LA CHRONIQUE DU LUNDI -Les trois défis qui attendent Alassane Ouattara : -L’instauration du dialogue politique -La gestion de la crise sanitaire et sociale -L’annulation de la dette africaine

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Elu pour un troisième mandat, Alassane Ouattara voit s’ouvrir devant lui trois chantiers, qui sont autant de défis : l’instauration du dialogue politique, la gestion de la crise sanitaire et sociale et, à l’international, le combat pour l’annulation de la dette africaine.

Sur le premier chantier, l’instauration du dialogue politique, Alassane Ouattara après la validation de son élection par le Conseil constitutionnel, a fait les premier pas, afin de décrisper la situation sociopolitique : son adresse à la nation le lundi 9 novembre, la rencontre avec le Président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, le 11 novembre. De son côté, le jeudi 12 novembre, le Premier ministre Hamed Bakayoko a reçu en audience, ce qui n’est pas un hasard, les représentants du Fpi, Assoa Adou et Dano Djédjé, deux hauts cadres pro-Gbagbo. L’ex-chef d’État ivoirien avait pris l’initiative d’appeler au téléphone Hamed Bakayoko au lendemain de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle par la Commission Electorale Indépendante (CEI), affirmant ainsi clairement une volonté d’apaisement. Ouattara sait que rien n’est possible sans stabilité politique, ce qui montre l’urgence de renouer les fils du dialogue politique. Dans un pays stable, convaincu que, face à la Covid 19, aucun pays ne peut agir seul et que l’Afrique a besoin d’initiatives de portée mondiale, Ouattara aura l’esprit plus libre pour agir en faveur de l’annulation de la dette publique africaine.

L’instauration du dialogue politique : une équation compliquée ?

Félicité et encouragé par toute la communauté internationale et par ses pairs africains pour son élection, Alassane Ouattara a posé des actes qui visent à permettre de renouer les fils du dialogue politique entre les adversaires d’hier. Manifestement, les grands leaders de l’opposition que sont Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo ont choisi d’apaiser les tensions. Dans sa lettre de félicitations adressée à Alassane Ouattara pour son élection, le président français, Emmanuel Macron, écrit : « Au regard des violences et des tensions qui ont surgi à l’occasion de ce scrutin, le dialogue que vous avez initié le 11 novembre avec le président Henri Konan Bédié est porteur d’espoir. Je souhaite que ce premier pas vers le rassemblement et l’ouverture puisse jeter les bases concrètes d’une réconciliation plus large et plus durable entre tous les Ivoiriens et toutes les sensibilités politiques dans le respect de l’État de droit, afin de tourner la page de la violence et de la division. » Si Macron affirme la confiance qu’il a en Ouattara pour porter cette ambition du dialogue politique, il demande au président ivoirien d’ accorder aux nouvelles générations la place qui leur revient. »
L’équation du dialogue politique reste malgré tout une équation compliquée. Henri Konan Bédié s’est entretenu le vendredi 13 novembre 2020, avec la Coalition pour la Démocratie, la Réconciliation et la Paix (CDRP). Or, la CRDP maintient son mot d’ordre de désobéissance civile et pose, comme préalables au dialogue politique, des conditions, dont certaines sont inacceptables comme « la cessation de toutes les poursuites judiciaires » et « l’invalidation » du scrutin présidentiel du 31 octobre dernier ». On le voit, Bédié est obligé de jouer les équilibristes entre la CRDP et Ouattara. Les choses sont plus claires du côté du Fpi : Gbagbo en a repris le contrôle. Exit Affi N’Guessan. De son côté, Marcel Amon-Tanoh, qui avait rejoint l’opposition, déplore la création du Conseil national de transition qui n’a aucun fondement légal et il affirme vouloir apporter sa « modeste contribution à un processus de dialogue et de réconciliation inclusif, sans préalable ni conditions, en vue d’aboutir à un compromis au seul bénéfice des Ivoiriens et de la paix ». Il existe, chez Ouattara, une volonté politique forte pour faire aboutir ce chantier.

La gestion de la crise sanitaire et sociale

La crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19 fait chuter les recettes budgétaires des États africains, alors que leurs dépenses sociales et de santé sont en hausse. Sur la gestion de la crise sanitaire et sociale, avec une économie consolidée et diversifiée tout au long de la décennie Ouattara, la Côte d’Ivoire possède, selon les observateurs, tous les atouts pour une sortie de crise rapide, dès l’instant que la pandémie Covid 19 sera, à l’échelle planétaire, sous contrôle. Déjà, le Programme Social du Gouvernement 2019-2020, qui comporte 156 actions, traduisait la volonté du Président de la République, d’intensifier l’action sociale du gouvernement. Afin d’atténuer l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les acteurs économiques des secteurs formels et informels, ainsi que sur les populations, le gouvernement a mis en œuvre un plan de soutien social, économique et humanitaire. Ouattara voudra rendre plus visible l’impact social des politiques publiques.

L’annulation de la dette publique africaine

Dans un message adressé à l’Organisations des Nations Unies, le président Alassane Ouattara a appelé à l’annulation de la dette africaine, afin de permettre aux pays africains de faire face à la pandémie de coronavirus. Le constat est évident : « Face à la progression de la Covid-19, les pays en développement notamment les pays africains subissent plus durement les effets économiques et sociaux de l’absence d’initiative de portée mondiale en faveur de leurs économies ». Cet Appel lancé par le chef de l’État ivoirien semble avoir été en partie entendu par les ministres des finances du G20 qui sont arrivés à un accord. Les États africains pourront négocier une réduction, une extension, un rééchelonnement, voire une annulation de leurs dettes, tout en se soumettant à un programme macroéconomique défini avec le Fonds monétaire international (FMI), qui conserve un rôle pivot dans la restructuration. Difficulté majeure : la Chine et les créanciers privés ne font pas partie de cet accord. Le rayonnement personnel du chef de l’État ivoirien lui permet d’être une voix que l’on veut entendre dans les instances internationales et de faire bouger les lignes.

Christian GAMBOTTI,

Agrégé de l’Université,
Président du think tank
Afrique & Partage-
CEO du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) –
Directeur des Collections L’Afrique en Marche, Planète francophone –
Directeur de la rédaction
du magazine Parlements & Pouvoirs africains

 

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