Dernère publication
Dallas, nous y étions. Nous quittons la grande cité le cœur lourd. Le parcours des Éléphants dans cette Coupe du monde 2026 s’est arrêté au Texas, en huitièmes de finale face à la Norvège.
Pourtant, avant même le coup d’envoi, j’ai bien cru ne jamais vivre ce rendez-vous. Mon vol, prévu à 11 h 30 au départ de Philadelphie, a été annulé par la compagnie aérienne. La seule solution proposée consistait à partir le lendemain, le jour même du match.
Impossible.
Je refuse cette proposition et exige le remboursement de mon billet. Une course contre la montre s’engage alors dans les couloirs de l’aéroport international de Philadelphie. Il faut trouver un autre vol pour Dallas.
C’est à ce moment-là que je fais véritablement connaissance avec les frères Fofana.
Eux aussi sont victimes de cette annulation. Venus spécialement de Paris pour suivre les Éléphants, ils refusent, comme moi, de renoncer au voyage.
Au fil des heures d’attente, je découvre deux passionnés hors du commun. Depuis la Coupe du monde 2006 en Allemagne, ils suivent presque partout la sélection ivoirienne. Des CAN aux Coupes du monde, des matchs amicaux aux rencontres de qualification, ils organisent leur vie autour des Éléphants. Ils connaissent les générations, les joueurs, les entraîneurs et les grandes émotions qui ont marqué l’histoire récente du football ivoirien.
Ils parlent de Didier Drogba, des frères Touré, de Didier Zokora, ou encore de Salomon Kalou comme si c’était hier. Ils évoquent les souvenirs de la génération dorée avec une précision impressionnante. Aujourd’hui, c’est avec le même enthousiasme qu’ils accompagnent la génération d’Emerse Faé.
Depuis le début de ce Mondial, ils étaient à Philadelphie, à Toronto et, malgré les imprévus, tenaient absolument à rejoindre Dallas.
Leur détermination force le respect.
Après plusieurs recherches, nous finissons par trouver quelques places disponibles sur un vol d’American Airlines.
Grâce à Dieu, nous embarquons enfin.
J’arrive certes trop tard pour assister à la conférence de presse d’avant-match d’Emerse Faé, mais suffisamment tôt pour vivre cette affiche historique entre la Côte d’Ivoire et la Norvège.
À notre arrivée, Dallas nous accueille avec une chaleur écrasante. Trente-huit degrés en milieu d’après-midi. Une chaleur sèche qui tranche avec l’humidité de Philadelphie. Ici, tout paraît immense : les gratte-ciel, les échangeurs autoroutiers et les distances. Les avenues sont plus larges que celles de Yamoussoukro.
Autre détail marquant : les drapeaux américains flottent partout. Après quelques renseignements, je comprends que cette omniprésence s’explique par les préparatifs de la fête nationale du 4 juillet, célébration majeure aux États-Unis. Très vite, nous retrouvons ce lundi 29 juin 2026, la communauté ivoirienne de Dallas. L’envie de soutenir les Éléphants est immense. Un obstacle revient cependant dans toutes les conversations : le prix des billets. Beaucoup auraient voulu être présents dans les tribunes, sans pouvoir se l’offrir.
Sur les quelque 69 000 spectateurs du Dallas Stadium, on estime à environ 2 000 le nombre de supporters ivoiriens.
Puis le match est arrivé.
Et avec lui, l’élimination.
Je repense alors aux frères Fofana.
À ces kilomètres parcourus depuis vingt ans derrière les Éléphants. Aux sacrifices financiers, au temps consacré, aux émotions vécues sur plusieurs continents. Leur déception est immense, mais elle n’efface pas leur fidélité.
Avant de nous quitter, l’un d’eux me glisse une phrase qui résume tout : « Ce n’est qu’une étape. Cette équipe est jeune. Son heure viendra. »
Au fond, c’est peut-être cela, être supporter.
Continuer à croire, même lorsque le rêve s’interrompt. Les grandes histoires et les grandes victoires ne s’écrivent jamais en un seul match, ni sans défaites.
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