{"id":5815,"date":"2017-09-26T10:29:22","date_gmt":"2017-09-26T08:29:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=5815"},"modified":"2017-09-26T10:29:22","modified_gmt":"2017-09-26T08:29:22","slug":"chronique-litteraire-le-souffle-qui-sauve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/chronique-litteraire-le-souffle-qui-sauve\/","title":{"rendered":"Chronique  litt\u00e9raire : LE SOUFFLE QUI SAUVE"},"content":{"rendered":"<p>IO Gu\u00e9d\u00e9 est d\u00e9coratrice d\u2019int\u00e9rieur aimant intimement l\u2019harmonie en tout genres. Pr\u00e9sidente pendant quelques ann\u00e9es d\u2019une ONG pour l\u2019aide au bien-\u00eatre des quartiers pr\u00e9caires \u00e0 Abidjan. <!--more--><br \/>\nElle est actuellement et toujours artisan en harmonie d\u2019int\u00e9rieur et f\u00e9rue des belles phrases. Elle a cr\u00e9\u00e9e la page facebook : \u00ab Le chant des mots \u00bb qui propose de la po\u00e9sie sans professionnalisme<\/p>\n<p>A l\u2019aube, j\u2019entrouvre encore mes cuisses pour calmer ta faim.<br \/>\nTous les jours de ma vie comme ce jour, funeste envol de hiboux.<br \/>\nJe me l\u00e8ve enfin sur une fausse note, am\u00e8re au point de vomir.<br \/>\nLa naus\u00e9e persiste, elle crie dans mon ventre, faire quelque chose et \u00eatre enfin libre, libre.<\/p>\n<p>Depuis quelques temps ce mot me trotte dans la t\u00eate. Comme une petite voix douce et tranquille qui m\u2019apaise le reste du jour et qui me retient en vie. Libre d\u2019\u00eatre moi, heureuse de mon \u00e9tat. Quelconque, banale, vulgaire qualit\u00e9 humaine. Je n\u2019ai presque plus peur de ce quotidien abjecte qui tait mon \u00e2me emprisonn\u00e9e. Il est temps d\u2019ouvrir ma cellule.<br \/>\n10 juillet. Je suis belle ce matin, rayonnante de libert\u00e9, je viens de partir\u2026<br \/>\nJ\u2019ai quitt\u00e9 cet homme. J\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019homme sens\u00e9 \u00eatre l\u2019homme de ma vie. Cet homme \u00e0 qui j\u2019ai dit un jour oui sans motivation quelconque, juste oui, avan\u00e7ant comme tout le monde, le regard d\u00e9j\u00e0 perdu.<br \/>\nCe matin du 10 juillet, je vois de mes yeux le monde. Je respire l\u2019air, je projette mon corps contre le vent, je jette la cl\u00e9. Je jubile, c\u2019est presque douloureux le bonheur\u2026<br \/>\nJ\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que je partirai tr\u00e8s loin, dans ces pays ou le temps glisse sans complaintes, presque comme une caresse sucr\u00e9e. Ces pays que je ne connais pas, m\u00eame de nom. Existent-ils ?<\/p>\n<p>Un jour moins banal qu\u2019un autre, une \u00e9tincelle de lumi\u00e8re toucha mon \u00e2me. J\u2019\u00e9tais dans la cuisine, je pelais les pommes de terre en me disant que Ba trouverait s\u00fbrement une petite chose \u00e0 dire sur mon repas, comme \u00e0 son habitude : \u00ab pas assez \u00e9pic\u00e9, pas assez vari\u00e9 \u00bb, bref quelque chose qui montrait bien le peu d\u2019enthousiasme et de complicit\u00e9. Un robot aurait \u00e9t\u00e9 plus efficace dans le r\u00f4le de la parfaite m\u00e9nag\u00e8re. Mon esprit partait souvent \u00e0 vau l\u2019eau, cr\u00e9ant un \u00e9tat d\u2019anarchie totale dans mes pens\u00e9es, ce qui s\u2019apparentait plus \u00e0 une d\u00e9bile mentale r\u00e9citant inlassablement son \u00e9ternelle litanie.<br \/>\nJe souffrais sans le savoir, la pire des souffrances, celle qui vous tue avec votre consentement innocent. Combien de fois j\u2019ai pens\u00e9 que le d\u00e9nouement de mon existence \u00e9tait juste. Combien de fois j\u2019ai pens\u00e9 que la vie se prenait comme elle venait, avec plus de chaos que de joie.<br \/>\nJe finissais de peler les pommes de terre et soudain, je me redressais sur mon tabouret et fixais le n\u00e9ant. Je venais d\u2019entrevoir, avec les yeux de mon \u00e2me, la libert\u00e9.<br \/>\nQui avait dit que je devais \u00eatre une esclave ? Qui avait dit que mes yeux secs de tant de lassitude devaient se figer sur l\u2019obscurit\u00e9 ?<br \/>\nUne seconde peau rempla\u00e7ait la premi\u00e8re. Je sentais que tout mon corps changeait. Je sentais au fond de moi que mon esprit avait pris le pas et la direction des op\u00e9rations. Il transformait mon apparence pour me faire r\u00e9agir. Je voyais la nature luxuriante de la vie respirer devant mes yeux. Je voyais les rires, et l\u2019eau des ruisseaux me disait que le temps \u00e9tait arriv\u00e9. Tout devenait si simple. A ce moment, je d\u00e9cidais que je devais partir ou mourir. Je d\u00e9cidais de partir\u2026<\/p>\n<p>Plus jeune, je quittais le domicile de mon p\u00e8re, pour aller chez mon mari, j\u2019avais 18 ans. Entre mon mari et moi, un accord silencieux s\u2019installa tr\u00e8s vite. Je nettoie, je cuisine et s\u00fbrement, j\u2019\u00e9carte les cuisses, toujours, presque sans un mot. Je n\u2019ai plus mal, j\u2019ai toujours la naus\u00e9e, je vomi depuis une semaine. Dieu n\u2019a pas voulu que je garde l\u2019enfant dans mes entrailles. Je l\u2019ai tout de suite perdu, \u00e0 6 semaines. C\u2019est mieux. Un reste de tendresse m\u2019avais fait pleurer mais pas longtemps. Nous recommencions notre \u00ab vie \u00bb.<br \/>\nBa apparaissait soudain \u00e0 mes yeux, plus vil que d\u2019habitude et cette fois-ci, je pris conscience que ma vie valait peut-\u00eatre mieux que \u00e7a. Je n\u2019arrivais plus \u00e0 subir le quotidien sale. Je refusais l\u2019id\u00e9e toute faite de mon p\u00e8re et de la plus part des gens de mon entourage d\u2019alors, qu\u2019il ne fallait pas changer les choses et que mieux valait rester dans sa condition et l\u2019accepter pour \u00eatre heureux.<br \/>\nLe bonheur, je sais aujourd\u2019hui ce que c\u2019est : la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame et vivre par ses yeux.\u00a0 Ma vie, avant, \u00e9tait une \u00e9quation cruelle ou la femme \u00e9tait l\u2019\u00e9ternelle condition grossi\u00e8re : tu te tais, tu cuisine et tu \u00e9cartes\u2026du moins, c\u2019est ce que j\u2019avais ressenti.<br \/>\nJ\u2019ai pris ma d\u00e9cision. Plut\u00f4t mourir que continuer ainsi. Je pars.<\/p>\n<p>Mourir n\u2019est pas ce qu\u2019il y a de plus dur en fait ni de plus terrible. La mort de l\u2019espoir, du travail sur soi sont autant de d\u00e9parts. Ce jour-l\u00e0, le Destin m\u2019avait fait une fleur en soufflant dans ma direction. Il n\u2019avait pas d\u00fb appr\u00e9cier ma l\u00e9thargie. Il savait que j\u2019avais autre chose \u00e0 faire. J\u2019\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 un tel point de non-retour que ma nature profonde avait pris le dessus dans une lutte sans merci avec ma propre adversit\u00e9.<br \/>\nQue dois-je retenir ? Que quel que soit le degr\u00e9 de souffrance, nous avons toujours la possibilit\u00e9 de changer notre \u00e9tat, d\u2019amorcer le processus de lib\u00e9ration. Il demeure en nous, tapi et parfois, quand dans nos entrailles, un cri se fait entendre, c\u2019est que nous sommes pr\u00eats.<br \/>\nBa rentra ce jour-l\u00e0 comme d\u2019habitude, claquant la porte et d\u00e9posant son sac sur le meuble en rotin dans l\u2019entr\u00e9e. Il me salua et me demanda un verre d\u2019eau fra\u00eeche. Il fon\u00e7a dans la douche. Il \u00e9tait en sueur. Il faisait plus chaud que d\u2019habitude. Il sifflotait sous la douche, ce qui me persuadait encore plus que ma vie \u00e9tait ailleurs.<br \/>\n&#8211; Ba, Ba, comprends-tu la vie et ses intenses m\u00e9lodies ? Ba, sauras-tu accepter mon d\u00e9part? Ba, Ba\u2026<br \/>\nIl voulait satisfaire ses besoins sexuels, alors il accomplit son rituel avant de passer \u00e0 table. Amen.<br \/>\nCe soir-l\u00e0, je l\u2019ai regard\u00e9 dormir pendant un long moment. Ses ronflements me h\u00e9rissaient soudain les cheveux.<br \/>\nComment avais-je pu ne pas les entendre pendant toutes ces ann\u00e9es ? J\u2019ai 30 ans et combien d\u2019ann\u00e9es d\u2019existence ? Je respire aujourd\u2019hui\u2026<\/p>\n<p>IO.\u00a0 Gu\u00e9d\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IO Gu\u00e9d\u00e9 est d\u00e9coratrice d\u2019int\u00e9rieur aimant intimement l\u2019harmonie en tout genres. 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