Dernère publication
Le comédien ivoirien, qui incarnait Samba Diallo dans « L’Aventure ambiguë », pleure l’écrivain sénégalais disparu samedi 3 octobre 2026 à Dakar, à 98 ans. Dans un entretien exclusif à L’Intelligent d’Abidjan, il révèle un pan méconnu de ce film, dont la Côte d’Ivoire fut coproductrice.
Il n’a pas fermé l’œil. Dans un entretien accordé le lundi 5 octobre 2026 à Wakili Alafé, de L’Intelligent d’Abidjan, Sidiki Bakaba confie avoir passé la nuit à penser à celui qu’il appelle son père. Quatre journalistes l’avaient appelé la veille au soir. « Je suis un témoin aujourd’hui que personne ne peut imaginer », dit-il.
La phrase que Kane lui avait confiée
Lors de ses retrouvailles à Dakar avec l’écrivain, une journaliste lui avait demandé ce qu’il avait ressenti en voyant son livre porté à l’écran. La réponse de Cheikh Hamidou Kane est restée gravée dans la mémoire du comédien : en arrivant sur le plateau de tournage et en voyant son « fils » dans le décor, il s’était dit que le personnage était « sorti de son livre ».
Un film que la Côte d’Ivoire a coproduit
Pour Sidiki Bakaba, « L’Aventure ambiguë » est une œuvre à part. Elle réunit des acteurs qui ne s’étaient jamais retrouvés dans un même film, venus de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Cameroun et des Antilles. Beaucoup ne sont plus de ce monde, et seuls lui et Bienvenu Neba sont encore en vie. Le Guadeloupéen Robert Liensol y tient le rôle de l’Antillais, et Manu Dibango signe la musique. Le comédien a veillé à confier le décor et les costumes à un Ivoirien.
Il insiste sur un fait que le public ivoirien peut ignorer: l’État de Côte d’Ivoire a investi dans la production et prêté les décors du Nord, alors que le récit se déroule en pays peul. « Les gens ne sont même pas au courant », s’étonne-t-il. Pour lui, cette révélation est « énorme pour l’Afrique ».
« Il faut que la Côte d’Ivoire diffuse ce film »
Sidiki Bakaba lance un appel : que le film soit rediffusé en Côte d’Ivoire, sur grand écran ou à la télévision, en hommage à l’écrivain.
Il garde le souvenir d’une projection organisée à Dakar, au Musée des civilisations noires, devant les élèves du lycée Mariama Bâ. Kane, accompagné de deux de ses fils, y avait répondu avec humour aux questions des jeunes filles, en leur lançant qu’elles étaient « toutes ses femmes ».
L’hommage rendu à l’APS
Le même lundi 5 octobre 2026, l’Agence de presse sénégalaise (APS) publiait également un autre entretien téléphonique avec le comédien, installé à Paris. Il y raconte avoir été « adopté » par l’écrivain avant même de le connaître. Le réalisateur Jacques Champreux, qui avait demandé les droits d’adaptation, avait reçu une condition : s’entourer d’un conseiller culturel africain de confiance. À l’annonce du nom de Bakaba, Kane aurait lancé : « Ah ! lui, c’est mon fils ! Je ne le connais que de nom. »
Fort de cette confiance, l’acteur a pris en charge le casting : Douta Seck en maître coranique, Bachir Touré en père de Samba Diallo, Guillaume Corréa dans le rôle du fou et Marie Jeanne Sako Camara en grande royale. Sorti en 1983, le film de 90 minutes a été tourné dans le nord de la Côte d’Ivoire, où l’écrivain a rencontré son interprète pour la première fois, sur le plateau.
À l’APS, Bakaba décrit un homme d’« humanité », de « simplicité » et de « générosité ». « Moi, c’est mon papa. Je n’arrive pas à parler de lui au passé », confie-t-il, en présentant ses condoléances à la famille de l’écrivain, au Sénégal et à toute l’Afrique.
Rendre hommage, c’est d’abord montrer
Le message est le même : un fils adoptif pleure son père et rappelle qu’un film né de l’engagement de la Côte d’Ivoire reste ignoré de son public. Pour Sidiki Bakaba, honorer Cheikh Hamidou Kane, c’est aussi projeter le film.
Wakili Alafé




