Chronique du lundi – Signe d’une confiance absolue, Alassane Ouattara a été le seul Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny

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Les hommes ne font pas l’Histoire, ce sont les circonstances qui offrent aux hommes l’occasion de se révéler et de devenir ce que l’Histoire retiendra d’eux.

Ce que l’Histoire a retenu de Félix Houphouët-Boigny, c’est qu’il a été un grand bâtisseur. Réunissant 60 ethnies et assurant la prospérité de son pays, il a fondé la grande nation ivoirienne. L’Histoire retiendra d’Alassane Ouattara qu’il est, dans le contexte nouveau du XXIè siècle et de la mondialisation, un grand bâtisseur et qu’il bâtit une Côte d’Ivoire prospère. Exerçant la magistrature suprême à des époques différentes, confrontés à des circonstances différentes, adossés à des convictions différentes, les deux hommes ont pourtant une même obsession, le développement du pays, et un point commun, ne jamais détacher la performance sociale de la performance économique.

Les circonstances : Félix Houphouët-Boigny accède au pouvoir au moment même où la Côte d’Ivoire accède à l’indépendance ; Alassane Ouattara est élu président de la République après que la Côte d’Ivoire a connu de 20 ans de déclassement et les soubresauts d’une Histoire récente tragique, ponctuée par de graves crises politico-militaires et postélectorales.

Les convictions : Félix Houphouët-Boigny part du socialisme pour arriver au libéralisme ; il théorise en quelque sorte le socialisme libéral. Alassane Ouattara part du libéralisme pour arriver à des convictions sociales. Il met en œuvre le libéralisme social. Si tout semble opposer Houphouët-Boigny et Ouattara, paradoxalement, Ouattara aura été le seul Premier ministre d’Houphouët-Boigny.

Signe de la confiance que Félix Houphouët-Boigny porte à Alassane Ouattara : en 1990, la Côte d’Ivoire traverse une grave crise économique. Félix Houphouët-Boigny nomme alors Alassane Ouattara à la tête d’un comité interministériel sur la relance économique. En novembre 1990, Félix Houphouët-Boigny le nomme Premier ministre. À la mort du Père de la nation, le 7 décembre 1993, Alassane Ouattara démissionne. En 1994, il rejoint le FMI, dont il devient directeur général adjoint, poste qu’il occupera jusqu’en 1999.

Félix Houphouët-Boigny : théoricien du socialisme libéral

Compagnon de route du parti communiste, nourri des idées du socialisme, Félix Houphouët-Boigny est de tous les combats, syndicaux et politiques, qui visent à libérer les Africains de la servitude et il joue un rôle majeur dans le processus de décolonisation de l’Afrique. Félix Houphouët-Boigny, le militant, parle depuis le socialisme. Élu président de la République, il comprend très vite que le socialisme idéologisé construit des cathédrales de mots, mais que rien n’est possible sans un développement fort de l’économie. Il exprimera sans cesse ce lien entre le partage et la création des richesses : « Ce que veut l’Ivoirien, c’est le partage de la richesse et non de la misère. Et pour ce faire, il doit, avant tout, contribuer à créer des richesses. » Il comprend aussi que le socialisme marxisé ouvre la voie à des dictatures. Il choisira alors de construire l’indépendance et la prospérité de son pays avec l’ancien colonisateur. Ce lien particulier avec la France, Houphouët lui-même lui donnera de nom de « Françafrique ».

Le volontarisme économique d’Houphouët-Boigny permettra à la Côte d’Ivoire de devenir, de 1960 à 1980, un « îlot de prospérité » dans un continent miné par la pauvreté. Le débat est ouvert pour savoir si Houphouët a été l’homme de la France en Afrique ou s’il a su, habile manipulateur de la classe politique française, utiliser la France pour permettre à la jeune nation ivoirienne de jouer un rôle diplomatique important sur le continent et la scène internationale.

Alassane Ouattara : de libéralisme aux convictions sociales

La carrière d’Alassane Ouattara est d’abord une carrière d’économiste. Il travaille au FMI de 1968 à 1973. En 1972, il obtient un doctorat d’économie à l’université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Il rejoint la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) où il occupe divers postes, dont celui de vice-gouverneur. En 1984, il retourne au FMI comme directeur du département Afrique puis, à partir de 1987, comme conseiller spécial du directeur général du FMI. Lorsqu’il est nommé Premier ministre par Félix Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara, nourri par les idées du libéralisme, parle depuis l’économie. Il va mener une politique de privatisations et de réduction des dépenses publiques, adopter des mesures d’austérité impopulaires. En 1995, alors qu’il est devenu Directeur général du FMI, il renonce à se présenter à l’élection présidentielle. Mais, Ouattara n’oublie pas la politique.

Le 1er août 1999, il signe son retour en politique en devenant le premier président du RDR, un parti fondé en 1994 par Djéni Kobina. Le RDR est un parti libéral et Alassane Ouattara parlera depuis le libéralisme. Son obsession est le développement du pays. Mais, pour lui, rien n’est possible sans une consolidation de l’économie. Dès son accession au pouvoir, le 11 avril 2011, il mise tout sur la consolidation de l’économie et la création des richesses. Sous son impulsion, adossée à des réformes néolibérales, la Côte d’Ivoire est redevenue le fer de lance de l’économie de l’Afrique de l’Ouest, alors que des pans entiers de son économie avaient été détruits et des secteurs entiers, dévastés (l’éducation, la santé, etc.).

La solidité de l’économie ivoirienne, sa résilience, permet la mise en œuvre d’une stratégie qui érige progressivement un système plus complet et plus efficace de protection sociale, notamment des filets sociaux pour les populations les plus pauvres et les plus précaires. Alassane Ouattara a mis en place, sur la période 2021-2025, un vaste programme dénommé « Une Côte d’Ivoire solidaire », programme qui établit constamment le lien entre l’économie, le social, la stabilité politique et la réconciliation nationale.

Le RHDP : un simple parti politique ou le mouvement des héritiers de la pensée de Félix Houphouët-Boigny?

Justin Koffi N’Goran, Secrétaire national en charge de la formation au sein du parti présidentiel, définit ainsi le RHDP : « Le RHDP est nécessairement un parti politique dont l’une des missions est de préparer les prochaines échéances électorales sous l’impulsion de son Secrétaire exécutif, Ibrahim Bacongo Cissé. Mais, le RHDP n’est pas simplement une coalition électorale, car être élu pour être élu, ce n’est pas un projet de société. Transformé en parti politique, le RHDP a complètement révolutionné la manière de faire de la politique en Côte d’Ivoire, Transethnique et transgéographique, le RHDP, comme son nom l’indique, – Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix -, se réclame de la philosophie politique du Père de la nation, Houphouët-Boigny. En restant au RHDP, après la scission de 2018, nous avons voulu dire que nous sommes les enfants d’Houphouët-Boigny et que nous voulons préserver son héritage politique et philosophique. Si vous interrogez les militants et les élus du RHDP, vous verrez qu’ils n’ont qu’une seule boussole, le développement du pays, socle de la cohésion nationale. ».

Le « ouattarisme » apparaît comme la forme moderne de l’« houphouëtisme ». Si Houphouët est parti du socialisme pour arriver à des convictions libérales, Ouattara est parti de convictions libérales pour arriver à la consolidation de l’Etat-protecteur.

Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches du l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org

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