{"id":9470,"date":"2018-08-27T11:16:12","date_gmt":"2018-08-27T09:16:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/?p=9470"},"modified":"2018-08-27T11:16:12","modified_gmt":"2018-08-27T09:16:12","slug":"la-chronique-du-lundi-lafrique-anciennes-et-nouvelles-conflictualites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/la-chronique-du-lundi-lafrique-anciennes-et-nouvelles-conflictualites\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DU LUNDI L\u2019AFRIQUE : ANCIENNES ET NOUVELLES CONFLICTUALITES"},"content":{"rendered":"<p>Est-il possible de sortir de l\u2019\u00e9go\u00efsme des jeunes Etats-nations africains pour inscrire les 54 pays de l\u2019Afrique dans une destin\u00e9e commune ?<!--more--><br \/>\nL\u2019\u00e9poque de la marginalisation et des anciennes conflictualit\u00e9s<\/p>\n<p>L\u2019Afrique des ind\u00e9pendances politiques a longtemps \u00e9t\u00e9 en panne. En 1962, l&#8217;agronome Ren\u00e9 Dumont pouvait publier son fameux livre L&#8217;Afrique noire est mal partie, avec des analyses qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es pertinentes par la suite. Marginalis\u00e9e, l&#8217;Afrique a \u00e9t\u00e9 tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart du processus de mondialisation et de la sc\u00e8ne internationale pour trois raisons : 1) la faiblesse de son poids \u00e9conomique 2) la faiblesse de son poids politique 3) la permanence des anciennes conflictualit\u00e9s politiques. La fin de la Guerre froide va entra\u00eener un d\u00e9classement strat\u00e9gique de l\u2019Afrique et acc\u00e9l\u00e9rer le processus de marginalisation, les Etats africains ne b\u00e9n\u00e9ficiant plus des aides apport\u00e9es par les Etats-Unis ou l\u2019Union sovi\u00e9tique. Livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, ces pays se retrouvent plong\u00e9s dans des contextes locaux sp\u00e9cifiques : affrontements ethniques, guerres tribales et territoriales, guerres pr\u00e9datrices sur fond de d\u00e9rives autoritaires et de corruption. La marginalisation de l\u2019Afrique se retrouve au plan \u00e9conomique : dans le commerce mondial, la part de l&#8217;Afrique va passer de 7 % en 1953 \u00e0 2 % en 2003, alors que son poids dans la population mondiale grimpe de 9 % \u00e0 14 %. De nombreux pays africains vont s\u2019enfermer dans la trappe de l\u2019\u00e9conomie de la rente p\u00e9troli\u00e8re, mini\u00e8re ou foresti\u00e8re, avec des logiques pr\u00e9datrices qui accompagnent ce type d\u2019\u00e9conomie.<br \/>\nLa marginalisation de l\u2019Afrique s\u2019explique aussi par la forte instabilit\u00e9 politique, la persistance des rivalit\u00e9s ethniques, tribales ou r\u00e9gionales. Depuis la fin de la guerre froide, sur 116 conflits, 7 ont oppos\u00e9 des Etats, 109 se d\u00e9finissent comme des guerres internes, sachant que les guerres ethniques recouvrent le plus souvent une r\u00e9alit\u00e9 politique avec, comme enjeu, la conqu\u00eate du pouvoir pour le contr\u00f4le des richesses. Selon les chiffres de la Commission de l\u2019Union africaine, l\u2019Afrique a connu, entre 1956 et 2001, 186 coups d\u2019\u00c9tat, dont la moiti\u00e9 dans les ann\u00e9es 80 et 90. La crise du politique accentue les effets de la mal-gouvernance, freine le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie et favorise les pratiques corruptrices.<br \/>\nAutre raison de la marginalisation de l\u2019Afrique : la faiblesse des ressources humaines. Aujourd\u2019hui encore, dans la haute administration, dans les cabinets minist\u00e9riels, les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires sont parfois insuffisantes, lorsqu\u2019il s\u2019agit de n\u00e9gocier avec l\u2019armada des juristes des grandes compagnies ou des Etats partenaires. On assiste cependant \u00e0 une \u00e9volution notable. L&#8217;Ivoirien Gabriel Fall, pr\u00e9sident du conseil d&#8217;Administration de la Bourse r\u00e9gionale des valeurs mobili\u00e8res, pouvait affirmer r\u00e9cemment : \u00ab Aujourd&#8217;hui, l&#8217;Afrique a d\u00e9velopp\u00e9 suffisamment de comp\u00e9tences pour pouvoir compter sur elle-m\u00eame \u00bb.<br \/>\nA la marginalisation des \u00e9poques postcoloniales, succ\u00e8de le temps de l\u2019\u00e9mergence avec l\u2019apparition de nouvelles conflictualit\u00e9s difficiles \u00e0 r\u00e9soudre, car, ce qui perdure, c\u2019est toujours l\u2019\u00e9go\u00efsme des Etats-nations africains encore jeunes et peu enclins \u00e0 abandonner une partie de leur souverainet\u00e9 \u00e0 des organisations supranationales comme l\u2019Union Africaine (UA) ou les Communaut\u00e9s Economiques R\u00e9gionales de l\u2019UA ?<\/p>\n<p>Le temps de l\u2019\u00e9mergence et des nouvelles conflictualit\u00e9s<\/p>\n<p>Si l\u2019on admet aujourd\u2019hui que les anciennes conflictualit\u00e9s (rivalit\u00e9s ethniques en particulier) tendent \u00e0 s\u2019estomper comme le montre le formidable exemple rwandais sous l\u2019impulsion de Paul Kagam\u00e9 qui a su forger un projet national suffisamment fort pour abolir des diff\u00e9rences artificielles. La paix s\u2019installe aussi aux fronti\u00e8res entre le S\u00e9n\u00e9gal et la Gambie, dans la Corne de l\u2019Afrique entre l\u2019Ethiopie, l\u2019Erythr\u00e9e et la Somalie. Au moment o\u00f9 de nombreux pays africains s\u2019inscrivent dans un temps nouveau qui est celui de l\u2019\u00e9mergence, les anciennes conflictualit\u00e9s dispara\u00eetront, malgr\u00e9 la menace d\u2019un retour au moment des p\u00e9riodes \u00e9lectorales, si la croissance est, dans chaque Etat, suffisamment inclusive ; si, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des CER, les pays membres avancent d\u2019un m\u00eame pas ; si, l\u2019Union Africaine parvient \u00e0 se relancer.<br \/>\nLes nouvelles conflictualit\u00e9s qui menacent l\u2019Afrique sont transg\u00e9ographiques, elles ignorent la r\u00e9alit\u00e9 des Etats-nations et supposent, pour \u00eatre r\u00e9solues, une r\u00e9ponse collective. Parmi les nouvelles conflictualit\u00e9s que doit affronter l\u2019Afrique, on retiendra : la menace terroriste, le r\u00e9chauffement climatique, la pollution, la d\u00e9forestation, les migrations.<br \/>\n\u25cf La menace terroriste : aucun pays africain n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de la menace terroriste. Une r\u00e9ponse collective se dessine avec le G5 Sahel. Comment coordonner et financer le G5 Sahel dans ses deux directions : la s\u00e9curit\u00e9 et le d\u00e9veloppement ? Mais, tous les pays africains sont concern\u00e9s par la menace terroriste.<br \/>\n\u25cf Le r\u00e9chauffement climatique : ce r\u00e9chauffement s\u2019accompagne d\u2019effets sans pr\u00e9c\u00e9dent (d\u00e9sertification, mont\u00e9e des oc\u00e9ans, modification du r\u00e9gime des pr\u00e9cipitations, baisse des rendements agricoles), qui ne s\u2019arr\u00eatent pas aux fronti\u00e8res d\u2019un Etat. Les deux milliards d\u2019habitants que comptera l\u2019Afrique en 2050 auront un acc\u00e8s plus difficile \u00e0 l\u2019eau et l\u2019Afrique ne pourra subvenir \u00e0 leurs besoins alimentaires qu\u2019\u00e0 hauteur de 13 %.<br \/>\n\u25cf La pollution : l\u2019Afrique est \u00e0 son tour gagn\u00e9e par les probl\u00e8mes de pollution de l\u2019air. L\u2019Afrique n\u2019est pas encore d\u00e9velopp\u00e9e, mais elle est d\u00e9j\u00e0 fortement touch\u00e9e par la pollution avec une explosion des maladies respiratoires et des cas de mortalit\u00e9.<br \/>\n\u25cf La d\u00e9forestation : la ligne de la d\u00e9forestation de la plan\u00e8te passe d\u00e9sormais par l\u2019Afrique. La R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, qui poss\u00e8de le deuxi\u00e8me plus grand massif de for\u00eats tropicales au monde, pourrait perdre 40 % de ses for\u00eats d\u2019ici 2050. Comment concilier le d\u00e9veloppement et les imp\u00e9ratifs de protection de l\u2019environnement ? La question se pose \u00e0 toute l\u2019Afrique.<br \/>\n\u25cf Les migrations : les migrations concernent le d\u00e9part des Africains vers d\u2019autres continents, mais aussi les migrations intra-africaines. Les trois-quarts des migrations ont lieu en Afrique. Le livre de Stephen Smith, \u00ab La Ru\u00e9e vers l\u2019Europe \u00bb, montre que le d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique donne \u00e0 un plus grand nombre, en particulier les jeunes, les moyens de partir. Les migrations \u00e9conomiques ne doivent pas faire oublier les r\u00e9fugi\u00e9s et les d\u00e9plac\u00e9s qui sont plus nombreux en Afrique qu\u2019ailleurs.<br \/>\nLongtemps, le regard port\u00e9 sur l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9 par les anciennes conflictualit\u00e9s. Les observateurs et les m\u00e9dias nous disaient comment les Africains mourraient (rivalit\u00e9s ethniques, coups d\u2019Etat, d\u00e9rives autoritaires, pr\u00e9carit\u00e9 sanitaire, famines\u2026), mais rares \u00e9taient ceux qui nous disaient comment ils vivaient. Les nouvelles conflictualit\u00e9s nous conduisent \u00e0 regarder comment les Africains vivent, car nous retrouvons en Afrique ces nouvelles conflictualit\u00e9s, comme le d\u00e9r\u00e8glement climatique ou la menace terroriste, qui concernent la plan\u00e8te enti\u00e8re. Ces nouvelles conflictualit\u00e9s ignorent les fronti\u00e8res des Etats-nations, ce qui rend dangereux les \u00e9go\u00efsmes nationaux. Les dirigeants africains seront-ils capables d\u2019arbitrer, surtout en p\u00e9riodes \u00e9lectorales, entre int\u00e9r\u00eats nationaux et id\u00e9aux plan\u00e9taires?<br \/>\n<em><strong>Christian Gambotti<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>Agr\u00e9g\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>Pr\u00e9sident du think tank <\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>Afrique &amp; Partage<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 ECFY<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>Directeur de la Collection <\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>L\u2019Afrique en Marche<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-il possible de sortir de l\u2019\u00e9go\u00efsme des jeunes Etats-nations africains pour inscrire les 54 pays de l\u2019Afrique dans une destin\u00e9e commune ?<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3957,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-9470","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9470","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9470"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9470\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9471,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9470\/revisions\/9471"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9470"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9470"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lintelligentdabidjan.info\/news\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9470"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}