Arafat : la société entre en effervescence pour le décès d’un « produit de la rue » ? 

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Photo: L'Intelligent d'Abidjan

Dernère publication

Le caractère soudain et brutal de la mort de DJ Arafat engendre un sentiment d’incompréhension et de révolte au sein de toute la société ivoirienne. Arafat avait encore tellement de choses à nous dire, à dire à la société, à la jeunesse, car ce « produit » de la rue avait réussi à sortir de la rue.  

Avec sa mort, la société se rend compte qu’elle n’avait pas assez écouté, ni compris ce que portait comme messages, – au pluriel le mot « messages » – ce « produit de la rue ». La société se sent peut-être  aujourd’hui coupable de cette mort ! Elle s’en empare et s’emballe pour tenter de se rattraper et se donner bonne conscience…  

Les idoles que les sociétés enfantent renvoient l’image même de ces sociétés. La « bien-pensance » et l’esprit bourgeois tendant à marginaliser les « artistes maudits ». 

Ce fut le cas pour cet artiste mort qui n’a jamais vraiment eu de répit de son vivant. Il s’est battu pour sortir de la rue, il a dû se battre pour exister et être reconnu comme un véritable artiste. 

Le rôle de l’artiste est bien d’interroger la société, ce que faisait Arafat par son comportement, ses excès, sa musique, ses chansons Il parlait à la société, au peuple, à la jeunesse. 

Il ne parlait pas depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, comme un élu, ni depuis la chaire d’une église, comme un prêtre, il parlait depuis la scène, depuis les boîtes de nuit, depuis les salles de spectacles !  

La boîte de nuit était son temple, les réseaux sociaux étaient son bureau . D’où une certaine incompréhension de la société qui voyait que la pénombre des boîtes de nuit, que les excès de ses sorties, mais jamais la lumière que dégageait un artiste dont le talent n’avait pas été reconnu et accepté par tous !  

Il était même contesté par la société,  et perçu même comme un paria, un anti modèle, qu’on ne devait pas donner en modèle et en imitation à la jeunesse, aux enfants !  

Il y a quelques mois, face à la pression populaire, des juges avaient voulu montrer qu’il n’y avait pas d’impunité possible pour lui. Condamné par la justice, il avait dû s’exiler à l’étranger, avant de rentrer discrètement dans son pays ! À son retour, de bonnes consciences ont encore demandé qui le protège, et qui empêche qu’il aille à la Maca ?  

 Arafat a dû aller faire amende  honorable devant la justice, acceptant de se comporter comme un citoyen « normal »respectueux des lois et à qui aucun débordement ne peut être toléré ! On l’avait fait descendre de son piédestal ! Et le « peuple » était heureux de savoir qu’il n’était pas un intouchable !  

Des télévisions et des sponsors ont fermé leurs portes à l’idole sulfureuse ! Isolé, Arafat s’est battu seul contre les « puissants » du moment, qui voulaient lui faire payer son arrogance, son insolence ! 

Mais, peut-on dompter les vents de la révolte qui soufflent sur l’esprit d’un enfant des rues ? Arafat a dit non et il a tenté de résister ! Mais il se voyait déchoir ! Il sentait que son aura risquait de baisser, que son leadership était contesté y compris par ses anciens « amis » devenus des « idoles » 

Hamed Bakayoko, son « père », était accusé de tout lui pardonner, de tolérer ses caprices. Le jugement de la société est impitoyable : l’artiste sulfureux crée le désordre et il faut qu’il soit puni, remis dans le droit chemin. Hamed Bakayoko a dû affronter cette opinion publique, qui refuse aux enfants de la rue le droit de se révolter. Il a dû jouer profil bas, pour laisser son fils affronter tous ses détracteurs, et le laisser gagner en maturité et sagesse face à l’épreuve, face aux épreuves venant de partout !    

On a contesté le talent d’Arafat, dénigré sa musique, ses chansons, ses spectacles, l’accusant d’être un artiste sans talent qui n’existait qu’à travers la protection d’Hamed Bakayoko. 

La chute d’Arafat était même  programmée et souhaitée par ses détracteurs ! Et on donnait Molaré Ariel, Beynaud et Debordo, en modèles face à l’anti-modèle Arafat. 

 Certains espéraient et rêvaient qu’avec la condamnation ou la mort de l’artiste Arafat, – une mort symbolique -, les « microbes » vont disparaître, les résultats scolaires de nos enfants seraient meilleures, les familles seraient plus apaisées, les réseaux sociaux plus policés ! L’enfant de la rue devait retourner à la rue et au silence. 

Tel était le contexte au moment de sa mort brutale ! 

Ce clap de fin qui a retenti le 12 Août 2019 est pourtant devenu le cap d’une renaissance d’Arafat. Ironie du sort, son dernier Album s’intitule Renaissance. On redécouvre, à travers cet album, la vraie dimension d’un artiste adulé par la jeunesse ! Le « produit de la rue » est en réalité un « enfant béni ». 

La société se réveille, sous le choc. Ce qui est offert à Arafat à présent, tous ces hommages, c’est ce qui lui avait été refusé : la reconnaissance ! Et c’est ce qui est souvent refusé à bien de jeunes ! 

Avant d’être aujourd’hui le sage qu’il paraît, Alpha Blondy est passé par la drogue et bien d’autres vices ! Il avait défrayé la chronique en sortant avec la mère, la fille et la sœur dans une même famille ! Que n’a-t-il pas fait, Alpha Blondy ? Que n’a pas fait Etoo fils avec les femmes dont on a eu un aspect avec les révélations de Nathalie Koah ? Arafat n’était pas pire que les autres ! Mais, la société peut-elle comprendre les « enfants des rues » devenues des idoles ? 

La République devait-elle rester indifférente face à la mort d’Arafat ? Non ! Et elle a bien fait ! On pouvait imaginer que le gouvernement reste sourd à cet élan de compassion, et qu’il renforce la ghettoïsation de l’artiste, qu’il choisisse le camp de la « bien-pensance », de l’ordre moralprononçant ainsi l’exclusion définitive de l’artiste maudit, comme le souhaitaient les détracteurs de l’enfant des rues. 

Heureusement le gouvernement a su percevoir les attentes d’une grande partie de la jeunesse. Pas de toute la jeunesse, mais d’une grande partie, et même de la société ! Personne n’est contraint d’aimer ni de célébrer Arafat DJ ! Les pieds ne vont pas là où le cœur n’est pas ! Mais, une grande partie du cœur de la société et de la jeunesse bat au rythme du cœur d’Arafat ! 

Ces battements sont des appels au secours ! 

Bien sûr, il y a une vie en dehors d’Arafat DJ, comme il y a une vie en dehors du football ! Comme il y’a eu une vie après le décès des grandes figures du monde et de l’humanité ! Je pense à Mandela, à Martin Luther King ! 

Arafat DJ n’est pas Dieu, il n’est qu’une « idole » dans le bon sens du terme, l’un des meilleurs artistes de sa génération. Certains considèrent qu’il est indigne de l’hommage national qui lui est rendu, affirmant que tout le monde passera à autre chose dès dimanche 1 septembre 2019.  

D’ailleurs, les arguments utilisés pour discréditer et rendre illégitime l’hommage rendu à Arafat sont les mêmes que ceux qui étaient utilisés  pour le discréditer de son vivant ! 

Les hommes meurent, mais les légendes ne meurent jamais, surtout lorsqu’elles nourrissent l’imaginaire de la jeunesse.  

Le « coupé-décalé » n’était pas un simple divertissement pour Arafatet la musique une invitation à l’oubli du réel.  

Dans une de ces chansons les plus célèbres, Stromaë dit, de façon ironique : « Alors on sort pour oublier tous les problèmes/ Alors on danse/Alors on danse/Alors on danse » (refrain).  

Pour DJ Arafat, la boîte de nuit, la musique et la danse n’étaient pas là « pour oublier tous les problèmes ». C’étaient au contraire des amplificateurs du « mal-être » de la jeunesse. 

« Certes à Allah appartient ce qu’Il a repris et c’est à Lui aussi qu’appartient ce qu’Il a donné, et chaque chose pour Lui a un terme fixé à l’avance… Sois endurant et espère la récompense d’Allah. » 

Charles Kouassi  

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