LETTRE DE TORONTO BY WAKILI ALAFÉ (5) J’AI RENCONTRÉ UN CONDISCIPLE DE GBI DE FER

1021

Dernère publication

Rencontre à Milton, au cœur de la diaspora qui rayonne. Lundi 22 juin 2026. Cap sur Milton, en Ontario. Cinquante kilomètres, quarante-cinq minutes de route, une petite balade qui m’a mené à Willmott Crescent. Le chauffeur UBER, un Sierraléonais dont le meilleur ami est Ivoirien, m’a permis de parler avec ce compatriote. Parler avec son vis-à-vis favorise des rencontres et des découvertes. Le Sierraléonais que je ne  connaissais pas d’emblée est un frère par dérivation. Car il me permet de recontacter un compatriote qui me connaît, qui connaît L’Intelligent d’Abidjan. Moussa K était déjà passé à notre hôtel, rencontrer d’autres ivoiriens venus d’Abidjan. Ces voix, ces liens, forment et informent.

À Milton, entre le match Norvège-Sénégal, soldé par la défaite des Lions de la Teranga, et un dîner aux saveurs portugaises, puisque l’épouse de notre hôte est d’origine portugaise, j’ai retrouvé Jean Assamoa et son ami et frère Félix. Nous avons parlé à bâtons rompus : du Canada, de son parcours, de ses rêves, de la Côte d’Ivoire, d’un éventuel retour en Afrique, des relations communautaires, de l’assistance consulaire, et du prix d’excellence de la diaspora, que le gouvernement décerne parmi la centaine de prix d’excellence chaque année. Assamoa a dit ne pas savoir comment les choses se passent, tandis que je l’incitais à postuler pour le prix. Alors j’ai eu une idée. Dans le cadre de la réforme de la CEI en cours, comment constituer une base de données unique au monde de tous les Ivoiriens, de tout être humain ayant un document de la Côte d’Ivoire, un rattachement à la Côte d’Ivoire. Il s’agira ensuite de permettre que toute directive officielle, toute information officielle, toute notice émanant du gouvernement parvienne à chaque individu en lien avec la Côte d’Ivoire, soit par mail, par SMS à son numéro de téléphone, ou par boîte postale pour ceux qui sont en Côte d’Ivoire, et qui en disposent. En un seul clic, 20 millions de personnes atteintes si on exclut les mineurs. Ainsi personne ne dira qu’il n’est pas au courant d’un communiqué du Conseil des ministres, qu’il n’a pas accès à la Constitution ivoirienne, aux délibérations de l’Assemblée nationale, aux lois, décrets, aux arrêtés ni aux décisions prises dans le pays, quand le gouvernement décide de les diffuser. Pour une fois, parce que les gens n’auront pas lu, alors que l’information est arrivée à eux, on pourra leur rétorquer que nul n’est supposé ignorer les lois, décrets, arrêtés et directives. Car lorsque l’information ou la loi n’est pas mise à la disposition du citoyen, lorsque l’on attend que ce soit lui qui aille toujours à la recherche, malgré la redevabilité qui incombe aussi aux gouvernants, les rumeurs et les fakes peuvent sévir. Toute la méconnaissance des choses simples, de bonne foi. Ceux qui refuseront de se faire recenser à l’ambassade, ceux qui  refuseront tout lien avec le pays alors qu’ils sont à l’étranger , ceux qui ne liront pas leur mail, leur SMS, ne pourront pas se prévaloir de leur propre turpitude. N’empêche qu’à travers un tel dispositif, toute personne ayant un certificat de nationalité ivoirienne, un passeport ivoirien, une Carte nationale d’identité ivoirienne, ou même la CMU, recevra par mail, par SMS ou par courrier physique en Côte d’Ivoire, des informations utiles de la part du gouvernement. Les opérateurs de téléphonie, les impôts, la CIE, etc., savent déjà comment joindre leurs usagers et passer leurs messages pour encaisser ce qui leur est dû. Le gouvernement devra mutualiser les expériences pour trouver la meilleure formule pour ce partage d’informations, en liaison avec les professionnels des médias en Côte d’Ivoire. Car les médias ne devraient pas être absents d’un tel projet d’inclusion citoyenne.

Revenons à l’ordre du jour : quel parcours que celui de Jean !

Installé en Ontario depuis 2008, cet ancien élève de l’Institut National des Arts (INA) d’Abidjan, où il fut condisciple de Gbi de Fer, nourrit toujours le rêve de collaborer avec ce dernier sur un projet artistique d’envergure. Après une dizaine d’années passées aux États-Unis, où il s’est marié à New York, il rejoint son épouse au Canada. Dès son arrivée, il soumet un programme éducatif axé sur la culture africaine au ministère de l’Éducation de l’Ontario. Son projet est retenu après plusieurs évaluations. Fort de son expérience et de sa maîtrise de l’anglais acquise outre-Atlantique, il devient consultant et intervient dans de nombreuses écoles, collèges et universités.

Lettres de Toronto et du Mondial 2026

En 2012, il fonde l’ONG Akwaaba Cultural Exchange, dédiée aux échanges interculturels. Avec une équipe de professionnels venus d’horizons divers, l’organisation développe des programmes qui permettent aux élèves canadiens de découvrir l’Afrique au-delà des stéréotypes. Danses, rythmes, cérémonies, langues, modes de vie… il présente le continent dans toute sa diversité. Un travail de fourmi, une véritable déconstruction des idées reçues.

Et la reconnaissance est au rendez-vous ! Jean Assamoa affirme que son ONG figure parmi les plus récompensées de la diaspora africaine au Canada. Soutenue par des institutions gouvernementales, des élus fédéraux, provinciaux et municipaux, elle bénéficie d’une crédibilité croissante. En 2025, il est nommé « Citoyen de l’année » dans sa région et figure parmi les 78 Canadiens sélectionnés à l’échelle nationale. Mieux encore : une municipalité ontarienne a annoncé son intention de donner son nom à une future rue. Une rue Jean Assamoa, au Canada ! Une reconnaissance exceptionnelle pour cet ambassadeur de la culture ivoirienne qui, depuis l’Amérique du Nord, fait rayonner la Côte d’Ivoire et l’Afrique tout entière.

Hier, mardi 23 juin 2026, veille de mon départ pour Philadelphie, prévu ce mercredi 24 juin 2026, un autre rendez-vous m’attendait : celui du compatriote Moussa K, pour des échanges et quelques découvertes de Toronto by Night. La suite au prochain épisode !

 

 

Commentaire

PARTAGER

Commentez cet article