{"id":6142,"date":"2017-10-17T13:01:00","date_gmt":"2017-10-17T11:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=6142"},"modified":"2017-10-17T13:01:00","modified_gmt":"2017-10-17T11:01:00","slug":"chronique-litteraire-jattends-mon-mari-de-lecrivain-karim-deya-lhomosexualite-et-lhomophobie-dans-nos-societes-africaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/chronique-litteraire-jattends-mon-mari-de-lecrivain-karim-deya-lhomosexualite-et-lhomophobie-dans-nos-societes-africaines\/","title":{"rendered":"Chronique  litt\u00e9raire : \u201cJ\u2019attends mon mari\u201d de l\u2019\u00e9crivain Karim Deya : L\u2019homosexualit\u00e9 et l\u2019homophobie dans nos soci\u00e9t\u00e9s africaines"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Le titre de l\u2019\u0153uvre et l\u2019image de la page de couverture plantent d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9cor : contraste. Plusieurs personnes s\u2019attendraient certainement \u00e0 voir l\u2019image d\u2019une femme mais c\u2019est plut\u00f4t l\u2019image d\u2019un homme bien viril et torse nu. <!--more-->En un mot, un homme qui attend son mari ; l\u2019illustration de la page de couverture est sans \u00e9quivoque sur la th\u00e9matique du livre de Karim Deya. Le personnage principal du texte assume son homosexualit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 presqu\u2019homophobe et son r\u00e9cit d\u00e9fend cette th\u00e8se d\u2019injustice sociale pour ceux qui ont choisi une orientation sexuelle diff\u00e9rente de plusieurs. Pour l\u2019auteur, les diff\u00e9rences doivent \u00eatre une richesse et non des raisons d\u2019aversion collective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire se passe au S\u00e9n\u00e9gal. Ce pays de la T\u00e9ranga o\u00f9 le pr\u00e9sident Macky Sall a r\u00e9pondu au pr\u00e9sident Barak Obama que les S\u00e9n\u00e9galais n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eats \u00e0 accueillir l\u2019homosexualit\u00e9 comme une valeur, lors d\u2019une des visites officielle de l\u2019ex Pr\u00e9sident Am\u00e9ricain en au S\u00e9n\u00e9gal Cela donne une id\u00e9e du contexte social, politique et religieux strictement homophobe. Dans ce pays, les homosexuels sont appel\u00e9s les \u00ab Goor Jigen \u00bb, ce qui est pour l\u2019auteur, la preuve d\u2019une stigmatisation. Il dit \u00e0 la page 35 : \u00ab Ces Goor Jigen troublaient la qui\u00e9tude des honn\u00eates gens en adoptant ostensiblement des airs de fille-gar\u00e7on \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur d\u00e9crit dans le d\u00e9but de son r\u00e9cit le contexte, l\u2019environnement, les frustrations et situations difficiles qui ont justifi\u00e9 le choix du personnage principal (Thiossane) vers une orientation sexuelle \u00ab diff\u00e9rente \u00bb de plusieurs. Thiossane est le fils unique de Yaye Aminata Sarr qui est une femme soumise, r\u00e9sign\u00e9e, calme et surtout taciturne. Quand elle ouvre la bouche, c\u2019est pour prononcer les m\u00eames paroles : \u00ab\u00a0 ne g\u00e2che pas ma coiffure \u00bb, ou \u00ab ne salit pas mes v\u00eatements \u00bb ou \u00ab\u00a0 que vont dire les gens ? \u00bb. Elle fait un premier mariage avec son p\u00e8re qui l\u2019accuse injustement d\u2019adult\u00e8re et ne le reconna\u00eet pas. Malgr\u00e9 les humiliations de son p\u00e8re, la nature taciturne de sa m\u00e8re la laisse sans r\u00e9action. Elle est plus tard r\u00e9pudi\u00e9e apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 battue violemment. Quelques ann\u00e9es plus tard, sa m\u00e8re contracte un mariage avec un chr\u00e9tien que l\u2019auteur d\u00e9crit comme \u00ab totalitaire \u00bb. Elle se fait baptiser et porte le nom de Marie Elisabeth. Son nouveau mariage la contraint \u00e0 rompre les liens avec sa famille musulmane et \u00e0 se s\u00e9parer de son fils Thiossane. Celui-ci \u00e0 9 ans, et est frapp\u00e9 dans la m\u00eame ann\u00e9e d\u2019une impr\u00e9visible maladie qui le rend tragiquement sourd : double malheur. Il r\u00e9ussit \u00e0 transcender ce mal dans sa d\u00e9votion pour les \u00e9tudes ; il r\u00e9ussit aussi \u00e0 sublimer les inh\u00e9rentes frustrations et souffrances morales. \u00ab Il devient tactile \u00bb comme il le dit, pratique la masturbation et fait la rencontre par hasard de son amant : Moctar sa\u00efdou B\u00e2. Il dit \u00e0 la page 23 : \u00ab De mon amour pour Moctar Sa\u00efdou B\u00e2, j\u2019ai appris les affres de la stigmatisation, les subtilit\u00e9s du sentiment d\u2019impuissance. J\u2019ai su l\u2019injustice, la r\u00e9volte, la voie cahotante qui m\u00e8ne au d\u00e9sarroi. J\u2019ai su l\u2019envers du d\u00e9cor des rires, les espoirs qui \u00e9tiolent un beau matin sans porter de fruits. A l\u2019origine : une rencontre amoureuse comme tant d\u2019autres, \u00e0 l\u2019encran. A la fin, une liaison sous les hu\u00e9es, des tourments \u00e0 n\u2019en point se tarir. Mais j\u2019ai fini par apprendre \u00e0 aimer la force de vouloir, m\u00eame s\u2019il y a pour toujours quelque chose d\u2019insolite dans mon existence de nature \u00e0 m\u2019accoupler \u00e0 l\u2019interdit et \u00e0 me faire placer la nuit avant le jour. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Victime de surdit\u00e9 et abandonn\u00e9 par sa m\u00e8re, l\u2019auteur d\u00e9crit dans la suite du r\u00e9cit de Thiossane, la consolation dans cet amour pour Moctar Sa\u00efdou B\u00e2. Cela lui donne une raison de vie, il se sent heureux et \u00e9panoui, il ne fait plus cas de ses souffrances morales et de son handicap. Mais c\u2019est une relation amoureuse qui ne peut se vivre dans un contexte social homophobe. Les amants en souffrent et cherchent une solution devant cet obstacle. L\u2019auteur d\u00e9crit dans la suite de son r\u00e9cit la stigmatisation dont souffre les homosexuels. Thiossane dit \u00e0 la page 23 : \u00ab Je suis p\u00e9d\u00e9, atteint de surdit\u00e9, Africain en Afrique et pauvre. Quelle affaire ! Mais je suis comme tout le monde, je ris, je pleure, je fatule, je me f\u00e2che, je mens, je b\u00eatifie, j\u2019aime, et je hais. Je suis comme tout le monde. J\u2019ai juste une perception des choses qui ne me laisse aucun r\u00e9pit visuel. J\u2019ai toujours les yeux aux aguets, un peu comme si par ce voyeurisme, j\u2019\u00e9tais d\u00e9sireux de colmater la br\u00e8che de mon ou\u00efe d\u00e9faillante. Et le pis est que \u00e7a marche au d\u00e9sespoir ! Ce que mes yeux parviennent. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sociologues et anthropologues nous disent que l\u2019homosexualit\u00e9 a exist\u00e9 chez certains peuples d\u2019Afrique dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et que la colonisation en imposant sa religion, a contribu\u00e9 \u00e0 faire dispara\u00eetre cette orientation et pratique sexuelle. Les homosexuels sont donc contraints \u00e0 vivre leur relation dans la clandestinit\u00e9 comme Thiossane. L\u2019auteur s\u2019efforce \u00e0 faire comprendre et convaincre le lecteur que les homosexuels sont des personnes comme tout le monde et invite la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 plus de tol\u00e9rance. Il y a de la r\u00e9volte dans les \u00e9crits de l\u2019auteur contre la violence de la stigmatisation dont sont victimes les \u00ab Goor Jigen \u00bb. Les personnages religieux sont d\u00e9crits avec ironie et des qualificatifs de bourreaux. Car l\u2019auteur semble les accuser d\u2019\u00eatre les auteurs et principaux contributeurs \u00e0 promouvoir la censure de l\u2019homosexualit\u00e9 dans la conscience et le subconscient de tous. C\u2019est le cas de son beau-p\u00e8re qu\u2019il qualifie de \u00ab chr\u00e9tien totalitaire \u00bb et de cet iman libertin qui fit profaner le corps du fils d\u2019une de ses fid\u00e8les parce qu\u2019elle a refus\u00e9 d\u2019avoir des rapports sexuelles avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur r\u00e9pond aux homophobes qui jugent l\u2019homosexualit\u00e9 sur la base de \u00ab la normalit\u00e9 \u00bb et des positions religieux qui justifient son interdiction et condamnation. A la page 74, l\u2019auteur dit ceci : \u00ab Et puis, qu\u2019est-ce que la normalit\u00e9 en soi ? Un simple petit pain b\u00e9ni que les religions font multiplier depuis la nuit des temps dans le d\u00e9sert des cervelles tendres. La normalit\u00e9 est un br\u00e9viaire d\u2019usages et de tabous comportementaux, n\u00e9s le plus souvent de mythes et de croyances en vigueur dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, quoique certaines dispositions normatives semblent avoir une r\u00e9sonnance universelle. La normalit\u00e9 est une tentative de formatage des \u00e9lans humains, s\u00e9culairement admise par les soci\u00e9t\u00e9s comme l\u2019\u00e9talon de ce qui humainement digne. C\u2019est une atrophie de nature essentiellement religieuse inculqu\u00e9e au censeur ontologique qui est en chaque homme et que les philosophes ont appel\u00e9 couramment \u00ab conscience \u00bb. La normalit\u00e9 est la m\u00e8re des totems. C\u2019est aussi l\u2019amant saphique de la coutume qui prodigue au fil des si\u00e8cles d\u2019exotiques feuilles rose. C\u2019est la normalit\u00e9 qui se cache dans la raideur de la soutane du cur\u00e9 et donne cette prestance inqui\u00e9tante aux messes blanches. C\u2019est la normalit\u00e9 qui fait voltiger les boubous pieux lors de g\u00e9nuflexions des prieurs mahom\u00e9tans. C\u2019est elle la conceptrice de la charia, des sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux\u00a0 et des huit vertus chr\u00e9tiennes !&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut reconna\u00eetre \u00e0 Karim Deya la puissance de son vocabulaire. Certains disent qu\u2019il faut avoir un dictionnaire pr\u00e8s de soi pour le lire et pouvoir le comprendre. Son style d\u2019\u00e9criture montre le poids de sa culture. Si certains disent que la th\u00e9matique de son livre est d\u2019actualit\u00e9 et d\u2019autres pensent plut\u00f4t qu\u2019il est tabou, son r\u00e9cit captive le lecteur et donne envie de comprendre le sujet qu\u2019il d\u00e9fend de toute ses forces avec une grande conviction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Yahn Aka<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ecrivain-Editeur-promoteur culturel<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le titre de l\u2019\u0153uvre et l\u2019image de la page de couverture plantent d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9cor : contraste. 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