{"id":20186,"date":"2020-04-05T22:30:56","date_gmt":"2020-04-05T20:30:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=20186"},"modified":"2020-04-05T23:53:46","modified_gmt":"2020-04-05T21:53:46","slug":"la-chronique-du-lundi-face-a-la-menace-du-coronavirus-lurgence-est-dannuler-la-dette-africaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-chronique-du-lundi-face-a-la-menace-du-coronavirus-lurgence-est-dannuler-la-dette-africaine\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DU LUNDI: FACE A LA MENACE DU CORONAVIRUS, L\u2019URGENCE EST D\u2019ANNULER LA DETTE AFRICAINE"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Parce qu\u2019elle ouvre un espace budg\u00e9taire important, l\u2019annulation de la dette de l\u2019Afrique permettrait aux Etats de mobiliser les fonds dont le continent a besoin pour faire face \u00e0 la menace du coronavirus. Cette annulation, que tous les Chefs d\u2019Etat doivent demander, ne peut se faire qu\u2019\u00e0 une condition : la responsabilisation des d\u00e9cideurs publics. <\/strong><\/em><\/p>\n<p>L\u2019all\u00e9gement de la dette au titre de l&#8217;initiative en faveur des pays pauvres tr\u00e8s endett\u00e9s (PPTE), une initiative lanc\u00e9e en 1996 par le FMI et la Banque Mondiale, a sembl\u00e9 \u00eatre l\u2019une des cl\u00e9s de la lutte contre la pauvret\u00e9. William Easterly, un \u00e9conomiste am\u00e9ricain, sp\u00e9cialiste de l&#8217;\u00e9conomie du d\u00e9veloppement, a analys\u00e9 l\u2019effet pervers de cette initiative : \u00ab la relation entre l\u2019all\u00e9gement de la dette et le recours \u00e0 l\u2019emprunt qui s\u2019en suit est int\u00e9ressante : entre 1987 et 1997, le montant total de l\u2019annulation des dettes de ces quarante et un Etats s\u2019est \u00e9tabli \u00e0 trente milliards de dollars tandis que leurs nouveaux emprunts se sont \u00e9lev\u00e9s \u00e0 quarante et un milliards. Cela confirme l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019all\u00e8gement de la dette est suivi d\u2019un nouvel endettement pour un montant \u00e9quivalent. D\u2019ailleurs, nous remarquons que le nouvel endettement est d\u2019autant plus massif que le pays a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019importantes annulations. \u00bb<\/p>\n<p>Le Covid-19 relance l\u2019\u00e9ternel d\u00e9bat sur la dette publique africaine<\/p>\n<p>La lutte contre la pand\u00e9mie du coronavirus oblige les Etats africains \u00e0 mobiliser des ressources importantes au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019Afrique est devenue l\u2019un des moteurs de la croissance mondiale. La r\u00e9alisation d\u2019infrastructures \u00e9conomiques et  la mise en \u0153uvre de services publics, afin d\u2019assurer son d\u00e9veloppement, ont demand\u00e9 des besoins de financement importants couverts, pour l\u2019essentiel, par l\u2019endettement public. Comment maintenir un haut niveau de financement pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et abonder au financement des politiques de sant\u00e9, sachant :<br \/>\na) que l\u2019encours de la dette publique africaine ne repr\u00e9sentait, en 2018, que 1 330 milliards de dollars, soit 57 % du PIB du continent, ce qui semble soutenable ;<br \/>\nb) mais que cette dette publique augmente depuis les ann\u00e9es 2010 en s\u2019acc\u00e9l\u00e9rant entre 2013 et 2017, son poids relatif passant de 35 % du PIB en 2010 \u00e0 57 % du PIB en 2018, ce qui conduit aujourd\u2019hui la communaut\u00e9 internationale \u00e0 s\u2019interroger sur la viabilit\u00e9 de l\u2019endettement des \u00c9tats africains ;<br \/>\nc) et que se profile, comme une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de chaque Etat qui en b\u00e9n\u00e9ficie, la menace de la \u00ab dette chinoise \u00bb, comme \u00e0 Djibouti o\u00f9, en deux ans, la dette ext\u00e9rieure du pays est pass\u00e9e de 50 % \u00e0 85 % du PIB. Pour les observateurs, les pr\u00eats consentis par la Chine vont plonger l\u2019Afrique dans la m\u00eame situation de surendettement qui pr\u00e9valait avant l\u2019initiative PPTE (Pays Pauvres Tr\u00e8s Endett\u00e9s), d\u2019autant plus que les accords pass\u00e9s avec la Chine restent tr\u00e8s opaques.<\/p>\n<p>Les composantes de la dette publique africaine<\/p>\n<p>Il faut se souvenir que l\u2019initiative PPTE s\u2019est traduite, dans les ann\u00e9es 2000, par des all\u00e8gements significatifs de la dette publique qui atteignait, \u00e0 cette \u00e9poque, les 100 % du PIB continental. M\u00eame si le taux d\u2019endettement public moyen de l\u2019Afrique, estim\u00e9 \u00e0 57 % du PIB en 2018, reste encore nettement inf\u00e9rieur aux 100 % du PIB atteints avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur des all\u00e8gements de dette, les besoins de financement de la lutte contre le coronavirus risquent de mettre un coup de frein brutal au processus de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique, si l\u2019on se contente, comme \u00e0 chaque crise, d\u2019un simple all\u00e8gement de la dette.<br \/>\nLa dette est compos\u00e9e de pr\u00eats consentis a) par  les bailleurs de fonds (FMI, Banque Mondiale), b) dans le cadre d\u2019accords bilat\u00e9raux, c) obtenus sur les march\u00e9s financiers. A c\u00f4t\u00e9 des cr\u00e9anciers institutionnels et des organisations internationales, une partie de la dette africaine appartient au secteur priv\u00e9.<br \/>\nIl ne faut pas oublier les \u00ab fonds vautours \u00bb qui sp\u00e9culent en achetant \u00e0 bas prix la dette des Etats africains en difficult\u00e9 avec l\u2019objectif de r\u00e9aliser un profit maximal. Les actions qu\u2019ils conduisent en justice contre ces Etats leur permettent de r\u00e9cup\u00e9rer le nominal de la dette auquel s\u2019ajoutent les int\u00e9r\u00eats.<br \/>\nLe ministre des Finances somalien, Abdirahman Dualeh Baileh, alors que son pays  travaille avec le FMI depuis trois ans pour l\u2019annulation totale de la dette de la Somalie, r\u00e9sume ainsi la situation : \u00ab  Il y a de nombreux cr\u00e9diteurs, \u00e0 la fois des institutions internationales et des pays, et chacun a ses propres contraintes, ses propres programmes et ses propres consid\u00e9rations. \u00bb<\/p>\n<p>Un Appel que doivent lancer les Chefs d\u2019Etats africains<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, les r\u00e9ponses traditionnelles de r\u00e9\u00e9chelonnement ou d\u2019all\u00e8gement de dette n\u2019ont pas permis de r\u00e9soudre les difficult\u00e9s financi\u00e8res des Etats africains. Les pays riches, avec l&#8217;appui du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et de la Banque mondiale, ont alors choisi d\u2019annuler en quasi-totalit\u00e9 la dette africaine. Les effets pervers de cette annulation sont bien connus. Il s\u2019agit donc, pour l\u2019Union Africaine, de d\u00e9finir, avec le FMI et la Banque Mondiale, les crit\u00e8res d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019annulation de la dette.  Ces crit\u00e8res ne peuvent pas passer par l&#8217;extension des m\u00e9canismes du march\u00e9, en particulier la privatisation des syst\u00e8mes de sant\u00e9.<br \/>\nFace \u00e0 la menace du Covid-19, l\u2019Afrique doit, de fa\u00e7on urgente : a) renforcer ses services de sant\u00e9 et cr\u00e9er des syst\u00e8mes de protection sociale, b) pr\u00e9server l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et accompagner le secteur informel. Il. appartient donc aux Chefs d\u2019Etats africains, sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019Union Africaine (UA),  de lancer un Appel pour l\u2019annulation de la dette publique du continent.<\/p>\n<p>Christian Gambotti<br \/>\nAgr\u00e9g\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9<br \/>\nPr\u00e9sident du think tank<br \/>\nAfrique &#038; Partage<br \/>\nDirecteur des Collections<br \/>\nL\u2019Afrique en Marche,<br \/>\nPlan\u00e8te francophone<br \/>\nDirecteur de la r\u00e9daction du magazine<br \/>\nParlements &#038; Pouvoirs Africains<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parce qu\u2019elle ouvre un espace budg\u00e9taire important, l\u2019annulation de la dette de l\u2019Afrique permettrait aux Etats de mobiliser les fonds dont le continent a besoin pour faire face \u00e0 la menace du coronavirus. Cette annulation, que tous les Chefs d\u2019Etat doivent demander, ne peut se faire qu\u2019\u00e0 une condition : la responsabilisation des d\u00e9cideurs publics. 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