{"id":743,"date":"2016-10-19T00:24:28","date_gmt":"2016-10-18T22:24:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=743"},"modified":"2016-10-19T00:24:28","modified_gmt":"2016-10-18T22:24:28","slug":"anniversaire-de-naissance-andre-silver-konan-devoile-les-rapports-secrets-du-colon-sur-houphouet-boigny","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/anniversaire-de-naissance-andre-silver-konan-devoile-les-rapports-secrets-du-colon-sur-houphouet-boigny\/","title":{"rendered":"Anniversaire de naissance :  Andr\u00e9 Silver Konan d\u00e9voile les rapports secrets du colon sur Houphou\u00ebt-Boigny"},"content":{"rendered":"<p>Les rapports secrets du colon sur Houphou\u00ebt Boigny n\u2019ont pas manqu\u00e9, entre 1925 et 1945. Pendant vingt ans, l&#8217;administration coloniale produisait rapports sur rapports, sur le futur &#8220;p\u00e8re fondateur&#8221;. Dans ce texte, je vous rapporte certains. Bonne lecture !<!--more--><\/p>\n<p>Apr\u00e8s son retour de Dakar, le jeune m\u00e9decin africain F\u00e9lix Houphou\u00ebt Dia (20 ans) est mut\u00e9 \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital central d&#8217;Abidjan. Nous sommes en novembre 1925. Acte un: 7 octobre 1926. Louis Bouffard, m\u00e9decin principal des troupes coloniales et chef du service de sant\u00e9 de la C\u00f4te d&#8217;Ivoire produit le premier rapport.<\/p>\n<p><strong>Proph\u00e9tie coloniale<\/strong><br \/>\nRapport proph\u00e9tique, s&#8217;il en est ! \u00ab Excellent collaborateur qui, depuis un an qu&#8217;il sert \u00e0 Abidjan, a fait preuve de belles qualit\u00e9s professionnelles et semble, s&#8217;il persiste dans la trac\u00e9e, \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 un bel avenir \u00bb. Bel avenir ! Vous avez bien lu. Un an plus tard, le m\u00e9decin-major Henry, chef du service de sant\u00e9 rench\u00e9rit. \u00ab Le m\u00e9decin auxiliaire de 3\u00e8 classe Houphou\u00ebt poss\u00e8de de r\u00e9elles qualit\u00e9s techniques et se tient d&#8217;une fa\u00e7on tr\u00e8s digne \u00bb.<br \/>\nTr\u00e8s vite, le jeune fonctionnaire r\u00e9colte des lauriers. En effet, un mois apr\u00e8s sa prise de fonction, il re\u00e7oit le prix le plus prestigieux du milieu m\u00e9dical, de l\u2019\u00e9poque. Laur\u00e9at de la Soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9dico-chirurgicale de l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest. Sa r\u00e9compense : cinq ouvrages de m\u00e9decine. Plut\u00f4t mince, Lol ! D\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e9crit Jean No\u00ebl Loucou, \u201cIl m\u00e8ne une vie r\u00e9gl\u00e9e et presque asc\u00e9tique en s&#8217;interdisant certains plaisirs : la danse, l&#8217;alcool et le tabac. Il s&#8217;exerce ainsi (&#8230;) \u00e0 \u00eatre ma\u00eetre de soi\u201d. Alors, Houphou\u00ebt profite de sa notori\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Abidjan, pour mettre sur pied l\u2019Amicale des agents africains du service de sant\u00e9 d&#8217;Abidjan. Le colon d\u00e9tecte d\u00e9j\u00e0 ses vell\u00e9it\u00e9s d\u2019ind\u00e9pendance.<br \/>\nDe fait, d\u00e8s son retour de Dakar, il s\u2019\u00e9tait fait remarquer par ses sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques fran\u00e7ais, par son refus de l&#8217;indemnit\u00e9 de premi\u00e8re installation. Clair, ils en sont rest\u00e9s frustr\u00e9s. Le m\u00e9decin major Henry fait donc muter le jeune m\u00e9decin \u00e0 Guiglo. A cette \u00e9poque, Guiglo est ce qu&#8217;est Minignan (chacun comprend ce que je veux dire) aujourd\u2019hui, pour certains. Tout simplement parce que la r\u00e9gion est sous une administration militaire s\u00e9v\u00e8re. Le commandant de cercle est un sanguinaire. Au sens propre du terme. En mai 1927, ce commandant rustre, l&#8217;invite personnellement \u00e0 assister \u00e0 une ex\u00e9cution capitale. Celle d&#8217;un &#8220;fauteur de trouble&#8221; indig\u00e8ne. Houphou\u00ebt refuse fermement. Surprise, le capitaine Henry (c\u2019est le nom du commandant de cercle) respecte son int\u00e9grit\u00e9.<br \/>\nFin 1927, il \u00e9crit ce qui suit, en parlant d&#8217;Houphou\u00ebt. \u00ab Je crois devoir faire conna\u00eetre les magnifiques r\u00e9sultats qu&#8217;il a obtenus tant au dispensaire que dans les tourn\u00e9es faites presque toujours en ma compagnie. Le nombre des consultations a quadrupl\u00e9 depuis son arriv\u00e9e et le charlatanisme a tendance \u00e0 dispara\u00eetre dans le cercle\u201d. Ajoutant : \u201cIl a conquis la confiance de la plus grande partie de la population par ses soins de bienveillance et ses r\u00e9sultats\u201d. Il n\u2019emp\u00eache, le capitaine Henry n\u2019appr\u00e9cie pas les vell\u00e9it\u00e9s &#8220;anarchistes&#8221; du jeune m\u00e9decin. De ce fait, il bloque sa promotion, pendant deux ans. Mais le 17 septembre 1929, l\u2019administration coloniale finit par le promouvoir, et l\u2019affecte \u00e0 Abengourou.<br \/>\nDans cette r\u00e9gion, sa conscience politique se forge. A la suite de la discrimination dans la fixation du prix du cacao. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019il \u00e9crit son pamphlet au titre vengeur : \u201cOn nous a trop vol\u00e9s !\u201d. Nous sommes le 22 d\u00e9cembre 1932.<br \/>\nhttp:\/\/www.andresilverkonan.com\/2016\/10\/17\/on-nous-a-trop-voles-article-houphouet\/<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode de l\u2019article, Houphou\u00ebt re\u00e7oit une demande d\u2019explication. Sign\u00e9e du gouverneur Joseph Bourgine qui assure l&#8217;int\u00e9rim de la colonie, pendant l&#8217;absence du gouverneur titulaire, Fran\u00e7ois Reste. Toutefois, point de sanction. Cependant, le syst\u00e8me colonial a la rancune tenace. 14 novembre 1933: le chef de service d\u2019Houphou\u00ebt \u00e9crit un rapport sur celui-ci. Sa conclusion est sans appel. Le jeune m\u00e9decin est &#8220;proposable pour le grade sup\u00e9rieur, mais non propos\u00e9&#8221;. Fin de la discussion ! Le 3 f\u00e9vrier 1934, le trublion est affect\u00e9 \u00e0 Dimbokro. 6 septembre 1936: un rapport confidentiel de l\u2019administrateur commandant de cercle dresse son portrait. \u00ab Sa puissance de travail est consid\u00e9rable. Le chiffre de ses consultations a cr\u00fb dans des proportions \u00e9normes. Son d\u00e9vouement \u00e0 ses fonctions est inlassable, sa bourse toujours ouverte aux d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s et aux n\u00e9cessiteux \u00bb.<br \/>\nDeux apr\u00e8s, Houphou\u00ebt re\u00e7oit une autre promotion et est affect\u00e9 \u00e0 Toumodi. La ville n\u2019est pas loin de Yamoussoukro. Il se rend r\u00e9guli\u00e8rement dans son village natal. A la fois, pour s\u2019occuper de ses champs, que pour organiser la r\u00e9sistance. En 1938, le commandant rench\u00e9rit: \u201cHouphou\u00ebt avait du commandement et voulait am\u00e9liorer les conditions de vie de ses administr\u00e9s. Il en a assez de savoir qu&#8217;il est tr\u00e8s riche, mais qu&#8217;il ne peut rien d\u00e9penser. Ses r\u00e9serves d&#8217;or l&#8217;ennuient parce qu&#8217;elles dorment\u201d. Il continue: \u201cLe cercle doit \u00e0 Augustin Houphou\u00ebt gr\u00e2ce \u00e0 F\u00e9lix Houphou\u00ebt, un essai de modernisme, dans ce pays qui rappelle tant la f\u00e9odalit\u00e9. Il lui doit un village moderne, \u00e0 Yamoussoukro, sur le grand axe intercolonial\u201d. Le colon rappelle la belle maison d\u2019Houphou\u00ebt, qu\u2019il qualifie de \u201cch\u00e2teau de famille\u201d. Il estime sa valeur \u00e0 300 000 F environ, ce qui peut faire plus de 300 millions FCFA de notre \u00e9poque. Je fais l\u00e0 une estimation personnelle&#8230; #JeD\u00e9conne<br \/>\nLe rapport d\u00e9crit: \u201cA c\u00f4t\u00e9 : des villas (l&#8217;une d&#8217;elle est d\u00e9j\u00e0 construite). Plus loin, dans le fond, huit rang\u00e9es de cases, hautes, larges, a\u00e9r\u00e9es. Tout un urbanisme qu&#8217;on est heureux de d\u00e9couvrir. Il convient de pr\u00e9ciser (pour l&#8217;avenir) que F\u00e9lix Houphou\u00ebt est m\u00e9decin auxiliaire. Il a dans le pays, un immense prestige, celui d&#8217;un grand nom, celui du gendre de Boa Kouassi, le roi de l&#8217;Ind\u00e9ni\u00e9. Celui aussi de sa propre famille, une des plus anciennes et des plus connues de la r\u00e9gion. Il sera bient\u00f4t en disponibilit\u00e9 et veut exercer gratuitement pour l&#8217;am\u00e9lioration de la sant\u00e9 de ses cong\u00e9n\u00e8res&#8221;.<br \/>\nSon chef de service l\u2019interpelle \u00e0 plusieurs reprises et produit rapports sur rapports. En 1938, il lui demande fermement de \u00ab choisir entre le service de sant\u00e9 et la politique locale \u00bb. Houphou\u00ebt n\u2019h\u00e9site pas, une seconde. Surtout qu\u2019un \u00e9v\u00e8nement inattendu le d\u00e9termine, pour de bon. Son fr\u00e8re cadet, Augustin Houphou\u00ebt d\u00e9c\u00e8de et laisse la chefferie de canton des Akou\u00e9s, vacante. Houphou\u00ebt d\u00e9cide alors, d\u2019arr\u00eater la m\u00e9decine. \u00ab M. Houphou\u00ebt F\u00e9lix, est mis en service d\u00e9tach\u00e9 dans la position de cong\u00e9 hors-cadre, en vue de sa nomination \u00e0 la chefferie des Akou\u00e9s (cercle de Dimbokro)\u00bb.<br \/>\nL\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u00b01896 du 8 juin 1939 est sign\u00e9 du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;AOF, M. Mondon. Le plus jeune retrait\u00e9 de C\u00f4te d\u2019Ivoire, a alors 34 ans. Il finit sa carri\u00e8re avec le grade de m\u00e9decin auxiliaire de premi\u00e8re classe. Une nouvelle aventure commence pour lui.<br \/>\nEn 1945, le gouverneur Andr\u00e9 Latrille en personne, produit un rapport destin\u00e9 \u00e0 Paris. Il donne son impression personnelle. \u00ab F\u00e9lix Houphou\u00ebt montra le plus grand z\u00e8le dans ses nouvelles fonctions. Par la seule persuasion, il am\u00e9liora peu \u00e0 peu l&#8217;hygi\u00e8ne des villages et les plantations indig\u00e8nes. Poss\u00e9dant par h\u00e9ritage une solide fortune, il construisit \u00e0 ses frais un dispensaire \u00e0 Yamoussoukro. Son h\u00e9ritage paternel comprenait une importante plantation de caf\u00e9iers et de cacaoyers. Il organisa scientifiquement cette plantation et, malgr\u00e9 des difficult\u00e9s d&#8217;embauchage de volontaires, propres aux planteurs africains, il obtint un rendement de 500 kilos \u00e0 l&#8217;hectare pour le cacao. Ces chiffres (qui ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9s par la mission d&#8217;inspection du travail) sont pour le caf\u00e9 le rendement moyen d&#8217;une bonne plantation europ\u00e9enne. Ils sont pour le cacao, sup\u00e9rieurs \u00e0 tous les rendements des plantations europ\u00e9ennes. Je r\u00e9p\u00e8te que ces r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 obtenus malgr\u00e9 une insuffisance de main-d&#8217;\u0153uvre due aux obstacles apport\u00e9s jusqu&#8217;\u00e0 ces derniers temps, \u00e0 l&#8217;embauche des volontaires. Ils seront largement d\u00e9pass\u00e9s dans la prochaine ann\u00e9e ! On peut donc dire que la plantation du chef de canton F\u00e9lix Houphou\u00ebt constitue une des entreprises pilotes pr\u00e9conis\u00e9es par la conf\u00e9rence de Brazzaville. Il est particuli\u00e8rement satisfaisant de constater que cette situation est l&#8217;\u0153uvre d&#8217;un Africain enti\u00e8rement form\u00e9 par la civilisation fran\u00e7aise \u00bb.<\/p>\n<p><strong>La confession d&#8217;Andr\u00e9 Latrille<\/strong><br \/>\nCertes, le gouverneur tente de faire croire que le succ\u00e8s d\u2019Houphou\u00ebt est d\u00fb \u00e0 l\u2019encadrement colonial. Il ne demeure pas moins qu\u2019il confesse \u201cles obstacles apport\u00e9s\u201d par l\u2019administration coloniale, sans (la) les citer. 1945 ! C\u2019est la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale et le d\u00e9but de la concr\u00e9tisation politique de la lutte anti-coloniale d\u2019Houphou\u00ebt. Ainsi na\u00eet le Syndicat agricole africain. A 40 ans, une autre vie commence, pour le m\u00e9decin africain&#8230;<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Silver Konan<br \/>\nhttp:\/\/www.andresilverkonan.com\/2016\/10\/18\/les-rapports-secrets-du-colon-sur-houphouet\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les rapports secrets du colon sur Houphou\u00ebt Boigny n\u2019ont pas manqu\u00e9, entre 1925 et 1945. Pendant vingt ans, l&#8217;administration coloniale produisait rapports sur rapports, sur le futur &#8220;p\u00e8re fondateur&#8221;. Dans ce texte, je vous rapporte certains. 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