Côte d’Ivoire – Des victimes s’opposent au retour de Gbagbo et menacent de s’inviter à son accueil

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Issiaka Diaby, le président du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire (CvCi)

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Le jeudi 25 février 2021, à l’occasion d’une conférence de presse à Abidjan Plateau, Issiaka Diaby, le président du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire (CvCi) a marqué son indignation suite aux informations qui annoncent un retour imminent en Côte d’Ivoire de l’ex-président Laurent Gbagbo . Il a indiqué que ses compagnons et lui s’organisent à leur tour pour être présents à l’accueil, si la Cour Pénale Internationale (CPI) et les autorités ivoiriennes devaient laisser entrer l’ex-Chef d’État.

« Ces derniers jours, les victimes entendent que des gens ont mis en place un comité de soutien et d’accueil pour organiser le retour de Monsieur Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, dans ce contexte où l’Etat de Côte d’Ivoire et la CPI n’ont donné de réponse aux victimes concernant la suite de la procédure et les enquêtes se rapportant aux 3000 morts de la crise post-électorale. Monsieur Laurent Gbagbo et ses proches ont décidé de prendre leur responsabilité pour rentrer en violation d’un certain nombre de principes. Les victimes estiment que ces agissements sont irresponsables et injurieux, constituant des actes de provocations de trop qu’elles ne peuvent accepter sans réagir. Les victimes ont ce sentiment légitime qui leur fait croire que si ces personnes ont le courage d’enfreindre les interdictions pour venir en Côte d’ivoire, c’est parce que la Cour Pénale Internationale leur a donné l’occasion de le faire et cette fois ci, les victimes estiment que c’est trop. Nous aussi, le Collectif des Victimes en Côte d’Ivoire et ses membres, allons prendre nos responsabilités et nous inviter à l’accueil de Monsieur Laurent Gbagbo », a prévenu Issiaka Diaby, au nom des victimes de son association dont certains étaient présentes à la cérémonie. « Nous avons notre stratégie que nous sommes en train de peaufiner. Des rencontres ont lieu en ce moment. Le moment venu, nous allons vous présenter notre comité d’accueil de monsieur Laurent Gbagbo. Nous voulons encadrer notre participation de cet accueil, pour maîtriser un certain nombre de facteurs. Parce que, comprenez que certains victimes et parents de victimes non membres de notre association, peuvent venir agir parallèlement sans que nous puissions présager des actions qu’ils peuvent mener à cette occasion. C’est pourquoi nous allons nous rapprocher de nos membres afin de mieux coordonner les actions à mener lors de cet accueil. Le moment venu, nous vous informerons de notre stratégie », a-t-il poursuivi.


« Nous demandons à la Cpi de donner une suite favorable à l’Appel pour permettre un nouveau procès »

Pour lui, ni Laurent Gbagbo, ni Charles Blé Goudé, ne doit être autorisé pas la CPI à rentrer en Côte d’Ivoire, tant que la procédure n’est pas achevée. Mieux, il a appelé même la Chambre d’appel de la CPI, dont la décision finale sur l’acquittement est attendue au plus tard le 31 mars 2021, à ordonner un nouveau procès pour, selon lui, l’éclatement de la vérité.

« Pour nous, la procédure entamée contre Laurent Gbagbo et ses proches doit se poursuivre jusqu’à ce que toutes les voies de recours soient épuisées. Dès lors qu’on fait appel, il doit avoir un nouveau procès. Paradoxalement, cela semble ne pas être le cas et on veut permettre à Monsieur Laurent Gbagbo de rentrer en Côte d’Ivoire, alors que la procédure est en cours. Par ailleurs, les victimes ont saisi les autorités Ivoiriennes et la CPI pour s’opposer au retour en Côte d’Ivoire de Monsieur Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé et donné les raisons fondementales de leur désapprobation. À travers leur association, elles ont suffisamment communiqué sur ce sujet. Non seulement les victimes n’ont pas obtenu de réponse des autorités ivoiriennes et de la Cour Pénale Internationale mais elles sont sidérées de constater dans cette affaire judiciaire que la Côte d’Ivoire s’implique pour recevoir les proches de Monsieur Laurent Gbagbo sans pour autant recevoir aussi les victimes pour des questions d’équité et de justice. Nous interpellons donc la Cour Pénale Internationale quant aux manquements concernant les enquêtes et les procès qui n’ont pas eu de réponses et de suite. Nous avons le sentiment que non seulement les choses n’ont pas été bien menées, mais aussi nous n’avons pas de réponse, pas de vérité et jusqu’à présent, il n’y a pas de justice en relation avec les 3000 morts de la crise post-électorale, et ce depuis 10 ans. Cela semble démontrer l’incapacité de la Cour Pénale Internationale à rechercher, appréhender et punir les auteurs des crimes de masse. Nous demandons donc à la Cour Pénale Internationale de donner une suite favorable à l’appel pour permettre un nouveau procès », a-t-il plaidé.

Cette sortie du CvCi fait suite à la désignation, le mercredi 24 février 2021, par la branche du Fpi favorable à l’ex-président Laurent Gbagbo, d’un comité national pour la préparation de l’accueil de l’ex-président. Un retour que Assoa Adou, le Secrétaire Général de cette branche du Fpi a fixé à la mi-mars 2021.

J-H Koffo

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