LA CHRONIQUE DU LUNDI-Décryptage de l’Architecture du Gouvernement Ivoirien autour d’Hamed Bakayoko,le nouveau premier ministre

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Hamed Bakayoko, un choix très politique

Les observateurs ont considéré que le Premier ministre, Hamed Bakayoko, nommé le 30 juillet 2020, doit imprimer, dans un temps très court, sa marque, et conduire le RHDP à la victoire le 31 octobre 2020 avec le même gouvernement. L’architecture a un peu changé et il n’est pas demandé au nouveau Premier ministre de tenir le même rôle que celui que tenait Amadou Gon Coulibaly. Alors qu’il était Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly était aussi ministre du Budget et du Portefeuille de l’État. Mais avant lui Duncan avait été ministre de l’économie et des finances, Ahoussou avait été ministre de la justice, et Soro ministre de la Défense, tout en étant Premier ministre. Ce qui aurait été surprenant est que Hamed Bakayoko n’ait pas été également ministre de la Défense, là où d’autres voient plutôt le fait qu’il ne soit pas en charge du budget et du portefeuille de l’État. Il est donc normal que Moussa Sanogo devienne ministre du Budget et du Portefeuille de l’état, alors qu’il était délégué auprès du Premier ministre ! Pareil pour Emmanuel Esmel Essis est nommé ministre de la promotion des investissements privés. Autre transfert à la présidence, le ministre Claude Isaac De, chargé de la coordination des grands travaux, un poste qu’il occupait auprès du Premier ministre AGC. Contrairement aux Premiers ministres Ahoussou, Duncan et Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko n’a pas de ministre dengue dans son principal domaine de compétence.


Le rôle d’Hamed Bakayoko

Ce « léger » réaménagement technique du gouvernement n’est pas un désaveu pour Hamed Bakayoko. Il faut y voir une redistribution des rôles dans la stratégie de campagne autour de la figure du chef avec Hamed Bakayoko, le Premier ministre, pour une action politique qui doit permettre de renouer le dialogue avec les populations ; Adama Bictogo, le directeur de campagne, pour la mobilisation des militants et des sympathisants.

● Hamed Bakayoko est, dans l’esprit des populations, celui qui, au terme d’un remarquable parcours de militant, est devenu ministre tout en restant très proche du peuple, comme le montre son élection à Abobo, l’une des communes les plus peuplées et les plus pauvres d’Abidjan. Hamed Bakayoko a ce sens du contact, cette empathie avec les gens et cette intelligence de la rue qui font les grandes figures charismatiques de la politique. Alors qu’Amadou Gon Coulibaly pouvait apparaître comme un technocrate formé au moule du FMI, Hamed Bakayoko apparaît comme un homme du peuple, proche des préoccupations des Ivoiriens et de la jeunesse. Étudiant à Ouaga, n’a-t-il pas découvert Thomas Sankara et les discours de lutte ? À son retour à Abidjan, Hambak militera au sein du Mouvement des Etudiants et Elèves de Côte d’Ivoire (MEECI). Cette capacité à mobiliser la jeunesse est un atout au moment où le front anti-Ouattara a tenté de faire descendre dans la rue des jeunes afin de protester contre la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat.

● Dans les fonctions régaliennes qu’il a assumées, ministre de l’Intérieur et ministre de la Défense, Hamed Bakayoko a montré qu’il était en capacité de protéger les Ivoiriens et la nation. Selon un communiqué de la Présidence du 30 juillet, « le président de la République a procédé à la signature d’un décret portant nomination de M. Hamed Bakayoko en qualité de Premier ministre », tout en conservant le portefeuille de la Défense. On se souvient qu’en janvier 2017, des militaires mutins avaient pris le contrôle de Bouaké. Pour rétablir l’ordre, Hamed Bakayoko, ancien ministre de l’Intérieur, est nommé le 19 juillet 2017, ministre de la Défense, avec le titre de ministre d’État. Au fil des années, depuis son adhésion au RDR, l’enfant d’Adjamé est devenu l’une des pièces essentielles du dispositif d’Alassane Ouattara.

Qui décide quoi ? Qui fait quoi ? Dans quel but ?

Le choix d’Hamed Bakayoko comme Premier ministre n’est pas un choix par défaut. C’est, au contraire, un choix très politique, mûrement réfléchi, qui marque, pour Alassane Ouattara la volonté d’assumer un retour à la politique. Les « techniciens » sont à la présidence, les « politiques » sont sur le devant de la scène : les deux figures emblématiques que sont, auprès des militants, Hamed Bakayoko et Adama Bictogo, et les ministres, tous restés au gouvernement, que le Premier ministre enverra sur le terrain. L’Histoire retiendra qu’Hamed Bakayoko, tout en respectant l’autorité du Président de la République, incarne une façon nouvelle de remplir la fonction de Premier ministre. Dans ce temps très court, moins de 3 mois avant l’élection présidentielle, la force d’Hamed Bakayoko est de ne pas apparaître, aux yeux des Ivoiriens comme un autre Amadou Gon Coulibaly. Un signe qui ne trompe pas : après avoir été reçu par Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko, sans protocole, est monté à côte du chauffeur de la voiture qui l’attendait.

Christian GAMBOTTI,
Agrégé de l’Université,
Président du think tank Afrique & Partage-
CEO du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) –
Directeur des Collections L’Afrique en Marche, Planète francophone
Directeur de la rédaction
du magazine Parlements & Pouvoirs africains

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