u00e9gine Tchicaya-Oboa, Raoul Goyendzi"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Georges Balandier, auteur notamment de \u00ab Sociologie des Brazzavilles noires \u00bb (1955), est l&#8217;un des anthropologues et sociologues africanistes de langue fran\u00e7aise les plus connus aujourd&#8217;hui. Trois ans apr\u00e8s sa disparition, ce \u00ab retour \u00bb aux sources congolaises de ses travaux rassemble ici les contributions pr\u00e9sent\u00e9es lors du colloque qui lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Brazzaville en 2018, par des universitaires locaux et par leurs coll\u00e8gues venus d&#8217;ailleurs. Une mani\u00e8re d&#8217;appropriation individuelle et collective de l&#8217;empreinte intellectuelle, toujours pr\u00e9sente, de cet inoubliable &#8220;\u00e9l\u00e8ve de l&#8217;Afrique&#8221;, comme il aimait le dire.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>On ne remerciera jamais assez le comit\u00e9 d\u2019organisation de ce colloque qui s\u2019est tenu \u00e0 Brazzaville, en 2018, en hommage \u00e0 Georges Balandier. Henri Ossebi, R\u00e9gine Tchicaya-Oboa et Raoul Goyendzi ont su r\u00e9unir les meilleurs sp\u00e9cialistes de celui qui a toujours affirm\u00e9 que \u00ab l\u2019Afrique avait \u00e9t\u00e9 sa seconde Sorbonne et qu\u2019elle lui avait tout appris \u00bb, comme nous le rappelle le sociologue Moustapha Tamba, professeur titulaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Cheik Anta Diop de Dakar.<br \/>\nApprendre de l\u2019Afrique ? Faire de l\u2019Afrique \u00ab sa seconde Sorbonne \u00bb ? Faut-il mettre en parall\u00e8le le livre d\u2019Henri Michaux, \u00ab Un Barbare en Asie \u00bb, paru en 1933, et la th\u00e8se compl\u00e9mentaire de doctorat de Georges Balandier,  \u00ab Sociologie des Brazzavilles noires \u00bb, qui sera publi\u00e9e en 1955 ? Une phrase d\u2019Henri Michaux permet ce rapprochement : \u00ab Jusque-l\u00e0, les peuples pas plus que les gens ne m\u2019avaient paru tr\u00e8s r\u00e9els ni tr\u00e8s int\u00e9ressants. Quand je vis l\u2019Inde et quand je vis la Chine, pour la premi\u00e8re fois, des peuples, sur cette terre, me parurent m\u00e9riter d\u2019\u00eatre r\u00e9els. \u00bb<br \/>\nLe po\u00e8te Henri Michaux, qui n\u2019est ni anthropologue, ni sociologue, a s\u00fbrement id\u00e9alis\u00e9 ces peuples \u00ab r\u00e9els \u00bb qu\u2019il d\u00e9couvre en Asie. Il aura le m\u00e9rite de se d\u00e9finir, lui, l\u2019Occidental, comme le \u00ab barbare \u00bb, alors que l\u2019Occident reste persuad\u00e9, dans le droit fil d\u2019une th\u00e8se imput\u00e9e \u00e0 Victor Hugo ou \u00e0 Hegel, que s\u2019accomplit, \u00e0 travers la colonisation, une \u00ab mission civilisatrice \u00bb. A propos de l\u2019Afrique, un grand humaniste comme Hugo dira : \u00ab l\u2019Afrique n\u2019a pas d\u2019histoire. (\u2026) peupl\u00e9e, c\u2019est la barbarie ; d\u00e9serte, c\u2019est la sauvagerie \u00bb. Pour Hegel, \u00ab les plus anciens renseignements que nous ayons sur cette partie du monde disent la m\u00eame chose. Elle n&#8217;a donc pas, \u00e0 proprement parler, une histoire. \u00bb<br \/>\nGeorges Balandier consid\u00e8re, au contraire, que l\u2019Afrique a une histoire, bien entendu l\u2019histoire des Royaumes africains, et non pas l\u2019histoire fantasm\u00e9e d\u2019une absence d\u2019Histoire selon l\u2019hypoth\u00e8se hugolienne, mais aussi l\u2019histoire des peuples r\u00e9els, l\u2019histoire de la vie quotidienne des Africains. Lorsqu\u2019il parcourt Brazzaville, en 1948, il \u00ab oublie \u00bb, volontairement, la ville blanche, la ville coloniale, pour se consacrer aux deux villes \u00ab noires \u00bb situ\u00e9es \u00e0 chacune des extr\u00e9mit\u00e9s de cette ville blanche, Poto Poto et Bacongo. De ces deux \u00ab Brazzavilles noires \u00bb, Georges Balandier dira : \u00ab J\u2019eus tr\u00e8s t\u00f4t la certitude que les villes noires n\u2019\u00e9taient pas des p\u00e9riph\u00e9ries \u00e0 tenir en oubli (\u2026). J\u2019y voyais au contraire un nouveau monde social en devenir, un milieu cr\u00e9atif o\u00f9 s\u2019exp\u00e9rimentaient des relations in\u00e9dites, o\u00f9 se manifestait la confrontation conflictuelle du traditionnel et du moderne. \u00bb<br \/>\nLa th\u00e9matique du retour que v\u00e9hicule le titre de ce livre-hommage d\u00e9signe aussi la th\u00e9matique d\u2019une relecture n\u00e9cessaire de l\u2019\u0153uvre de Georges Balandier au moment o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s africaines subissent, plus que jamais, cette \u00ab confrontation conflictuelle du traditionnel et du moderne \u00bb.La d\u00e9marche de Balandier consiste \u00e0 \u00e9tudier l\u2019Afrique \u00ab par le bas \u00bb et non \u00ab par le haut \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire depuis une histoire \u00e9crite par l\u2019Occident qui \u00ab installe la sup\u00e9riorit\u00e9 imposant \u00e0 l\u2019autre une inf\u00e9riorit\u00e9 de nature et donc sans recours. \u00bb. Les deux \u00ab Brazzavilles noires \u00bb ne sont pas d\u2019une nature inf\u00e9rieure \u00e0 la \u00ab Brazzaville blanche \u00bb, comme elles ne sont pas des villes dont l\u2019exotisme conduirait \u00e0 en faire un mus\u00e9e des traditions. Balandier n\u2019est pas simplement un ethnologue, il est aussi un sociologue \u00ab attach\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension du r\u00e9el dans toute sa complexit\u00e9 \u00bb, comme le dit tr\u00e8s justement, dans la contribution qui ouvre la premi\u00e8re partie de cet ouvrage, le sociologue Moustapha Tamba.<br \/>\nDans son Allocution de conclusion, Henri Ossebi, Pr\u00e9sident du Comit\u00e9 d\u2019organisation de ce Colloque consacr\u00e9 \u00e0 Georges Balandier, a tenu \u00e0 rappeler que l\u2019on doit \u00e0 ce dernier un discours anthropologique, ethnologique et sociologique novateur sur l\u2019Afrique. Georges Balandier consid\u00e8re les deux \u00ab Brazzavilles noires \u00bb comme des laboratoires du changement. Il analyse alors les lieux de vie des Congolais : \u00e9glises, entreprises, bars, cabarets, abords des gares routi\u00e8res, etc. Ce n\u2019est donc pas un hasard si, comme le fait remarquer Monique Hirschhorn dans sa Pr\u00e9face, le Comit\u00e9 d\u2019organisation du Colloque a tenu \u00e0 mettre en couverture \u00ab un \u00e9tablissement bien connu des Brazzavillois \u00bb, \u00ab Chez Faignond \u00bb, ce fameux bar-dancing au c\u0153ur de Poto-Poto, premier sanctuaire congolais de la rumba et des musiques du monde.<br \/>\nEtudiant en Sorbonne, Georges Balandier avait su acqu\u00e9rir dans la prestigieuse universit\u00e9 fran\u00e7aise un savoir acad\u00e9mique qui aurait pu l\u2019enfermer dans une vision traditionnelle de l\u2019ethnologie. Il d\u00e9couvre en Afrique la r\u00e9alit\u00e9 sociale africaine, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00ab peuples r\u00e9els \u00bb. Il comprend alors, comme nous l\u2019indique le titre provocateur de l\u2019article qu\u2019il publie en 1947 dans la revue Pr\u00e9sence africaine que \u00ab Le Noir est un homme \u00bb comme les autres. Il va alors analyser ce qu\u2019il voit : l\u2019homme africain dans son rapport au temps, dans ses relations avec les autres, etc., ce qui lui permet de dire que \u00ab l\u2019Afrique avait \u00e9t\u00e9 sa seconde Sorbonne et qu\u2019elle lui avait tout appris \u00bb.<br \/>\nCe retour sur l\u2019\u0153uvre de Georges Balandier est utile au moment o\u00f9 se multiplient les discours bien rod\u00e9s, inspir\u00e9s par les think tank occidentaux n\u00e9o-lib\u00e9raux et la mondialisation marchande, d\u2019une Afrique devenue l\u2019un des moteurs de la croissance mondiale. Ces discours convenus, d\u2019abord celui de la barbarie, ensuite celui de l\u2019exotisme, enfin celui de l\u2019\u00e9conomie, nous font oublier les peuples r\u00e9els et la complexit\u00e9 des dynamiques qui font \u00e9voluer les soci\u00e9t\u00e9s, transforment les individus. Ce livre-hommage vient nous rappeler que l\u2019\u0153uvre de Balandier nous parle d\u2019une Afrique qui n\u2019est enferm\u00e9e ni dans la tradition, ni dans l\u2019exotisme, ni dans le mod\u00e8le colonial.<\/p>\n<p>Christian Gambotti<br \/>\nPr\u00e9sident du think tank<br \/>\nAfrique &#038; Partage<br \/>\nEditorialiste, politologue<\/p>\n<p>Wakili Alaf\u00e9<br \/>\nDirecteur du quotidien<br \/>\nL\u2019Intelligent d\u2019Abidjan<br \/>\nJournaliste, essayiste, \u00e9crivain (auteur du roman Championne, L\u2019Enjailleuse, 2016)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges Balandier, auteur notamment de \u00ab Sociologie des Brazzavilles noires \u00bb (1955), est l&#8217;un des anthropologues et sociologues africanistes de langue fran\u00e7aise les plus connus aujourd&#8217;hui. 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