{"id":22323,"date":"2020-08-17T00:35:05","date_gmt":"2020-08-16T22:35:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=22323"},"modified":"2020-08-17T01:45:33","modified_gmt":"2020-08-16T23:45:33","slug":"la-chronique-du-lundi-election-presidentielle-en-cote-divoiredis-moi-dou-tu-parlesje-te-dirai-qui-tu-soutiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-chronique-du-lundi-election-presidentielle-en-cote-divoiredis-moi-dou-tu-parlesje-te-dirai-qui-tu-soutiens\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DU LUNDI- Election pr\u00e9sidentielle en C\u00f4te d&#8217;Ivoire:Dis-moi d&#8217;o\u00f9 tu parles,je te dirai qui tu soutiens"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Je reprends, dans cette Chronique, les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s par Wakili Alaf\u00e9, le directeur de l\u2019Intelligent d\u2019Abidjan, dans l\u2019interview qu\u2019il a accord\u00e9e \u00e0 un site d\u2019information \u00e0 propos de la candidature d\u2019Alassane Ouattara \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2020. <\/strong><\/em><\/p>\n<p>Pour Wakili Alaf\u00e9, \u00ab la candidature d\u2019Alassane Ouattara \u00e0 la pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2020 peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e d\u2019un point de vue constitutionnel, d\u2019un point de vue id\u00e9ologique, d\u2019un point de vue politique et d\u2019un point de vue moral. \u00bb Wakili Alaf\u00e9, dont le r\u00f4le n\u2019est pas de dire si cette candidature est l\u00e9gitime ou non, explore le champ des questions qu\u2019elle soul\u00e8ve du point de vue constitutionnel, politique ou id\u00e9ologique, ethnique et moral. En observateur Wakili Alaf\u00e9 pose les termes du d\u00e9bat. Il appartient \u00e0 chacun de se forger une opinion, sachant que cette opinion se construit toujours depuis l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on parle.<\/p>\n<p><strong>Dis-moi d\u2019o\u00f9 tu parles, je te dirai qui tu soutiens<\/strong><\/p>\n<p>Selon Mamadou Traor\u00e9, \u00ab le peuple devrait demander la d\u00e9mission de Ouattara pour parjure \u00bb, mais Mamadou Traor\u00e9 est un proche de Soro. En revanche, pour Adama Bictogo, \u00ab on ne peut gouverner un pays avec deux constitutions en m\u00eame temps \u00bb, ce qui signifie que la nouvelle constitution promulgu\u00e9e en 2016 rend l\u00e9gitime la candidature de Ouattara en 2020, mais Adama Bictogo est le directeur ex\u00e9cutif du Rhdp. Ce qui est int\u00e9ressant, en dehors de de ce qui les oppose politiquement, c\u2019est que Mamadou Traor\u00e9 et Adama Bictogo ne sont pas les gardiens d\u2019une m\u00eame conscience, ni d\u2019un m\u00eame droit.<br \/>\nMamadou Traor\u00e9 se situe sur le plan moral, lorsqu\u2019il parle de \u00ab parjure \u00bb, le parjure \u00e9tant une violation de serment, un manquement au respect d\u00fb \u00e0 la divinit\u00e9 prise \u00e0 t\u00e9moin, la \u00ab divinit\u00e9 \u00bb \u00e9tant, pour Traor\u00e9, le \u00ab peuple \u00bb. M\u00eame s\u2019il ne peut pr\u00e9tendre parler au nom de tout le peuple, Mamadou Traor\u00e9 est l\u00e9gitime, lorsqu\u2019il exprime une opinion,  Le journaliste-\u00e9crivain  Serge Bil\u00e9 se situe aussi sur le plan moral, lorsqu\u2019il d\u00e9clare que, pour de multiples raisons, \u00ab B\u00e9di\u00e9 commet une faute morale en se pr\u00e9sentant aux \u00e9lections \u00bb.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Adama Bictogo, il se situe sur le plan constitutionnel : la nouvelle constitution, celle de 2016, parce qu\u2019elle remet les compteurs \u00e0 z\u00e9ro, autorise le Pr\u00e9sident Alassane Ouattara \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 un premier mandat sous la III\u00e8 R\u00e9publique. De la m\u00eame mani\u00e8re, cette constitution de 2016, en supprimant la limite d\u2019\u00e2ge, autorise aussi au Pr\u00e9sident B\u00e9di\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter en 2020. D\u2019ailleurs, aucun dirigeant du Rhdp ne cherche officiellement \u00e0 contester la l\u00e9gitimit\u00e9 de la candidature de B\u00e9di\u00e9.<br \/>\nLes arguments politiques et id\u00e9ologiques qui peuvent conduire \u00e0 d\u00e9noncer la candidature d\u2019Alassane Ouattara sont souvent absents. L\u2019\u00ab houphou\u00e9tisme \u00bb, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une doctrine fig\u00e9e, se d\u00e9finit avant tout comme une mani\u00e8re de gouverner tr\u00e8s pragmatique. Alors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 un compagnon de route du parti communiste, Houphou\u00ebt-Boigny, lorsqu\u2019il est \u00e9lu Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du jeune Etat ivoirien ind\u00e9pendant, se converti au lib\u00e9ralisme tout en mettant en \u0153uvre une politique sociale des plus hardies. Si je devais paraphraser le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, je dirais que, pour Houphou\u00ebt-Boigny, ce n\u2019est \u00ab ni le lib\u00e9ralisme, ni le socialisme, mais la C\u00f4te d\u2019Ivoire. \u00bb Ce choix lui a permis d\u2019unifier 60 ethnies en les inscrivant dans une destin\u00e9e commune fond\u00e9e sur une croissance inclusive.et le partage du fran\u00e7ais comme langue de travail et non pas comme langue de l\u2019identit\u00e9. Les Ivoiriens sont en droit d\u2019attendre des candidats \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle qu\u2019ils disent clairement quel est l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 ils parlent, quelle est l\u2019id\u00e9ologie qui structure leur programme de gouvernement. Parlent-ils depuis le socialisme ? Depuis le lib\u00e9ralisme ? Depuis l\u2019\u00e2me marchande du monde et la \u00ab main invisible \u00bb du march\u00e9? Depuis une ethnie ? Depuis un hypoth\u00e9tique panafricanisme, alors qu\u2019il existe 54 Etats africains mus par des int\u00e9r\u00eats divergents ?<br \/>\n<strong><br \/>\nToute utopie finit par entrer en conflit avec la r\u00e9alit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Toutes ces questions peuvent-elles \u00eatre pos\u00e9es dans un cadre d\u00e9mocratique ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr, non pas parce qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019Afrique, mais parce que toutes les r\u00e9ponses se heurtent au mur des r\u00e9alit\u00e9s. L\u2019Houphou\u00e9tisme, incarn\u00e9 par la figure charismatique du P\u00e8re de la nation ivoirienne, est une mani\u00e8re de gouverner qui r\u00e9ussit, parce que F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny poss\u00e8de cette vision prospective de l\u2019Histoire qui le projette hors de l\u2019ethnie et du territoire pour imaginer le destin d\u2019une grande nation, la C\u00f4te d\u2019Ivoire. <\/p>\n<p>\u00c0 sa mort, l\u2019houphou\u00e9tisme devient une utopie et, pour reprendre l\u2019analyse de l\u2019\u00e9conomiste Jacques Sapir, \u00ab quand on forge des projets trop utopistes, on finit forc\u00e9ment par entrer en conflit avec la r\u00e9alit\u00e9. \u00bb Wakili Alaf\u00e9 a raison, lorsqu\u2019il s\u2019interroge sur la somme des fausses r\u00e9conciliations, des demi-paix, des transitions qui ponctuent l\u2019histoire r\u00e9cente de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. La C\u00f4te d\u2019Ivoire est-elle vou\u00e9e \u00e0 subir la fatalit\u00e9 de l\u2019instabilit\u00e9 politique et des affrontements ethniques ?<\/p>\n<p><strong>Le cas Ouattara<\/strong><\/p>\n<p>Peut-on contester la sinc\u00e9rit\u00e9 du pr\u00e9sident Alassane Ouattara, lorsqu\u2019il avait annonc\u00e9 qu\u2019il ne serait pas candidat en 2020 ? Ou bien la brusque disparition d\u2019Amadou Gon Coulibaly cr\u00e9e-t-elle un une situation qui l\u2019oblige \u00e0 un nouveau mandat, ce qu\u2019il n\u2019avait nullement pr\u00e9vu en promulguant une nouvelle constitution en 2016, soit quatre ans avant l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2020 ? R\u00e9cemment, Alassane Ouattara avait pr\u00e9cis\u00e9 que des circonstances exceptionnelles pourraient le conduire \u00e0 briguer ce \u00ab troisi\u00e8me \u00bb mandat. Ces circonstances exceptionnelles existent-elles aujourd\u2019hui ? Il appartient \u00e0 chacun de se forger une opinion. Soit, 2016 repr\u00e9sente un \u00ab tripatouillage \u00bb de la constitution, afin de permettre \u00e0 Ouattara d\u2019\u00eatre candidat en 2020 et s\u2019octroyer une pr\u00e9sidence \u00e0 vie ; soit, son d\u00e9part \u00e9tait imminent et nous ne sommes pas dans le cas de celui qui,  dans un climat insurrectionnel, modifie la constitution pour se maintenir au pouvoir. Peut-on voir dans la nouvelle candidature du pr\u00e9sident Ouattara les strat\u00e9gies de certains pr\u00e9sidents africains pour s\u2019\u00e9terniser au pouvoir ? Bien s\u00fbr qu\u2019il n\u2019en est rien !<\/p>\n<p>Question subsidiaire : de la limitation du nombre de mandats d\u2019un pr\u00e9sident ?<br \/>\nPersonne n\u2019est favorable \u00e0 l\u2019id\u00e9e de maintenir \u00e9ternellement au pouvoir les m\u00eames dirigeants. Mais, il n\u2019est pas s\u00fbr que la limitation du nombre de mandats soit un marqueur  incontestable du niveau de d\u00e9mocratisation et de d\u00e9veloppement d\u2019un pays. De grandes d\u00e9mocraties, comme l\u2019Allemagne, ne limitent pas le nombre de mandats de leurs dirigeants. En France, ni Sarkozy, en 2012, ni Hollande, en 2017, n\u2019ont pu se faire r\u00e9\u00e9lire pour le deuxi\u00e8me mandat que la constitution fran\u00e7aise les autorisait \u00e0 briguer. Les indices de d\u00e9mocratisation d\u2019un pays ne sont-ils pas \u00e0 chercher ailleurs que dans la limitation du nombre de mandats ?<\/p>\n<p><strong>Christian GAMBOTTI, Agr\u00e9g\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9, Pr\u00e9sident du think tank Afrique &#038; Partage-<br \/>\nCEO du CERAD (Centre d\u2019Etudes et de Recherches sur l\u2019Afrique de Demain) &#8211; Directeur des Collections L\u2019Afrique en Marche, Plan\u00e8te francophone &#8211; Directeur de la r\u00e9daction du magazine Parlements &#038; Pouvoirs africains<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je reprends, dans cette Chronique, les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s par Wakili Alaf\u00e9, le directeur de l\u2019Intelligent d\u2019Abidjan, dans l\u2019interview qu\u2019il a accord\u00e9e \u00e0 un site d\u2019information \u00e0 propos de la candidature d\u2019Alassane Ouattara \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2020. 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