{"id":42557,"date":"2026-02-27T23:55:25","date_gmt":"2026-02-27T22:55:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=42557"},"modified":"2026-02-28T00:04:47","modified_gmt":"2026-02-27T23:04:47","slug":"reportage-exclusif-angoisses-a-zimbabwe-et-reactions-sur-un-deguerpissement-inevitable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/reportage-exclusif-angoisses-a-zimbabwe-et-reactions-sur-un-deguerpissement-inevitable\/","title":{"rendered":"Reportage exclusif:  ANGOISSES \u00c0 ZIMBABWE ET R\u00c9ACTIONS SUR UN D\u00c9GUERPISSEMENT IN\u00c9VITABLE"},"content":{"rendered":"<p dir=\"ltr\"><strong>Reportage exclusif dans le sous quartier Zimbabw\u00e9 \u00e0 Port-Bou\u00ebt, vis\u00e9 par un d\u00e9guerpissement d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 et plus ou moins in\u00e9vitable. Un d\u00e9guerpissement dont les populations ont \u00e9t\u00e9 averties, et qui a \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre suspendu du fait de l\u2019imminence de la rentr\u00e9e scolaire. L\u2019occasion peut\u00a0 \u00eatre saisie pour trouver des solutions alternatives d\u2019am\u00e9nagement pour les populations concern\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Situ\u00e9 dans la commune de Port-Bou\u00ebt, en bordure de la lagune, le sous-quartier Vridi-3, commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab Zimbabw\u00e9 \u00bb, nous accueille les jeudi 15 et vendredi 16 ao\u00fbt 2024. Lors de notre s\u00e9jour de 24 heures, nous avons observ\u00e9 une population submerg\u00e9e par l\u2019angoisse, craignant de subir le m\u00eame sort que les habitants du quartier Abattoir, \u00e9galement dans la m\u00eame commune, d\u00e9guerpis du site en juin 2024. En effet, depuis 2016, les habitants de Zimbabw\u00e9 ont re\u00e7u une mise en demeure du minist\u00e8re de l\u2019Assainissement et de la Salubrit\u00e9 urbaine, leur ordonnant de quitter le secteur.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ainsi apr\u00e8s la destruction r\u00e9cente de plusieurs zones \u00e0 risque dans le district autonome d\u2019Abidjan, les riverains de Zimbabw\u00e9 ont d\u00e9sormais le sommeil troubl\u00e9. Chronique d\u2019un d\u00e9guerpissement d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9, attendu, redout\u00e9 et suscitant angoisse, ainsi que des r\u00e9actions vari\u00e9es et diverses des populations sur place, ainsi que des acteurs politiques.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Une nuit \u00e0 Zimbabw\u00e9<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">En arrivant dans cet endroit peupl\u00e9 d\u2019environ 40 000 \u00e2mes, le premier inconnu que nous accostons nous conduit \u00e0 l\u2019auberge la plus convenable de la cit\u00e9, situ\u00e9e \u00e0 quelque 200 m\u00e8tres de la berge, o\u00f9 nous choisissons de passer la nuit.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Apr\u00e8s avoir r\u00e9gl\u00e9 les modalit\u00e9s avec Herv\u00e9 le g\u00e9rant de l\u2019h\u00f4tel, nous visitons le quartier \u00e0 pied. La bordure de la lagune, o\u00f9 des femmes fument du poisson, d\u00e9gage d\u2019\u00e9paisses fum\u00e9es qui attirent notre attention.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Des baraques et des drapeaux sur la premi\u00e8re destination des p\u00eacheurs<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Repouss\u00e9s par ces \u00e9manations, nous rebroussons cependant chemin avant de nous engager dans de nouvelles art\u00e8res de Vridi-3, qui nous ram\u00e8nent \u00e0 nouveau aux bords de la lagune. L\u00e0, nous apercevons deux grandes barques, d\u00e9cor\u00e9es de drapeaux ivoiriens, fran\u00e7ais\u2026 flottant au-dessus, affr\u00e9t\u00e9es pour la p\u00eache traditionnelle. Les membres d\u2019\u00e9quipage, des p\u00eacheurs ghan\u00e9ens, ont accost\u00e9 pour charger leurs cargaisons, principalement compos\u00e9es de cartons de poissons fum\u00e9s.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Plus tard, nous apprenons que Zimbabw\u00e9 est la premi\u00e8re destination pour la p\u00eache artisanale en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Ces poissons fum\u00e9s, distribu\u00e9s par des grossistes et des petits d\u00e9taillants, sont vendus sur tous les grands march\u00e9s du district autonome d\u2019Abidjan, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, et parfois m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, o\u00f9 la diaspora ivoirienne en raffole.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Apr\u00e8s une balade de pr\u00e8s de deux heures, avec quelques prises de vue, nous avons une meilleure id\u00e9e du quotidien des riverains et des infrastructures locales, dont le centre de sant\u00e9 communautaire et les \u00e9coles primaire et coranique. Nous nous arr\u00eatons pour une petite pause dans un espace public afin de nous d\u00e9salt\u00e9rer.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Accost\u00e9 par des jeunes<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, contre toute attente, que nous sommes encercl\u00e9s par des jeunes. \u00ab Bonjour Chao ! Qu\u2019est-ce que tu fais dans notre quartier ? On t\u2019a vu te promener partout et aussi prendre des photos \u00bb, nous lance l\u2019un d\u2019eux, Samo Sidib\u00e9. Cette interpellation soudaine donne lieu \u00e0 une s\u00e9rie de pr\u00e9sentations, et la rencontre se transforme en \u00e9changes cordiaux. D\u00e8s lors, les murs de m\u00e9fiance bris\u00e9s, les discussions se d\u00e9roulent sans filtres pendant les 24 heures qui suivent. Samo Sidib\u00e9, 26 ans, est n\u00e9 et a grandi dans ce quartier, tout comme son p\u00e8re. Sa grand-m\u00e8re, qui est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e r\u00e9cemment \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 102 ans, fait partie des premi\u00e8res personnes \u00e0 avoir camp\u00e9 sur ce site, et \u00e0 avoir construit ce \u00ab village \u00bb au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, ce lieu, surnomm\u00e9 \u00ab la pointe des fumeurs \u00bb, \u00e9tait jonch\u00e9 de broussailles et de poubelles \u00e0 ciel ouvert, pour des usines voisines. Il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00ab zone \u00e0 risque \u00bb, donc inhospitali\u00e8re.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>60 ans apr\u00e8s \u2026<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Plus de soixante ans plus tard, les choses ont chang\u00e9 avec la construction d\u2019infrastructures \u00e9tatiques \u00e0 Vridi-3. Consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00ab presqu\u2019\u00eele \u00bb, Zimbabw\u00e9 poss\u00e8de une seule entr\u00e9e et une seule sortie terrestre, les autres voies d\u2019acc\u00e8s \u00e9tant lagunaires.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab Ici, une personne \u00e9trang\u00e8re est vite rep\u00e9r\u00e9e d\u00e8s qu\u2019elle met les pieds dans le quartier. Tout ceci pour des raisons s\u00e9curitaires. Tout le monde se conna\u00eet ici, donc pas de violence, chacun est le gardien de son voisin. D\u00e8s que vous \u00eates arriv\u00e9 ici, nous avons tout de suite su que vous \u00e9tiez un \u00e9tranger, donc vous \u00e9tiez suivi. On vous a vu un peu partout prendre des photos \u00bb, explique Samo Sidib\u00e9. Cette s\u00e9curit\u00e9 de proximit\u00e9, renforc\u00e9e par les fr\u00e9quentes patrouilles de police, rassure les habitants et les nombreux commer\u00e7ants, g\u00e9n\u00e9ralement des femmes, qui viennent quotidiennement se procurer du poisson transform\u00e9 qu\u2019elles \u00e9coulent sur les march\u00e9s d\u2019Abidjan, de l\u2019int\u00e9rieur du pays, et m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En moyenne, 700 pirogues accostent chaque jour. Les embarcations sont ravitaill\u00e9es en carburant par trois stations d\u2019essence, ce qui t\u00e9moigne de la vivacit\u00e9 des activit\u00e9s \u00e9conomiques \u00e0 Vridi-3.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ces activit\u00e9s sont soutenues par une grande diversit\u00e9 d\u00e9mographique, compos\u00e9e d&#8217;Ivoiriens, de Maliens, de Burkinab\u00e9, de Nig\u00e9riens, de Ghan\u00e9ens, de Nig\u00e9rians, de Togolais, entre autres. En raison de la proximit\u00e9 naturelle avec la zone portuaire de la commune, les sous-quartiers comme Zimbabw\u00e9 et Vridi-Canal constituent des viviers pour la main-d\u2019\u0153uvre de la zone industrielle de Vridi (Port-Bou\u00ebt), la troisi\u00e8me zone industrielle du pays, ex \u00e6quo avec celle de Koumassi, avec une superficie de 120 hectares chacune, apr\u00e8s les zones industrielles d\u2019Akoup\u00e9-Zeudji PK24, avec 940 hectares, et de Yopougon, avec 620 hectares.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Une zone \u00e0 risques \u00e0 d\u00e9guerpir<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019id\u00e9e de raser le quartier pour \u00ab occupation anarchique ne respectant pas les normes de la r\u00e9glementation en mati\u00e8re d\u2019urbanisation et d\u2019habitat \u00bb, selon le District autonome d\u2019Abidjan, est per\u00e7ue avec inqui\u00e9tude par les jeunes rencontr\u00e9s et leurs familles.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cette politique de d\u00e9guerpissement et de d\u00e9molition est pour eux, un retour \u00e0 la case d\u00e9part. Ils mettent en avant le fait que le sous quartiers Zimbabw\u00e9 a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de certains avantages publics, ce qui ne permet pas de penser que le site va \u00eatre ray\u00e9, ou d\u00e9guerpis. Zimbabw\u00e9 a notamment b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&#8217;adduction en eau potable et de compteurs \u00e9lectriques \u00e0 carte pour faciliter le bien-\u00eatre des habitants.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Quel sort pour les enfants scolaris\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00c0 l\u2019approche de la rentr\u00e9e scolaire 2024-2025, des parents sont plong\u00e9s dans l\u2019incertitude, avec trois \u00e9coles primaires publiques (EPP Vridi 3 A, EPP Vridi 3B et EPP Municipalit\u00e9), pour un total de 1 500 \u00e9l\u00e8ves, selon plusieurs t\u00e9moignages. L\u2019\u00e9ducation maternelle compte 308 enfants, et compte 250 \u00e9l\u00e8ves pour l\u2019\u00e9cole coranique. Des \u00e9coles anglophones regroupent 8 000 \u00e9l\u00e8ves, selon des chiffres recueillis.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Profils divers et vari\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Si Gnazal\u00e9 Gohou De-Marcel, 32 ans, titulaire d\u2019un Bac+2 avec un BTS en Finance et Comptabilit\u00e9, et Bouabr\u00e9 G\u00e9rard, 33 ans, plongeur en eaux profondes, ancien contractuel \u00e0 l\u2019Aqua Services Maritimes (ASM), aujourd\u2019hui \u00e0 la recherche d\u2019emploi et ont des qualifications, tel n\u2019est pas le cas pour la plupart des jeunes de Zimbabw\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Samo Sidib\u00e9 traduit ce sentiment en ces termes\u00a0 : \u00ab Ici, nous nous d\u00e9brouillons. Nous faisons tout ce qui nous tombe sous la main, mais de mani\u00e8re honn\u00eate. Nous sommes n\u00e9s dans ce quartier o\u00f9 nous avons grandi et connu l\u2019argent. Il n\u2019y a pas de sot m\u00e9tier. Nous faisons tous les travaux qui nous tombent sous le bras. Avant c\u2019\u00e9tait bon pour mes parents, mais aujourd\u2019hui, ils n\u2019ont plus de moyens. C\u2019est difficile. Et comme je suis l\u2019a\u00een\u00e9 de ma famille, tout p\u00e8se sur moi. Souvent, nous lavons les pirogues et, parfois, nous nous rendons au port dans l\u2019espoir d\u2019obtenir des contrats avec des soci\u00e9t\u00e9s, principalement de n\u00e9goce de caf\u00e9 et de cacao, pour faire de petits boulots. Il arrive que nous nettoyions la bordure de la lagune o\u00f9 les pirogues accostent, et les propri\u00e9taires de ces pirogues peuvent nous donner quelques poissons que nous nous partageons. Chacun en fait ce qu\u2019il veut. Soit on les vend, soit on les emporte \u00e0 la maison pour la consommation. Nous supplions donc le gouvernement de renoncer \u00e0 raser ce quartier, car nous ne saurions o\u00f9 aller. J\u2019ai bien peur que cela pousse certains jeunes \u00e0 la d\u00e9linquance et \u00e0 d&#8217;autres comportements d\u00e9plorables. Il sera difficile de voir nos parents dormir sur les ruines de nos maisons d\u00e9truites, expos\u00e9s aux intemp\u00e9ries. \u00bb Face \u00e0 cette inqui\u00e9tude, des familles issues de la communaut\u00e9 ghan\u00e9enne ont d\u00e9j\u00e0 pli\u00e9 bagage, retournant dans leur pays d&#8217;origine.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Un manque d\u2019information de la part des officiels et refus du d\u00e9bat public<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Malgr\u00e9 ces d\u00e9parts d\u2019habitants, Sa\u00efdou Traor\u00e9, PCA du Centre de sant\u00e9 de Zimbabw\u00e9, affirme pourtant manquer d\u2019informations : \u00ab Nous n&#8217;avons re\u00e7u aucune nouvelle du District, du minist\u00e8re de la Salubrit\u00e9, ni m\u00eame de la Mairie. Tous nos courriers visant \u00e0 conna\u00eetre l&#8217;\u00e9tat d&#8217;avancement du projet de d\u00e9guerpissement sont rest\u00e9s sans r\u00e9ponse. Nous sommes dans le flou \u00bb. \u00c0 la mairie de Port-Bou\u00ebt, le Directeur de Cabinet, Fulbert Loukougnan avait promis de r\u00e9pondre \u00e0 nos pr\u00e9occupations. Il a ensuite promis de nous confier \u00e0 un conseiller du maire. Une semaine plus tard, silence radio. Au District Autonome d\u2019Abidjan, le directeur de communication nous a orient\u00e9s vers Monsieur Boua, Directeur G\u00e9n\u00e9ral des Services Techniques, responsable de ce type de dossier. Nos appels et messages sont rest\u00e9s sans r\u00e9ponse. M\u00eame situation au minist\u00e8re de la Construction, du Logement et de l\u2019Urbanisme, o\u00f9 l\u2019interlocuteur d\u00e9sign\u00e9 \u00e9tait annonc\u00e9 en mission \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Alors que le d\u00e9guerpissement est attendu et annonc\u00e9, l\u2019imminence de la rentr\u00e9e scolaire a-t-il conduit les parties prenantes \u00e0 le reporter, accordant un sursis aux populations de \u00ab Zimbabw\u00e9enne \u00bb de Port-Bou\u00ebt en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>L\u2019appel des habitants \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation de la d\u00e9cision<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Pendant ce temps , des habitants de Zimbabw\u00e9\u00a0 appellent \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation de la d\u00e9cision de d\u00e9guerpissement et \u00e0 la recherche de solutions alternatives tenant compte de leur bien-\u00eatre et des impacts sur l&#8217;\u00e9conomie locale.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Pr\u00e9sident des jeunes du quartier Zimbabwe, Diarrassouba Issiaka a mis en avant les implications sociales et \u00e9conomiques de la question. \u00ab Le d\u00e9guerpissement peut \u00eatre per\u00e7u comme une opportunit\u00e9 pour l&#8217;\u00c9tat, mais pour nous, les habitants, cela repr\u00e9sente une menace. Nous vivons en harmonie et avons construit nos vies ici. Nous demandons une prise en compte des cons\u00e9quences humaines et \u00e9conomiques de cette d\u00e9cision \u00bb, a-t-il affirm\u00e9. Il a exprim\u00e9 l\u2019inqui\u00e9tude des populations, expliquant que le d\u00e9guerpissement annonc\u00e9 cr\u00e9e d\u00e9j\u00e0 une psychose chez les habitants. \u00ab Pour nous, la population, cela ne nous arrange pas car nous sommes des milliers dans ce quartier. Nous sommes inquiets vu notre nombre. Nous nous demandons, si cela arrive, o\u00f9 irons-nous ? Quel sera l\u2019avenir des enfants ? Nul ne peut s\u2019opposer \u00e0 la loi ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Nous sommes sous la protection de l\u2019\u00c9tat. L\u2019\u00c9tat peut faire ce qu\u2019il souhaite. Mais qu\u2019allons-nous devenir apr\u00e8s le d\u00e9guerpissement ? Devrons-nous retourner en famille, alors que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 difficile pour nos parents ? \u00bb s&#8217;interroge-t-il.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le District Autonome d\u2019Abidjan, pour justifier le d\u00e9guerpissement de Zimbabw\u00e9, a \u00e9voqu\u00e9 l\u2019occupation anarchique du site et a estim\u00e9 que c\u2019est une zone \u00e0 risque. Pour le pr\u00e9sident des jeunes, ces raisons ne sont pas suffisantes pour les d\u00e9guerpir . \u00ab Depuis que nous vivons ici, nous n\u2019avons jamais vu d\u2019inondation due \u00e0 la mont\u00e9e des eaux de pluie ou de la mar\u00e9e haute. Quand il pleut, l\u2019eau ruisselle vers la lagune. Nous payons nos redevances \u00e0 travers les factures de la Sodeci et de la CEI. Mais le seul probl\u00e8me est que nous n\u2019avons pas de barque \u00e0 ordures. Les d\u00e9chets que nous produisons sont parfois jet\u00e9s dans la lagune. Pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, nous avons approch\u00e9 la mairie de Port-Bou\u00ebt afin qu&#8217;elle nous aide \u00e0 assainir le quartier. Mais notre demande est rest\u00e9e sans suite. Pourtant, nous avons mis en place une \u00e9quipe locale charg\u00e9e de la salubrit\u00e9 du quartier. Pour r\u00e9pondre \u00e0 nos besoins en mati\u00e8re de salubrit\u00e9, il faudrait plusieurs v\u00e9hicules de ramassage d\u2019ordures par semaine \u00bb, explique Diarrassouba Issiaka.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Des vies boulevers\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ou\u00e9dj\u00e9 Francesca Denise, restauratrice et m\u00e8re de six enfants, a exprim\u00e9 son inqui\u00e9tude : \u00ab Nous avons des enfants qui vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole, et gr\u00e2ce \u00e0 notre activit\u00e9 de p\u00eache et de transformation du poisson, nous parvenons \u00e0 subvenir \u00e0 nos besoins. Si le gouvernement d\u00e9truit notre quartier, nous ne savons pas o\u00f9 aller ni comment continuer \u00e0 nourrir nos familles. Nous demandons pardon aux autorit\u00e9s pour qu\u2019elles nous permettent de rester ici et de poursuivre notre activit\u00e9. \u00bbKoffi Emmanuel, p\u00eacheur depuis plus de 20 ans, a affirm\u00e9 que la fermeture des quartiers comme Zimbabwe pourrait aggraver les p\u00e9nuries de poisson. Ils affirment qu\u2019ils ravitaillent des villes comme San Pedro, Bouak\u00e9, Tabou, etc. \u00ab Si le quartier est d\u00e9truit, non seulement notre commerce sera affect\u00e9, mais cela entra\u00eenera \u00e9galement des difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement pour de nombreuses localit\u00e9s \u00bb, a-t-il estim\u00e9. Pour Ouattara Adja, commer\u00e7ante de poissons, d\u00e9molir Zimbabw\u00e9 verrait tout son commerce r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant : \u00ab C\u2019est ici \u00e0 Zimbabw\u00e9 que nous avons trouv\u00e9 le bonheur. Nous parvenons \u00e0 nous en sortir. J\u2019ai trouv\u00e9 mon bonheur ici, et je ne pense pas pouvoir m\u2019en sortir ailleurs dans d\u2019autres activit\u00e9s. Si les Ghan\u00e9ens retournent dans leur pays, je partirai \u00e9galement, car ce sera trop difficile pour moi. J\u2019ai commenc\u00e9 le commerce de poissons avec 2 000 francs CFA. Aujourd\u2019hui, j\u2019arrive \u00e0 m\u2019en sortir. Si je dois retourner au village, ce sera compliqu\u00e9. Je demande pardon au pr\u00e9sident Ouattara de nous laisser travailler \u00bb, a-t-elle plaid\u00e9 les larmes\u00a0 aux yeux.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Alerte sur l\u2019impact \u00e9conomique et social<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Kouassi Akouba Mariette, vendeuse de poisson, a exprim\u00e9 ses craintes face \u00e0 une \u00e9ventuelle perte de son lieu de travail : \u00ab Si le quartier est d\u00e9truit, nous ne savons pas comment nous allons g\u00e9rer la situation. Nos activit\u00e9s sont directement li\u00e9es \u00e0 cet endroit. M\u00eame si nous sommes relog\u00e9s ailleurs, l\u2019absence d\u2019infrastructures pour notre activit\u00e9 compliquera la situation. Nous demandons \u00e0 l\u2019\u00c9tat de trouver une solution pour nous permettre de continuer \u00e0 contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9conomie locale. \u00bb Akou Ekoua Martine, vendeuse d'&#8221;adjuevan&#8221;, a ajout\u00e9 que la destruction de Zimbabwe nuira \u00e0 leurs familles : \u00ab Nous risquons de perdre nos moyens de subsistance, ce qui pourrait \u00e9galement affecter l&#8217;\u00e9ducation de nos enfants. Nous implorons les autorit\u00e9s de reconsid\u00e9rer leur d\u00e9cision. \u00bb Kossan Kouao Roger, distributeur et commer\u00e7ant de carburant, exerce ce m\u00e9tier depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie. Il est charg\u00e9 de ravitailler les piroguiers et p\u00eacheurs qui repartent en mer pour leur activit\u00e9. \u00ab Cette station d\u2019essence appartient \u00e0 une coop\u00e9rative de p\u00eacheurs. Lorsque nous avons appris que Zimbabw\u00e9 allait \u00eatre ras\u00e9, nous avons \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment attrist\u00e9s, car cela mettrait fin \u00e0 nos activit\u00e9s. Zimbabwe ravitaille le march\u00e9 d\u2019Abidjan et d\u2019autres villes ivoiriennes en poisson. Nous prions les autorit\u00e9s de nous laisser travailler. Nous sommes tous n\u00e9s et avons grandi ici. Si aujourd\u2019hui, on d\u00e9truit Zimbabw\u00e9, nous ne saurons o\u00f9 aller \u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 au nom des p\u00eacheurs.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">De son c\u00f4t\u00e9, N&#8217;Guessan Aya Sabine, pr\u00e9sidente des Mareyeuses et Transformatrices de Vridi 3, a lanc\u00e9 un appel pour une solution qui pr\u00e9serverait les activit\u00e9s de p\u00eache : \u00ab Nous avons besoin d\u2019un espace o\u00f9 nous pourrons continuer nos activit\u00e9s. La destruction du quartier pourrait entra\u00eener une hausse des prix du poisson et affecter les populations. Nous implorons les autorit\u00e9s de trouver une solution pour maintenir une partie du quartier ou nous fournir un autre espace adapt\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Le plaidoyer des leaders communautaires<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Sa\u00eedou Traor\u00e9, PCA du Centre de sant\u00e9, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab \u00c0 l\u2019heure qu\u2019il est, nous sommes sans nouvelles du District, du minist\u00e8re de la Salubrit\u00e9, et m\u00eame de la Mairie. \u00bb\u00a0<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab Je suis le pr\u00e9sident du Collectif mis en place pour servir de courroie de transmission entre la population et les autorit\u00e9s dans le cadre de l\u2019op\u00e9ration de d\u00e9guerpissement annonc\u00e9e. Le 18 juillet 2024, nous avons \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9s par le Commissaire du District autonome d\u2019Abidjan, M. Pierre Gondo, dans les locaux du Commissariat de police du 25e arrondissement de Vridi. Accompagn\u00e9s des chefs de communaut\u00e9 et des chefs religieux, nous avons \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s que notre quartier serait d\u00e9moli. Il nous a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 de constituer un comit\u00e9 pour informer les populations et suivre le processus \u00e0 venir. Ainsi, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 choisi par les forces vives du quartier pour diriger l&#8217;\u00e9quipe charg\u00e9e de d\u00e9fendre nos int\u00e9r\u00eats. Notre r\u00f4le consiste \u00e0 collecter un maximum d\u2019informations sur l\u2019op\u00e9ration et \u00e0 informer les 40 000 habitants du quartier. Nous devons \u00e9galement comprendre les raisons de ce d\u00e9guerpissement et tenter de trouver une solution qui convienne aux deux parties. Selon la mise en demeure, il s&#8217;agit d&#8217;une occupation anarchique d\u2019un site ne respectant pas les normes en mati\u00e8re d\u2019urbanisme et d\u2019habitat. De plus, dans le cadre de la lutte contre le d\u00e9sordre urbain, l\u2019insalubrit\u00e9 et l\u2019assainissement dans le District d&#8217;Abidjan, ce site a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 comme une zone \u00e0 risque constituant un danger pour les populations. Et pourtant, depuis que ce quartier existe, il n&#8217;y a jamais eu d&#8217;inondations. Nous sommes situ\u00e9s sur une plaine, ce qui exclut tout risque d&#8217;\u00e9boulement. Nous avons donc \u00e9t\u00e9 surpris d&#8217;apprendre lors de cette r\u00e9union que notre quartier \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une zone \u00e0 risque. Je ne partage pas l&#8217;avis du District sur ce point. Nos autorit\u00e9s n&#8217;ont pas re\u00e7u les bonnes informations. Concernant l&#8217;argument de l&#8217;occupation anarchique, notre quartier n&#8217;en fait pas partie. Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1963 pour r\u00e9soudre un probl\u00e8me auquel faisait face le port d\u2019Abidjan : des poissons pourrissaient au port, et une solution devait \u00eatre trouv\u00e9e. Nos parents, fumeurs de poissons, travaillaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque au d\u00e9p\u00f4t de la Sotra (Soci\u00e9t\u00e9 de transport abidjanais). Avec le d\u00e9veloppement du port, ils ont \u00e9t\u00e9 relog\u00e9s ici, d\u2019o\u00f9 le nom : \u201cla pointe des fumeurs\u201c. C\u2019est le vrai nom de ce quartier, aussi appel\u00e9 Vridi-3, mais certains l&#8217;ont surnomm\u00e9 abusivement Zimbabwe. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, le directeur du service de p\u00eache, Kamara Ladji, avait m\u00eame fait creuser des puits sur ce site pour faciliter le travail de nos parents sur les fours. L&#8217;\u00c9tat a \u00e9galement construit un centre de sant\u00e9, un groupe scolaire compos\u00e9 de trois \u00e9coles primaires et d\u2019une maternelle. Les enseignants y sont affect\u00e9s par l&#8217;\u00c9tat, et l&#8217;\u00e9cole compte environ 1 500 \u00e9l\u00e8ves. Il y a l\u2019adduction d&#8217;eau potable et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans tout le quartier. Comment peut-on parler de d\u00e9sordre urbain dans ces conditions ? Nos parents ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s ici pour jouer un r\u00f4le \u00e9conomique. Nous continuons \u00e0 remplir ce r\u00f4le en fumant les poissons que nous vendons \u00e0 travers le pays et m\u00eame \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Certes, il y a des zones insalubres dans le quartier, mais la responsabilit\u00e9 en incombe aussi \u00e0 l&#8217;\u00c9tat, qui doit entreprendre des travaux d&#8217;infrastructure. En 2016, une mise en demeure mena\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 de faire dispara\u00eetre une partie du quartier. Cependant, apr\u00e8s des pourparlers, il avait \u00e9t\u00e9 convenu que le quartier ne serait pas touch\u00e9. Il avait alors \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 des ouvertures de voies et d&#8217;assainir le quartier. Je pense que c&#8217;est ce que les autorit\u00e9s devraient faire \u00e0 nouveau, au lieu de vouloir nous d\u00e9guerpir. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, la ministre Anne-D\u00e9sir\u00e9e Ouloto (alors ministre en charge de la Salubrit\u00e9) nous avait officiellement offert du mat\u00e9riel de salubrit\u00e9, notamment un tricycle pour le ramassage des ordures et des pelles. Nous n&#8217;avons jamais re\u00e7u ce mat\u00e9riel. Lors de la r\u00e9union du 18 juillet 2024, notre Comit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de recenser la population afin de conna\u00eetre le nombre exact de personnes impact\u00e9es. Nous n&#8217;avons re\u00e7u aucun soutien financier pour mener cette t\u00e2che, mais nous nous sommes tout de m\u00eame mis au travail. \u00c0 ce jour, nous avons enregistr\u00e9 4 000 chefs de m\u00e9nage. Nous avons commenc\u00e9 le 3 ao\u00fbt 2024, et ce chiffre est encore loin d&#8217;\u00eatre exhaustif. Compte tenu du nombre de m\u00e9nages et du nombre de personnes par m\u00e9nage dans le quartier, nous d\u00e9passerons certainement les 40 000 personnes. Mais pour que ce travail soit bien men\u00e9, nous avons besoin du soutien de l&#8217;\u00c9tat. Or, \u00e0 ce jour, nous sommes sans nouvelles du District, du minist\u00e8re de la Salubrit\u00e9, et m\u00eame de la Mairie. Tous nos courriers visant \u00e0 conna\u00eetre l&#8217;\u00e9tat d&#8217;avancement du projet de d\u00e9guerpissement sont rest\u00e9s sans r\u00e9ponse. Nous sommes dans le flou. \u00bb<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Bouak\u00e9 Fofana, Chef de la communaut\u00e9 du grand-nord, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Depuis que la nouvelle est tomb\u00e9e, je re\u00e7ois des appels de partout \u00e0 travers le pays. \u00bb\u00a0<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab C\u2019est une situation qui nous impacte n\u00e9gativement, au plus haut point. Je suis \u00e9galement le pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 du grand Nord dans la commune de Port-Bou\u00ebt. Depuis que la nouvelle est tomb\u00e9e, je re\u00e7ois des appels de partout \u00e0 travers le pays, me demandant si c&#8217;est vrai. Certains n&#8217;arrivent pas \u00e0 croire que c&#8217;est bien de mon quartier qu\u2019il est question. Je r\u00e9side \u00e0 Vridi-3 depuis 1970, et c\u2019est en 1973 que j\u2019ai d\u00e9finitivement am\u00e9nag\u00e9 ici. Avant cela, \u00e9tant ouvrier au port, je restais ici pendant les heures de travail. C\u2019est donc en 1973 que j\u2019ai organis\u00e9 les ressortissants du nord en association dans le quartier. En 1980, avec la cr\u00e9ation de la commune de Port-Bou\u00ebt, j\u2019ai ouvert l\u2019association \u00e0 tous les ressortissants du grand-nord de la commune. Avant de venir ici, j&#8217;habitais \u00e0 Adjam\u00e9 sur l\u2019actuel site du march\u00e9 de Gros, qui \u00e9tait un cimeti\u00e8re, et qu\u2019on appelait &#8221; quartier cimeti\u00e8re. Ce site a \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli en 1972. Nous ne sommes pas venus nous installer ici de notre propre initiative, c\u2019est le gouvernement qui nous a donn\u00e9 ce site pour le fumage de poissons. Puis en 1980, lorsque Mme Hortense Aka Anghui est venue solliciter nos voix pour devenir Maire de la commune, nous avons accept\u00e9 de voter pour elle. Ensuite, nous avons demand\u00e9 une \u00e9cole pour nos enfants. Nous avons construit trois classes, et le gouvernement a construit le reste. Par la suite, la Mairie a ouvert des routes d\u2019acc\u00e8s au quartier. Les ressortissants du grand-nord repr\u00e9sentent les trois quarts de la population du quartier. Nous sommes vraiment nombreux. La communaut\u00e9 ghan\u00e9enne est aussi pr\u00e9sente, car c\u2019est elle qui pratique la p\u00eache. Mes filles sont toutes dans l\u2019activit\u00e9 du fumage de poisson. Cette affaire de d\u00e9molition me rappelle de mauvais souvenirs. Le gouvernement sait tr\u00e8s bien qui vit ici et comment nous vivons. Il a d\u00e9j\u00e0 accept\u00e9 de construire un groupe scolaire, un centre de sant\u00e9, et nous a fourni l\u2019eau et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Nous avons d\u00e9sormais tout ce qu\u2019il nous faut. Ce \u00e0 quoi nous nous attendions, c\u2019\u00e9tait qu\u2019on vienne tout mettre en ordre afin de nous attribuer nos titres fonciers.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">En 2010, le Pr\u00e9sident Alassane Ouattara s\u2019est rendu ici pendant la campagne du premier tour. J&#8217;organisais des activit\u00e9s avec son grand fr\u00e8re, Gaoussou Ouattara, qui me connaissait tr\u00e8s bien. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 le premier, ce jour-l\u00e0, \u00e0 lui serrer la main. Je lui ai dit : &#8220;Bonne arriv\u00e9e, Monsieur le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Tu seras Pr\u00e9sident \u00e0 vie.&#8221; Il m\u2019a regard\u00e9 et m\u2019a dit merci. Je dis tout cela pour lui rappeler que nous sommes toujours ici avec nos familles. J&#8217;attends son retour pour qu&#8217;il d\u00e9veloppe mon quartier, et non pour le d\u00e9molir et me chasser. Qu&#8217;il vienne me donner le titre foncier qu\u2019il m\u2019a promis afin que je sois en paix.**<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Kra Kouassi Adjoumane, Chef des p\u00eacheurs ghan\u00e9ens : \u00ab Le Pr\u00e9sident F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny nous a demand\u00e9 de nous installer sur ce site pour pratiquer la p\u00eache. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">**Je demande pardon aux autorit\u00e9s ivoiriennes. En ce qui concerne la p\u00eache, c\u2019est nous, les Ghan\u00e9ens, qui travaillons ici. C\u2019est en 1962 que le Pr\u00e9sident F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny nous a demand\u00e9 de nous installer sur ce site pour pratiquer la p\u00eache. Je suis arriv\u00e9 ici en 1981. Sous l\u2019ancienne Maire de la commune de Port-Bou\u00ebt, Madame Hortense Aka Anghui, nous avions appris que nous serions chass\u00e9s d\u2019ici. Mais elle-m\u00eame \u00e9tait venue nous assurer que cela ne se produirait pas. C\u2019est donc la seconde fois que nous apprenons que le quartier sera d\u00e9moli. Je suis un citoyen ghan\u00e9en et je suis responsable des p\u00eacheurs qui r\u00e9sident ici. Je demande aux autorit\u00e9s ivoiriennes de ne pas nous chasser. Si nous quittons cet endroit, nous n\u2019avons nulle part o\u00f9 aller travailler. On nous a inform\u00e9s qu\u2019un site a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Grand-Bassam pour que nous y d\u00e9barquions nos produits de p\u00eache. Aujourd\u2019hui, je vous parle apr\u00e8s avoir perdu deux p\u00eacheurs \u00e0 Grand-Bassam, pr\u00e8s de l\u2019embouchure. C\u2019est un endroit dangereux, et nous n\u2019avons aucun autre lieu o\u00f9 aller. Nous demandons pardon aux autorit\u00e9s. Qu\u2019elles ne nous chassent pas d\u2019ici. C\u2019est nous qui ravitaillions le march\u00e9 en poissons. Les produits de notre p\u00eache sont vendus uniquement en C\u00f4te d\u2019Ivoire, pas \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Depuis 1962, notre communaut\u00e9 est install\u00e9e ici \u00e0 Vridi-3, et toutes nos \u00e9conomies y sont \u00e9galement. C\u2019est ici que nous avons b\u00e2ti nos vies. Nous sommes plus de 6 000 p\u00eacheurs ici. Vridi-3 est la capitale de la p\u00eache artisanale en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Nous avons trouv\u00e9 notre bonheur ici. Que les autorit\u00e9s ne nous chassent pas. Je demande pardon au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, parce que si Vridi-3 venait \u00e0 \u00eatre d\u00e9moli, nous, les Ghan\u00e9ens, serions chass\u00e9s de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, car nous n\u2019avons aucun autre endroit o\u00f9 aller. \u00bb<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Ou\u00e9draogo Boukary, Chef de la communaut\u00e9 burkinab\u00e8 : \u00ab J\u2019ai 22 enfants, partir du quartier serait un cauchemar. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab Nous sommes dans ce quartier depuis 1963. Le gouvernement de F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny nous a install\u00e9s ici pour que nous puissions pratiquer le fumage de poisson et le vendre. Depuis lors, nous n\u2019avons jamais enregistr\u00e9 de cas d\u2019inondation. Nous vivons en parfaite harmonie avec nos fr\u00e8res ivoiriens. Nous, les Burkinab\u00e8, constituons une part importante de la population vivant dans ce quartier. Certes, il y a de nombreux Ghan\u00e9ens, mais aussi un bon nombre de Maliens, de Guin\u00e9ens, et d&#8217;autres originaires de pays de la sous-r\u00e9gion. La population est estim\u00e9e \u00e0 environ 40 000 habitants. Cependant, je ne suis pas en mesure de vous donner le nombre exact de Burkinab\u00e8. Mais nous formons une communaut\u00e9 forte et bien int\u00e9gr\u00e9e ici. Si le quartier venait \u00e0 \u00eatre d\u00e9moli, nous ne savons pas o\u00f9 aller pour nous sentir aussi \u00e0 l\u2019aise qu\u2019ici. Je crains fort que beaucoup d&#8217;entre nous ne survivent \u00e0 une telle op\u00e9ration. Nombreux pourraient en p\u00e2tir. En ce qui me concerne, c\u2019est ici que j\u2019ai eu tous mes enfants. L\u2019a\u00een\u00e9 a 40 ans. J\u2019ai 22 enfants, dont 17 vivent encore avec moi ici. J\u2019ai deux \u00e9pouses. Toute ma vie est ici. Je ne me vois pas quitter ce quartier. Ce serait un v\u00e9ritable cauchemar. \u00bb<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Kan\u00e9 S\u00e9b\u00e9, Chef de la communaut\u00e9 Yacouba : \u00ab Je pense que la d\u00e9molition n\u2019est pas la solution. Nous vivons ici avec beaucoup de populations qui ont fui les d\u00e9molitions. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab Cette nouvelle de d\u00e9guerpissement nous a vraiment boulevers\u00e9s. Cet endroit est la pointe des fumeurs de poisson, o\u00f9 le travail principal est le fumage de poissons. Nous prions le gouvernement de nous permettre de continuer nos activit\u00e9s ici. La communaut\u00e9 Yacouba compte environ une trentaine de personnes. J&#8217;entends dire que ce quartier est majoritairement habit\u00e9 par des ressortissants ghan\u00e9ens. C\u2019\u00e9tait vrai par le pass\u00e9, car ils constituaient la majorit\u00e9 \u00e9crasante des p\u00eacheurs auxquels le Pr\u00e9sident F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny avait donn\u00e9 l\u2019autorisation de s\u2019installer pour mener leurs activit\u00e9s. Mais ce n\u2019est plus vrai aujourd\u2019hui. Nous sommes d\u00e9sormais un grand nombre d\u2019Ivoiriens ici. Je vous parle des familles de tous ces Ivoiriens ouvriers qui travaillent dans la zone portuaire. Nous avons aussi nos fr\u00e8res de la CEDEAO. L\u2019un des arguments avanc\u00e9s par les autorit\u00e9s est que le quartier a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 de fa\u00e7on anarchique. C\u2019est vrai qu\u2019il n\u2019y a pas de lotissement, mais je ne ma\u00eetrise pas cet aspect. Le quartier existe depuis 1962, et je suis arriv\u00e9 ici en 2002. Cependant, je pense qu&#8217;il pourrait y avoir une solution. Il suffirait que les autorit\u00e9s viennent proc\u00e9der \u00e0 un morcellement, et chacun de nous ferait le n\u00e9cessaire pour s\u2019offrir un terrain. Mais je pense que la d\u00e9molition n\u2019est pas la solution. Nous vivons ici avec beaucoup de personnes qui ont fui les d\u00e9molitions dans d\u2019autres quartiers de la commune. O\u00f9 irons-nous avec nos familles si le quartier devait \u00eatre d\u00e9moli ? Nous sommes tr\u00e8s pauvres. Nous demandons au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u2019avoir piti\u00e9 de nous. \u00bb<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Hyacinthe N&#8217;Gohoma Kouassi, Pasteur \u00c9glise Pentec\u00f4tiste : \u00ab Pour ceux qui poss\u00e8dent tous leurs biens ici, c\u2019est comme une fin de vie. C\u2019est plus que la mort. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab Cette d\u00e9molition annonc\u00e9e est une tr\u00e8s mauvaise nouvelle. Ces populations vivent ici, pour la plupart, depuis des d\u00e9cennies. Pour ceux qui poss\u00e8dent tous leurs biens ici, c\u2019est comme une fin de vie. C\u2019est plus que la mort. Ils ont des biens dont la valeur est estim\u00e9e \u00e0 plusieurs millions de F CFA. Ce serait d\u00e9plorable que tout cela leur soit enlev\u00e9 du jour au lendemain. Les autorit\u00e9s avancent l\u2019argument selon lequel le quartier est \u00e0 risque. Depuis 2015 que je suis ici, nous n\u2019avons jamais enregistr\u00e9 d\u2019inondations pendant la saison des pluies. Aucun des coll\u00e8gues pasteurs que j\u2019ai remplac\u00e9s n\u2019a non plus \u00e9voqu\u00e9 une telle situation par le pass\u00e9. Cela prouve que nous n\u2019habitons pas un quartier \u00e0 risque d\u2019inondations. Nous sommes sur une terre sablonneuse, tr\u00e8s perm\u00e9able \u00e0 l\u2019eau. Il n\u2019y a donc pas d\u2019inondations ici \u00e0 Zimbabwe. Concernant l\u2019occupation anarchique, je pense que la solution serait que les autorit\u00e9s lotissent le quartier et permettent \u00e0 ceux qui le peuvent de s\u2019offrir des parcelles. Cela fait 42 ans que certains vivent ici. C\u2019est toute une vie. Ce ne sera pas facile pour eux de se voir chasser et de se retrouver \u00e0 la rue. Le quartier apporte beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du pays. Certes, notre population a augment\u00e9, mais il faut comprendre que ce sont des populations avec peu de moyens, principalement des p\u00eacheurs et des ouvriers du port d\u2019Abidjan. Le quartier rencontre des difficult\u00e9s dans la gestion des ordures m\u00e9nag\u00e8res, car les v\u00e9hicules des soci\u00e9t\u00e9s de collecte ne parviennent pas \u00e0 entrer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur en raison de l\u2019\u00e9troitesse des ruelles. En cons\u00e9quence, certaines populations d\u00e9versent leurs ordures dans la lagune, cr\u00e9ant ainsi un spectacle peu reluisant pour ceux qui naviguent le long des eaux. Nous invitons donc les autorit\u00e9s \u00e0 nous aider \u00e0 \u00e9largir les ruelles, afin que les camions de ramassage d\u2019ordures puissent acc\u00e9der \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du quartier. Nous aurions aussi besoin de bennes \u00e0 ordures. Que les autorit\u00e9s pensent \u00e0 nous aider \u00e0 assainir notre environnement, plut\u00f4t que de vouloir nous chasser. Nous sommes une population disciplin\u00e9e et demandons aux autorit\u00e9s de nous laisser vivre ici en toute qui\u00e9tude.\u00a0 Nous vivons dans l\u2019un des quartiers les plus s\u00e9curis\u00e9s d\u2019Abidjan. Personne ne peut semer le d\u00e9sordre ici. Nous nous connaissons tous, et chacun est le gardien de l\u2019autre \u00bb.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Seydou Znoma, Imam : &#8220;Chasser quelqu&#8217;un d&#8217;ici, c&#8217;est le condamner \u00e0 la mort.&#8221;<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">&#8220;J&#8217;\u00e9tais pr\u00e9sent \u00e0 la r\u00e9union du 18 juillet 2024, tenue au Commissariat du 25e Arrondissement de police de Vridi. On nous a annonc\u00e9 qu&#8217;un recensement allait \u00eatre effectu\u00e9 en vue d\u2019un d\u00e9guerpissement. Ce jour-l\u00e0, on nous a m\u00eame refus\u00e9 le temps n\u00e9cessaire pour pr\u00e9parer moralement la population dans nos lieux de culte. D\u00e8s le lendemain, le recensement a commenc\u00e9. Nous avons accueilli cette nouvelle avec amertume et douleur. Certes, le quartier n&#8217;est pas loti, mais il a vu na\u00eetre et grandir de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations. Il est possible de le restructurer pour le conformer aux normes. Nous demandons au gouvernement de nous aider \u00e0 am\u00e9liorer notre quartier.\u00a0 Quand on parle de quartiers \u00e0 risque, le gouvernement devrait intervenir en interdisant, par exemple, le dragage de sable dans la lagune. De grandes entreprises effectuent des remblayages, occupant ainsi une large partie de la lagune. Depuis que nous vivons ici, nous n&#8217;avons jamais enregistr\u00e9 de d\u00e9g\u00e2ts dus aux saisons des pluies. Peut-\u00eatre que ces remblayages constituent le v\u00e9ritable danger pour notre quartier. C&#8217;est l\u00e0-dessus que le gouvernement devrait se concentrer, plut\u00f4t que de venir chasser des personnes d\u00e9munies. Nous sommes tellement pauvres que chasser quelqu&#8217;un ici, c&#8217;est le condamner \u00e0 la mort.&#8221;<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Ce qu\u2019en pensent les partis politiques<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Kouakou Kra, Vice-pr\u00e9sident du FPI : \u00ab Le d\u00e9guerpissement n&#8217;est pas mauvais en soi, mais&#8230; \u00bb<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">&#8220;Le d\u00e9guerpissement est un acte de gouvernance, qui doit toujours placer l&#8217;homme au centre, avec pour objectif de rendre les citoyens heureux. C&#8217;est le r\u00f4le de l&#8217;\u00c9tat. La loi est faite pour prot\u00e9ger le citoyen, non pour le contrarier. Les autorit\u00e9s exercent leur pouvoir par d\u00e9l\u00e9gation ; en r\u00e9alit\u00e9, le pouvoir appartient au peuple. On ne peut pas se voir d\u00e9l\u00e9guer le pouvoir et l&#8217;utiliser pour nuire \u00e0 ceux qui vous l&#8217;ont confi\u00e9, c&#8217;est ce qu&#8217;on appelle un abus d&#8217;autorit\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Malheureusement, chez nous, les questions de d\u00e9mocratie sont souvent mal g\u00e9r\u00e9es, ce qui cr\u00e9e un d\u00e9ficit d\u00e9mocratique. Le d\u00e9guerpissement n&#8217;est pas mauvais en soi, mais il doit \u00eatre fait sous certaines conditions : informer les populations, mener des enqu\u00eates pour comprendre la situation exacte, et trouver des mesures palliatives. Cependant, quand l&#8217;\u00c9tat agit sans discernement, cela peut devenir dangereux et entra\u00eener le d\u00e9sordre, et le d\u00e9sordre conduit \u00e0 la r\u00e9volution.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le manque de lotissement n&#8217;est pas le probl\u00e8me fondamental. L&#8217;\u00c9tat de C\u00f4te d&#8217;Ivoire a connu les lotissements depuis quand ? Le but de la cr\u00e9ation de l&#8217;\u00c9tat est d&#8217;am\u00e9liorer les conditions de vie des citoyens. La situation de l&#8217;\u00c9tat en 1960 et celle de 2024 ne peuvent pas \u00eatre compar\u00e9es ; il faut constamment chercher \u00e0 s&#8217;am\u00e9liorer. Si une zone n&#8217;est pas lotie, il est n\u00e9cessaire de consulter les populations pour trouver des solutions et int\u00e9grer ces zones dans le cadre de l&#8217;\u00c9tat, plut\u00f4t que d&#8217;utiliser la force pour les expulser. C&#8217;est l\u00e0 que r\u00e9side le v\u00e9ritable probl\u00e8me.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au Front Populaire Ivoirien (FPI), nous sommes d&#8217;accord pour embellir les villes, mais cela doit se faire dans des conditions humaines acceptables. Il est vrai qu&#8217;il y a des risques lorsqu&#8217;un espace n&#8217;est pas loti, car cela signifie qu&#8217;il ne respecte pas les normes. Mais ceux qui gouvernent ont la responsabilit\u00e9 de faire en sorte que ces normes soient respect\u00e9es. C&#8217;est comme un enfant qui na\u00eet sans extrait de naissance : ce n&#8217;est pas une raison pour le condamner. Il en va de m\u00eame pour les apatrides. L&#8217;apatridie est une situation qui doit \u00eatre g\u00e9r\u00e9e, et ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;une personne est apatride qu&#8217;elle doit \u00eatre bannie de la soci\u00e9t\u00e9. Ces situations peuvent \u00eatre r\u00e9gularis\u00e9es, tout en tenant compte des int\u00e9r\u00eats de l&#8217;\u00c9tat et des populations concern\u00e9es.&#8221;<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Dani\u00e8le Boni-Claverie, pr\u00e9sidente de l\u2019URD : &#8220;Nous sommes tous d&#8217;accord pour qu&#8217;Abidjan devienne la perle des lagunes, mais cela ne peut se faire dans les larmes de citoyens de seconde zone.&#8221;<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">&#8220;L\u2019URD n&#8217;est pas contre la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre de l&#8217;ordre dans l&#8217;espace public. La prolif\u00e9ration des quartiers informels, sous la pression d&#8217;une forte croissance urbaine, sans plan d&#8217;urbanisation, d\u00e9pourvus pour certains d&#8217;\u00e9quipements de base mais curieusement dot\u00e9s de services publics tels que des \u00e9coles et des centres de sant\u00e9, pose des probl\u00e8mes de pr\u00e9carit\u00e9, d&#8217;insalubrit\u00e9, d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9, et parfois provoque des inondations. Ce qui choque, ce sont les m\u00e9thodes brutales et inhumaines, qui ciblent des quartiers aux activit\u00e9s commerciales informelles mais vitales pour de nombreuses familles.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le quartier Zimbabwe existe depuis 62 ans et poss\u00e8de un centre de sant\u00e9 et des \u00e9coles primaires inscrites au programme scolaire. Comment l&#8217;\u00c9tat a-t-il pu laisser cette situation perdurer ? Pourquoi cette urgence soudaine, et comment expliquer que des commer\u00e7ants ill\u00e9gaux payent des taxes aux mairies ? L&#8217;\u00c9tat n&#8217;a pas de politique urbaine coh\u00e9rente, ce qui n&#8217;est malheureusement pas nouveau. Il faut donc revoir enti\u00e8rement ce mode de r\u00e9gulation.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Entre le laisser-faire et le tout casser, il existe une voie m\u00e9diane : l&#8217;anticipation administrative, la sensibilisation des populations, l&#8217;accompagnement, l&#8217;indemnisation et le relogement. Nous sommes tous d&#8217;accord pour qu&#8217;Abidjan devienne la perle des lagunes, mais cela ne peut se faire dans les larmes de citoyens de seconde zone, \u00e0 qui on a laiss\u00e9 croire pendant plus de 60 ans qu&#8217;une situation ill\u00e9gale pouvait devenir normale avec le temps. Il est donc urgent de penser \u00e0 une v\u00e9ritable politique de logement.&#8221;<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Olivier Akoto, d\u00e9put\u00e9 PDCI Daoukro : &#8220;L&#8217;objectif de la gouvernance est d&#8217;assurer le bien-\u00eatre de la population.&#8221;<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">&#8220;Concernant les d\u00e9guerpissements, j&#8217;ai un message clair : toutes les zones \u00e0 risque doivent \u00eatre \u00e9vacu\u00e9es, mais seulement apr\u00e8s une sensibilisation ad\u00e9quate, un d\u00e9dommagement juste, et un recasement des populations concern\u00e9es. Lorsque la sensibilisation n\u2019a pas eu lieu, que les personnes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9dommag\u00e9es ni recas\u00e9es, et qu&#8217;on les force \u00e0 quitter leur domicile tard dans la nuit, contre leur gr\u00e9, cela s&#8217;apparente \u00e0 de l&#8217;oppression, ce qui n&#8217;est pas humain.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Personne n&#8217;est \u00e0 l&#8217;abri de cette situation ; nous avons tous des proches dans ces localit\u00e9s. Il est donc important de ne pas politiser ces actions. Nous sommes en pleine rentr\u00e9e scolaire et en saison pluvieuse. Comment peut-on envisager de d\u00e9guerpir les populations d&#8217;une localit\u00e9 comme Zimbabwe dans de telles conditions ? Ce n&#8217;est pas normal. L&#8217;objectif de la gouvernance est d&#8217;assurer le bien-\u00eatre de la population, et cela passe par des actions participatives. Sensibiliser, d\u00e9dommager, recaser : ce sont des \u00e9tapes essentielles, quelles que soient les raisons derri\u00e8re un d\u00e9guerpissement. Il s&#8217;agit d&#8217;\u00eatres humains. Nous avons tous des parents dans ces localit\u00e9s, et une machine de d\u00e9molition ne fait pas de distinction entre un membre du RHDP, du PDCI ou du PPA-CI. Ce sont des p\u00e8res de famille, des enfants, et dans une semaine, c\u2019est la rentr\u00e9e scolaire. Est-ce qu&#8217;on pense \u00e0 cela ?&#8221;<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Ousmane Sy Savan\u00e9, pr\u00e9sident de la Commission communication et organisation des manifestations du PPA-CI : &#8220;Tous les d\u00e9guerpissements doivent s&#8217;accompagner de mesures sociales et \u00eatre men\u00e9s dans un esprit d\u00e9mocratique.&#8221;<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">&#8220;Notre r\u00e9action reste la m\u00eame pour tous les d\u00e9guerpissements, pas seulement pour le cas de Zimbabw\u00e9 . Nous avons d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 notre indignation \u00e0 travers une d\u00e9claration du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, et le parti a \u00e9galement pris position. Tous les d\u00e9guerpissements doivent s&#8217;accompagner de mesures sociales et \u00eatre men\u00e9s dans un esprit d\u00e9mocratique. Concernant Zimbabw\u00e9 en particulier, je n&#8217;ai pas tous les d\u00e9tails pour me prononcer sp\u00e9cifiquement sur ce cas. Cependant, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, nous ne sommes pas contre le d\u00e9veloppement, mais il est essentiel de placer l&#8217;homme au centre du d\u00e9veloppement.&#8221;<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Vassiriki Diaby, S\u00e9nateur RHDP du Kabadougou : &#8220;Le gouvernement est dans son droit et son devoir de faire respecter la r\u00e9glementation, et cela vise \u00e0 prot\u00e9ger les populations concern\u00e9es.&#8221;<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">&#8220;Je n&#8217;ai pas beaucoup d&#8217;informations pour le moment sur l&#8217;annonce de ce d\u00e9guerpissement ni sur les enjeux \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle nationale.En tant qu&#8217;\u00e9lu de la nation, repr\u00e9sentant de la r\u00e9gion de Kabadougou, je suis \u00e0 l&#8217;aise pour aborder les questions locales de cette r\u00e9gion. De m\u00eame, les questions nationales ne posent aucun probl\u00e8me pour moi. Quand je parle de questions nationales, je fais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des zones comme Port-Bou\u00ebt, dont vous parlez sp\u00e9cifiquement. Cependant, je vous ai dit que je ne dispose pas de tous les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires pour intervenir sur ce sujet pr\u00e9cis.\u00a0 Si la situation se d\u00e9veloppe et suscite un d\u00e9bat, je pourrais intervenir en tant qu&#8217;\u00e9lu. Mais pour l&#8217;instant, sur des annonces pour lesquelles je n&#8217;ai pas suffisamment d&#8217;informations, je ne peux pas me prononcer. Si vous posez une question sur des d\u00e9guerpissements qui ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu, comme dans le cas d&#8217;Adjam\u00e9 village, c&#8217;est diff\u00e9rent. Ce sont des faits \u00e9tablis, et le gouvernement a d\u00e9j\u00e0 pris des dispositions au niveau national pour traiter la question d&#8217;Adjam\u00e9. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je pense que l&#8217;\u00c9tat doit respecter les proc\u00e9dures lors des d\u00e9guerpissements. Il est essentiel que ceux qui ne sont pas en conformit\u00e9 avec les normes soient relog\u00e9s de mani\u00e8re appropri\u00e9e. Il faut suivre les proc\u00e9dures \u00e9tablies. Le gouvernement est dans son droit et son devoir de faire respecter la r\u00e9glementation, et cela vise \u00e0 prot\u00e9ger les populations concern\u00e9es. Comme je l&#8217;ai dit, \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle nationale, je suis globalement d&#8217;accord avec l&#8217;id\u00e9e de prot\u00e9ger les populations. L&#8217;objectif principal est leur protection. Dans ce sens, il est important de trouver des m\u00e9canismes pour les reloger dans des localit\u00e9s ad\u00e9quates tout en permettant au gouvernement de les accompagner convenablement. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>\u00a0Dossier r\u00e9alis\u00e9 par Claude Dass\u00e9,\u00a0 Jean Hubert Koffo , Adama Traor\u00e9 et Tour\u00e9 Abdoulaye\u00a0<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reportage exclusif dans le sous quartier Zimbabw\u00e9 \u00e0 Port-Bou\u00ebt, vis\u00e9 par un d\u00e9guerpissement d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 et plus ou moins in\u00e9vitable. Un d\u00e9guerpissement dont les populations ont \u00e9t\u00e9 averties, et qui a \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre suspendu du fait de l\u2019imminence de la rentr\u00e9e scolaire. 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