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A quoi jouent les États-Unis avec le Mali et qu’attend Bamako vraiment de Washington ? Entre pragmatisme, réalisme et attentisme, les deux pays commencent à renouer quelques contacts.
La politique des États-Unis est parfois compliquée à lire en Afrique notamment au Mali où la diplomatie semble agir par à coups. Ainsi, début octobre, le États-Unis ont mis à jour leurs règles de visa et imposé à quelques pays dont le Mali des visas payants. Concrètement, chaque Malien désireux de se rendre aux États-Unis pour affaires ou pour tourisme (visas B1/B2) doivent dorénavant verser une caution comprise entre 5 000 et 10 000 dollars américains. Si le voyageur respecte toutes les règles du visa, la caution est intégralement remboursée. En revanche, s’il dépasse la durée de séjour autorisée ou ne respecte pas les conditions, il peut perdre tout ou partie de l’argent.
l’accord bilatéral
D’autres pays, inscrits sur une « liste noire » (Malawi, Mauritanie, Tanzanie, Zambie…) sont aussi concernés. Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a vivement réagi à cette annonce « déplorant cette décision unilatérale de Washington », a-t-il déclaré. Bamako estime qu’elle « constitue une atteinte à l’accord bilatéral relatif aux visas de longue durée à entrées multiples, en vigueur depuis le 14 avril 2005 ». Cependant cette mesure reste très symbolique car peu d’Américains (4000 environ) viennent chaque année au Mali tout comme peu de Maliens (env. 3000) s’envolent pour New York ou Seattle.
Quelques jours plus tard, le 28 octobre, l’ambassade étasunienne exhortait ses ressortissants à « quitter immédiatement » le pays. Washington pointant à la fois la pénurie de carburant, la fermeture des écoles et des universités ainsi que le conflit persistant entre le gouvernement malien et les djihadistes qui dégradent sévèrement le contexte sécuritaire à Bamako et dans le pays. Une semaine plus tard, revirement de situation. Le secrétaire d’État adjoint, Christopher Landau, après s’être entretenu avec Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères du Mali, a déclaré dans un tweet se « réjouir à l’idée d’une coopération renforcée ! ».
Coup de main salvateur
Comme ils ont tenté de le faire en Afghanistan, les Etats-Unis souhaitent éradiquer la menace djihadiste des lieux où elle prolifère le plus, pour éviter que la menace ne s’étende aussi sur son territoire. Pour ce faire, ils sont prêts à prêter main forte aux pays qui subissent les attaques des groupes terroristes.
A part quelques succès sporadiques, l’armée malienne peine à contenir l’avancée djihadiste qui menace maintenant d’isoler Bamako. Les mercenaires russes d’Africa Corps sensés apporter la stabilité dans la région face aux groupes terroristes sont devenus la cible privilégiée de ces derniers. Mêmes les FAMa déplorent « la passivité et le manque d’agressivité des combattants » russes.
C’est pourquoi la junte malienne qui n’est pas reconnue officiellement et formellement par les Etats-Unis commence, à bas bruit, à demander un petit coup de main salvateur. Naturellement, Donald Trump ne va pas déployer de troupes sur place. Mais déjà des contacts ont été pris, préfigurant l’ouverture d’un nouveau chapitre en termes de coopération militaire.
Des soldats maliens de haut rang ont pris part en février dernier à une formation de haut niveau en droit militaire en partenariat avec l’Institut américain d’études juridiques internationales de la défense (DIILS) et le commandement africain (Africom). Le rapprochement est encore timide entre les deux pays.
Moscou qui tente de maintenir son influence dans l’espace sahélien pourrait en pâtir et y déceler une tentative d’influence sinon de contre-ingérence. Pour l’heure, la Russie regarde sans réagir, serait-ce par manque de moyen ou un désintéressement amorcé ?
Constantine




