Dernère publication
Pendant près d’un demi-siècle, le football africain a vécu la Coupe du monde au rythme d’exploits isolés. L’Algérie en 1982, le Cameroun en 1990, le Sénégal en 2002, le Ghana en 2010, puis le Maroc en 2022 ont, tour à tour, bousculé l’ordre établi, sans jamais transformer ces performances individuelles en dynamique continentale durable.
Le Mondial 2026 marque un basculement. Pour la première fois, ce n’est plus une nation africaine qui crée la surprise, mais un ensemble de sélections qui impose une présence collective dans les tours avancés. Sur les dix représentants africains engagés, neuf ont validé leur qualification pour les seizièmes de finale. Il s’agit de la Côte d’Ivoire, du Maroc, de l’Égypte, du Sénégal, du Ghana, de l’Afrique du Sud, du Cap-Vert, de la RD Congo et de l’Algérie. Seule la Tunisie est éliminée à ce stade.
Autrement dit, 90 % des sélections africaines poursuivent l’aventure dans une Coupe du monde élargie à 48 équipes. Une donnée qui change profondément la lecture du football continental. Depuis 1998, l’Afrique disposait de cinq places en phase finale. Avec la réforme de la FIFA, le continent en compte désormais dix, soit un doublement des opportunités. Toutes les confédérations ont bénéficié de cette redistribution : l’Europe est passée de 13 à 16 représentants, l’Asie de 6 à 9, la CONCACAF de 4 à 6, tandis que l’Amérique du Sud conserve six places. En 2018, en Russie, aucune sélection africaine n’avait franchi la phase de groupes. En 2022, au Qatar, seules deux équipes le Maroc et le Sénégal avaient atteint les huitièmes de finale. Quatre ans plus tard, la tendance s’inverse : neuf équipes africaines sur dix poursuivent au-delà du premier tour. L’Afrique de l’Ouest aligne quatre représentants (Sénégal, Ghana, Côte d’Ivoire, Cap-Vert), l’Afrique du Nord en place trois (Maroc, Égypte, Algérie), tandis que l’Afrique centrale et australe se positionne avec la RD Congo et l’Afrique du Sud.
Le vrai test commence maintenant
La qualification au deuxième tour ne constitue pas une finalité. Depuis 1930, une seule sélection africaine, le Maroc en 2022, a atteint les demi-finales. Le Cameroun en 1990, le Sénégal en 2002 et le Ghana en 2010 se sont arrêtés en quarts de finale. Le Mondial 2026 change donc la nature de la question. Il ne s’agit plus de savoir si l’Afrique peut sortir des poules, mais combien de sélections peuvent atteindre les quarts, voire briser le plafond historique des demi-finales. L’Europe reste la confédération la plus représentée avec 16 équipes. 13 ont déjà validé leur présence en seizièmes de finale, dont l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Portugal ou encore les Pays-Bas. 5 pays sud-américains, 3 pays nord-américains et 2 pays asiatiques ont validé leur billet pour les 16e de finale.
Une limite historique demeure toutefois intacte : une seule sélection africaine, le Maroc en 2022, a atteint les demi-finales d’une Coupe du monde. Le Cameroun en 1990, le Sénégal en 2002 et le Ghana en 2010 s’étaient arrêtés aux portes du dernier carré. La question n’est donc plus celle de la qualification. Elle est désormais celle du plafond compétitif : jusqu’où ce collectif africain peut-il aller ? Si plusieurs sélections franchissent encore un cap en 2026, cette édition pourrait marquer l’histoire.
Ange Kouadio, à Philadelphie




