{"id":8479,"date":"2018-06-18T11:34:55","date_gmt":"2018-06-18T09:34:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=8479"},"modified":"2018-06-18T11:34:55","modified_gmt":"2018-06-18T09:34:55","slug":"la-chronique-du-lundi-connaissez-vous-cdb-et-eximbank-les-deux-policy-bank-chinoises-qui-ont-seduit-lafrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-chronique-du-lundi-connaissez-vous-cdb-et-eximbank-les-deux-policy-bank-chinoises-qui-ont-seduit-lafrique\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DU LUNDI : CONNAISSEZ-VOUS CDB ET EXIMBANK, LES DEUX \u00abPOLICY BANK\u00bb CHINOISES QUI ONT SEDUIT L\u2019AFRIQUE ?"},"content":{"rendered":"<p>Qui finance aujourd\u2019hui le d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique ? R\u00e9ponse : la Chine essentiellement. En un peu plus de 10 ans, la Chine est devenue, en termes de financement du d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique, le premier bailleur de fonds. <!--more-->Deux chiffres le montrent : la Chine a pr\u00eat\u00e9 63 milliards de dollars aux pays africains entre 2000 et 2015. Durant la m\u00eame p\u00e9riode, les Etats-Unis n\u2019ont accord\u00e9 que 1,7 milliard de dollars \u00e0 des pays africains. Autre pr\u00e9cision : la Chine d\u00e9tient aujourd&#8217;hui plus d&#8217;actifs que les actifs combin\u00e9s des banques de d\u00e9veloppement multilat\u00e9rales soutenues par l&#8217;Occident. La Chine, qui dispose de 4 000 milliards de dollars qu\u2019elle souhaite investir partout dans le monde, utilise, comme \u00ab force de frappe \u00bb financi\u00e8re, deux \u00ab policy bank \u00bb : la Banque de D\u00e9veloppement de Chine (CDB) et l&#8217;Export-Import of China (Eximbank), les deux offrant un choix tr\u00e8s large de produits financiers, notamment des financements concessionnels et non concessionnels. Selon, Fran\u00e7ois Fournier, un ancien banquier, pr\u00e9sident de Villerville Finance qui travaille avec Eximbank of China : \u00ab .Les \u00ab policy bank \u00bb chinoises ont s\u00e9duit l\u2019Afrique pour trois raisons : d\u2019abord, la Chine s\u2019inscrit dans une logique de renforcement de la coop\u00e9ration Sud-Sud qui offre aux dirigeants africains une alternative qui les sort du carcan du syt\u00e8me de financement occidental ; ensuite, la Chine ne fait pas de politique en mati\u00e8re de financement, elle n\u2019impose pas des conditions politiques et sociales contraignantes ; enfin, les pr\u00eats concessionnels chinois \u00e0 2 % sur une longue p\u00e9riode sont tr\u00e8s concurrentiels. \u00bb La Banque de d\u00e9veloppement de Chine (CDB) et l&#8217;Export-Import of China (Eximbank) sont ainsi amen\u00e9s \u00e0 g\u00e9rer un certain nombre de fonds bilat\u00e9raux et multilat\u00e9raux destin\u00e9s \u00e0 l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Strat\u00e9gie chinoise : uniquement des financements et des pr\u00eats contre des ressources ?<br \/>\nPr\u00e9sente en Afrique depuis longtemps, la Chine a, ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, r\u00e9orient\u00e9 ses relations avec l\u2019Afrique selon un principe simple : financements contre ressources. Organis\u00e9 tous les trois ans depuis 2000, le Forum de Coop\u00e9ration Sino-africain, une plateforme de discussion pour une plus grande coop\u00e9ration \u00e9conomique entre la Chine et l\u2019Afrique, a facilit\u00e9 une strat\u00e9gie d&#8217;investissements \u00e0 grande \u00e9chelle. Le Forum de Coop\u00e9ration fixe les objectifs de coop\u00e9ration bilat\u00e9rale ou multilat\u00e9rale, d\u00e9signe les entreprises chinoises dont les op\u00e9rations seront financ\u00e9es par les \u00ab policy banks, \u00bb. Eximbank, qui se retrouve en premi\u00e8re ligne, applique un mode de financement pratiqu\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 par le Japon, notamment en Chine : \u00ab pr\u00eats contre ressources \u00bb. Mais, contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, la Chine ne pr\u00eate pas uniquement aux pays africains riches en ressources naturelles, comme le montre l\u2019importance des pr\u00eats accord\u00e9s \u00e0 l\u2019Ethiopie, un pays dans lequel les industriels chinois \u00ab d\u00e9localisent \u00bb leur production. P\u00e9kin a construit un immense parc industriel d\u2019un millier de kilom\u00e8tres carr\u00e9s\u00a0 \u00e0 Hawassa, \u00e0 300 km de la capitale Addis-Abeba. Certains pays africains pourraient m\u00eame devenir \u00ab l\u2019usine \u00bb de la Chine. Avec des salaires en hausse et une comp\u00e9titivit\u00e9 en baisse, P\u00e9kin constate la fin d\u2019un \u00e2ge d\u2019or, celui o\u00f9 la Chine \u00e9tait l\u2019atelier du monde. On passe ainsi d\u2019un mod\u00e8le fond\u00e9 sur l\u2019exploitation des mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 un mod\u00e8le reposant sur l\u2019utilisation des ressources humaines.\u00a0 Les principaux pays africains b\u00e9n\u00e9ficiaires des pr\u00eats de la China Eximbank entre 2000 et 2015 sont l\u2019Angola (11%), l\u2019Ethiopie (11%), le Kenya (10%), le Soudan (8%), le Cameroun (6%) et la RD Congo (5%). D\u2019autres pays sont devenus prioritaires : la C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Gabon, le Liberia, ce dernier pays \u00e9tant d\u00e9sormais ouvert aux investissements chinois. Re\u00e7ue par le premier ministre Amadou Gon Coulibaly,\u00a0 une mission de la China Exim Bank vient de faire une visite de prospection en C\u00f4te d\u2019Ivoire avec l\u2019intention de mobiliser des fonds dans le cadre du Plan National de D\u00e9veloppement du gouvernement ivoirien, le PND 2016-2020. Une Chambre de Commerce des Entreprises Chinoises en C\u00f4te d\u2019Ivoire (CCEC), qui regroupe d\u00e9j\u00e0 une quarantaine d\u2019entreprises, dont des filiales de grands groupes, vient de se cr\u00e9er \u00e0 Abidjan. Les march\u00e9s sont bien entendu destin\u00e9s aux entreprises chinoises d\u00e9sign\u00e9es par Eximbank of China, avec l\u2019obligation de s\u2019appuyer sur des partenaires locaux. Eximbank finance aussi les projets prioritaires du Gabon dans le cadre d\u2019un renforcement du partenariat entre la Banque et l&#8217;Etat gabonais. On notera, ce qui n\u2019est pas anodin, que la Chine investit dans la r\u00e9alisation et le financement de trois nouveaux centres de formation professionnelle, \u00e0 Libreville, au sein de la zone \u00e9conomique sp\u00e9ciale de Nkok. Les appuis chinois en Afrique sont d\u00e9sormais multiformes et concernent aussi l\u2019\u00e9ducation, la formation et la culture.<\/p>\n<p>La fin du mod\u00e8le \u00ab Ressources contre financement des infrastructures \u00bb ?<br \/>\nOn a, jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, parl\u00e9 de \u00ab financement angolais \u00bb pour d\u00e9signer un accord conclu par la Chine avec un gouvernement africain, afin de financer un programme d&#8217;infrastructures r\u00e9alis\u00e9 par des firmes chinoises. La Chine a pu ainsi garantir et diversifier ses\u00a0 approvisionnements en produits primaires, les financements et les pr\u00eats accord\u00e9s lui ouvrant des march\u00e9s. L\u00e0 encore, contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, ce mod\u00e8le est adoss\u00e9 \u00e0 une politique de co\u00fbts extr\u00eamement comp\u00e9titifs, ce qui permet aux entreprises chinoises de remporter de nombreux appels d&#8217;offres sur des programmes financ\u00e9s par les Etats ou par les bailleurs de fonds internationaux comme la Banque mondiale ou le FMI. Mais, la Chine est en train de d\u00e9passer le mod\u00e8le du \u00ab financement angolais \u00bb. Le dynamisme des \u00e9changes avec l\u2019Afrique et la souplesse des financements multiformes que proposent les \u00ab policy bank \u00bb, ont permis aux op\u00e9rateurs chinois de sortir de la premi\u00e8re sph\u00e8re d&#8217;investissements, \u00e0 savoir la construction de b\u00e2timents, de routes et de ponts, pour obtenir des contrats plus \u00ab juteux \u00bb dans les services : traitement et fourniture d&#8217;eau, hydro\u00e9lectricit\u00e9, p\u00e9trochimie, t\u00e9l\u00e9coms, t\u00e9l\u00e9vision num\u00e9rique terrestre (TNT) et par satellite avec le groupe StarTimes, devenu leader de la t\u00e9l\u00e9vision num\u00e9rique en Afrique subsaharienne, etc.<\/p>\n<p>Le renforcement de la coop\u00e9ration Sud-Sud<br \/>\nArme plus id\u00e9ologique, la Chine insiste sur le renforcement de la coop\u00e9ration Sud-Sud, dans le cadre d\u2019un co-d\u00e9veloppement entre la Chine et l\u2019Afrique. P\u00e9kin multiplie la cr\u00e9ation de fonds de coop\u00e9ration Sud-Sud dans tous les domaines. Le Fonds de coop\u00e9ration Sud-Sud vise \u00e0 aider les pays en d\u00e9veloppement \u00e0 mettre en \u0153uvre leurs programmes de d\u00e9veloppement apr\u00e8s 2015. La Chine envisage aussi la cr\u00e9ation d&#8217;une Acad\u00e9mie de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement Sud-Sud, afin de produire les th\u00e9ories et d\u00e9finir les pratiques de d\u00e9veloppement adapt\u00e9es aux pays du Sud, qui se trouvent ainsi lib\u00e9r\u00e9s de l\u2019expertise occidentale et du carcan de la coop\u00e9ration Nord-Sud. La Chine est ainsi devenue le principal partenaire commercial de l&#8217;Afrique. On consid\u00e8re aujourd\u2019hui que le Forum de Coop\u00e9ration Sino-africain, organis\u00e9 depuis 2000, est plus important que les traditionnels Sommets France-Afrique. Une nouvelle preuve du dynamisme chinois en Afrique ? Le pharaonique projet des \u00ab Nouvelles Routes de la Soie \u00bb. L\u00e0 encore, les deux \u00ab policy bank \u00bb, la Banque de D\u00e9veloppement de Chine (CDB) et l&#8217;Export-Import of China (Eximbank), sont les bras arm\u00e9s d\u2019une diplomatie financi\u00e8re et culturelle qui, pour l\u2019instant, s\u00e9duit l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Christian Gambotti<br \/>\nPr\u00e9sident du think tank<br \/>\nAfrique &amp; Partage<br \/>\nDG de la soci\u00e9t\u00e9 ECFY<br \/>\nDirecteur de la collection<br \/>\nL\u2019Afrique en marche<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui finance aujourd\u2019hui le d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique ? R\u00e9ponse : la Chine essentiellement. 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