{"id":42637,"date":"2026-03-06T05:42:30","date_gmt":"2026-03-06T04:42:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=42637"},"modified":"2026-03-06T05:42:53","modified_gmt":"2026-03-06T04:42:53","slug":"interview-mouftaou-badarou-ecrivain-les-ecrivains-africains-daujourdhui-ne-demandent-plus-la-permission-dexister","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/interview-mouftaou-badarou-ecrivain-les-ecrivains-africains-daujourdhui-ne-demandent-plus-la-permission-dexister\/","title":{"rendered":"Interview-Mouftaou Badarou, \u00e9crivain : \u00ab Les \u00e9crivains africains d\u2019aujourd\u2019hui ne demandent plus la permission d\u2019exister\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Il est \u00e9crivain originaire du B\u00e9nin, aujourd\u2019hui install\u00e9 \u00e0 Paris. \u00c0 la plume, il\u00a0 s\u2019ajoute deux autres vocations : l\u2019\u00e9dition, qui lui permet d\u2019accompagner d\u2019autres voix, et le conseil dans l\u2019enseignement, o\u00f9 il transmet ce que les livres lui ont appris. Mouftaou Badarou , c\u2019est ce talent pluriel qui a accept\u00e9 de nous accorder cette interview pour d\u00e9voiler un pan de ses facettes.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>De votre B\u00e9nin natal \u00e0 la France, en passant par Africa N\u00b01, quel parcours ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mon itin\u00e9raire est celui d\u2019un homme guid\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t par les lettres. Apr\u00e8s un baccalaur\u00e9at en lettres et sciences humaines obtenu avec mention \u00e0 Porto-Novo en 1987, j\u2019int\u00e8gre l\u2019ENA du B\u00e9nin, o\u00f9 je d\u00e9croche le dipl\u00f4me d\u2019administrateur civil en 1991. Mais, en parall\u00e8le des \u00e9tudes administratives, les mots me poursuivent et me portent : en 1992, je deviens champion de Scrabble du B\u00e9nin et laur\u00e9at des Jeux de Lettres \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision nationale. Ce n\u2019\u00e9tait pas un simple jeu ; c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9claration d\u2019amour au langage. Cette passion me conduit au Gabon, o\u00f9 je rejoins la radio Africa N\u00b01 comme chef de la programmation. L\u00e0, j\u2019apprends la musique des voix, le rythme de l\u2019actualit\u00e9, la dramaturgie du direct. Apr\u00e8s cette exp\u00e9rience, je m\u2019offre une respiration : un s\u00e9jour linguistique d\u2019un an aux \u00c9tats-Unis. Puis, en d\u00e9cembre 2001, je pose mes valises \u00e0 Paris, avec la ferme intention de me consacrer davantage \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e0 la presse \u00e9crite. Je collabore avec plusieurs magazines africains avant de fonder le mien, Managers Afrique, le 13 mai 2007. En septembre 2017, je cr\u00e9e les \u00e9ditions Licht, afin de donner un \u00e9crin \u00e0 des textes exigeants et libres. Entre-temps, j\u2019ai publi\u00e9 trois recueils de nouvelles, deux recueils de po\u00e8mes, puis lanc\u00e9 en 2014 la s\u00e9rie d\u2019espionnage Jimmy Boris, qui compte aujourd\u2019hui cinq volumes et dont un sixi\u00e8me para\u00eetra prochainement. Chaque \u00e9tape de ce parcours r\u00e9pond \u00e0 une m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 : \u00e9crire, \u00e9diter, transmettre. En 2018, j\u2019ai fait\u00a0 une formation pratique au Centre de formation et perfectionnement des journalistes de Paris, puis en 2020, j\u2019ai\u00a0 fond\u00e9\u00a0 la soci\u00e9t\u00e9 Pedagogika, une entreprise de formation et de soutien \u00e0 l&#8217;enseignement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00c9crivain, \u00e9diteur, journaliste, enseignant : un homme pluriel. Comment doit-on vous d\u00e9finir ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les \u00e9tiquettes rassurent, mais elles enferment. Si je devais me d\u00e9finir avec simplicit\u00e9, je dirais : \u00e9crivain d\u2019abord, \u00e9diteur par exigence, consultant dans l\u2019enseignement par devoir de transmission. Tout le reste n\u2019est que d\u00e9clinaison d\u2019un m\u00eame attachement aux mots.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Dans quel genre litt\u00e9raire peut-on vous classer, quand on sait que vous surfez sur toutes les vagues de l\u2019\u00e9criture, preuve de votre talent ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut me d\u00e9finir comme un romancier. Le roman m\u2019offre l\u2019espace, la respiration, l\u2019architecture n\u00e9cessaire pour explorer le pouvoir, la m\u00e9moire, la trahison, l\u2019ambition. Mais la po\u00e9sie demeure ma source secr\u00e8te. Le feu sacr\u00e9 des vers classiques br\u00fble toujours en moi. Il n\u2019est pas exclu qu\u2019un troisi\u00e8me recueil voie le jour : la po\u00e9sie est une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pourquoi avez-vous revisit\u00e9 votre roman intitul\u00e9 \u00ab La vengeance d\u2019A\u00efcha Kadhafi \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parce qu\u2019un \u00e9crivain digne de ce nom est aussi un chercheur. Il creuse, il doute, il revient sur ses propres traces. La premi\u00e8re version, publi\u00e9e en 2018, ne me satisfaisait pas pleinement. Je sentais que le texte pouvait aller plus loin, plus profond, plus juste. Revisiter ce roman, c\u2019\u00e9tait dialoguer avec l\u2019homme que j\u2019\u00e9tais hier, et offrir aux lecteurs une \u0153uvre plus aboutie, plus tendue, plus ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment l\u2019id\u00e9e vous est-elle venue d\u2019\u00e9crire ce roman qui fait r\u00eaver \u00e0 une r\u00e9elle vengeance d\u2019A\u00efcha Kadhafi, surtout quand on sait le r\u00f4le d\u2019avocate qu\u2019elle a jou\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de son p\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle est n\u00e9e au hasard d\u2019une lecture. Je suis un lecteur insatiable ; je vis dans les livres comme d\u2019autres vivent dans les villes. Une journ\u00e9e sans lecture me semble incompl\u00e8te, presque orpheline. \u00c0 travers mes lectures sur la g\u00e9opolitique et les grandes figures controvers\u00e9es, une question s\u2019est impos\u00e9e : que reste-t-il d\u2019un nom, d\u2019un h\u00e9ritage, d\u2019une chute ? Et la fiction s\u2019est empar\u00e9e de cette interrogation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00ab Coup d\u2019\u00c9tat au Gabon \u00bb, \u00ab Une taupe \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e \u00bb, \u00ab La vengeance de Poutine \u00bb sont quelques titres de vos \u0153uvres litt\u00e9raires. Pourquoi c\u2019est le polar qui vous int\u00e9resse tant ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parce que le polar est le miroir le plus lucide du pouvoir. Derri\u00e8re l\u2019intrigue et le suspense se cachent les m\u00e9canismes r\u00e9els de la domination, de la manipulation, des jeux d\u2019influence. J\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment lu de romans d\u2019espionnage, et j\u2019en lis encore. J\u2019aime la tension dramatique, les labyrinthes strat\u00e9giques, les doubles identit\u00e9s. Le cin\u00e9ma d\u2019espionnage nourrit \u00e9galement mon imaginaire. Pour moi, le polar n\u2019est pas un simple divertissement : c\u2019est une radiographie du monde contemporain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Peut-on dire que M. Badarou est riche ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La richesse mat\u00e9rielle est vaine si l&#8217;on n&#8217;a pas un bon coeur. Elle procure l\u2019aisance, certes, mais non la paix int\u00e9rieure. Si richesse il y a, elle se mesure \u00e0 l\u2019estime de mes lecteurs, \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 de celles et ceux qui attendent mes livres, qui les discutent, qui les critiquent parfois, mais ne restent jamais indiff\u00e9rents. \u00catre riche de cette reconnaissance-l\u00e0 me suffit amplement.<\/p>\n<p><strong>Quel regard portez-vous sur la litt\u00e9rature africaine depuis la France, o\u00f9 vous vivez ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Depuis la France, mon regard sur la litt\u00e9rature africaine est \u00e0 la fois admiratif et vigilant. Admiratif, parce que le continent regorge de talents d\u2019une puissance rare, capables de faire entendre des voix singuli\u00e8res et universelles \u00e0 la fois. Les \u00e9crivains africains d\u2019aujourd\u2019hui ne demandent plus la permission d\u2019exister : ils imposent leur imaginaire, leur langue, leur vision du monde. Mais je demeure vigilant, car le regard \u00e9ditorial occidental tend parfois \u00e0 orienter les attentes : on attend de l\u2019auteur africain qu\u2019il parle de mis\u00e8re, de guerre, d\u2019exil ou de tradition. Or, la litt\u00e9rature africaine est infiniment plus vaste. Elle peut \u00eatre politique, romantique, philosophique, futuriste, polici\u00e8re, introspective. Vivre en France me donne une position d\u2019observateur privil\u00e9gi\u00e9 : je vois \u00e0 la fois l\u2019enthousiasme pour les lettres africaines et les filtres invisibles qui les encadrent. Mon engagement, en tant qu\u2019\u00e9crivain et \u00e9diteur, est de contribuer \u00e0 une litt\u00e9rature affranchie des assignations, une litt\u00e9rature qui n\u2019\u00e9crit pas pour correspondre \u00e0 une attente, mais pour dire une v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure. Car, au fond, la litt\u00e9rature africaine n\u2019a pas \u00e0 qu\u00e9mander une place : elle est d\u00e9j\u00e0 une force majeure de la litt\u00e9rature mondiale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9alis\u00e9e par Mamadou Ouattara<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est \u00e9crivain originaire du B\u00e9nin, aujourd\u2019hui install\u00e9 \u00e0 Paris. \u00c0 la plume, il\u00a0 s\u2019ajoute deux autres vocations : l\u2019\u00e9dition, qui lui permet d\u2019accompagner d\u2019autres voix, et le conseil dans l\u2019enseignement, o\u00f9 il transmet ce que les livres lui ont appris. 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