Mise de la FIF sous comité de normalisation de la FIFA- Le danger qui guette le football ivoirien : Ce qui s’est passé au Ghana, au Togo, au Bénin et au Mali

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Jeudi 24 décembre 2020, la FIFA a décidé de mettre la Fédération Ivoirienne de Football sous tutelle par l’installation d’un Comité de normalisation (Conor-FIF). Une annonce diversement interprétée par les acteurs du milieu du football ivoirien. Toutefois, cette décision controversée de la FIFA aura un impact sur l’avenir du football local.

Après une longue période de silence, suite à la suspension du processus électoral à la présidence de la FIF, la FIFA a fini par répondre aux dirigeants fédéraux par sa décision de mettre la FIF sous l’autorité d’un comité de normalisation ( Conor-FIF ). La FIFA a estimé que « les instances dirigeantes du football ivoirien ne sont pas parvenues à organiser une procédure électorale conforme aux exigences statutaires et réglementaires applicables à toutes les associations membres de la FIFA ». L’instance dirigeante du football mondial a aussi « tenu compte du fait que le mandat de l’Exécutif a déjà pris fin ».
Par cette décision controversée, la FIFA met fin au mandat du Comité Exécutif et engage la voie d’un nouveau processus électoral. Une nouvelle donnée qui démarrera après l’installation des membres par la révision « partiellement des statuts et le code électoral de la FIF ». La mise en place de ce Conor-FIF par la FIFA se fonde sur l’alinéa 2 de l’article 8 des statuts de la FIFA. « Les organes exécutifs des associations membres peuvent, dans des circonstances particulières, être relevés de leurs fonctions par le Conseil, en concertation avec la confédération concernée, et remplacés par un comité de normalisation pour une période donnée ». En clair, le Conor vient remplacer le Comité Exécutif élu par les membres actifs.
La mise en place de comités de normalisation n’est pas nouvelle. La FIFA se fondant sur les articles 8 et 14 de ses statuts peut décider de nommer un comité de normalisation. Dans les cas les plus fréquents, la FIFA intervient ainsi quand, il y a des questions de mauvaise gouvernance, démission en masse des membres du comité exécutif au sein d’une fédération. La Côte d’Ivoire n’est pas la première nation à goûter à ce calice de la FIFA. Le Cameroun, le Mali, le Ghana, le Togo, le Bénin ont vécu pareille situation qui a plombé le football local. En août 2017, la Fédération camerounaise de Football a été mise sous la normalisation pour une période de 12 mois, qui s’est finalement achevée en 14 mois, après l’élection de Seidou Mbombo Njoya en décembre 2018. En décembre 2017, le Mali va connaître la transition d’un Comité de Normalisation. Le Comité de Normalisation est installé avec des missions bien précises. Il est chargé de gérer les affaires courantes de la FEMAFOOT, de réviser ses statuts, d’identifier les délégués légitimes à son Assemblée Générale et enfin d’organiser et de superviser les élections de son nouveau Comité exécutif au plus tard le 30 avril 2018. Un nouveau comité exécutif dirigé par l’inspecteur des finances, Mamoutou Touré, sera finalement élu le 29 août 2019. La durée effective du mandat du comité de normalisation au Mali était de 20 mois.


La composition du Conor-FIF

En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, la durée du mandat du comité de normalisation est de 12 mois. Le Conor-FIF pourra être composé de 7 à 10 membres au regard de ce qui s’est fait dans les autres pays et en tenant compte de la composition de la commission électorale. Les membres désignés seront tous des Ivoiriens n’ayant pas forcément de lien direct avec le football. Le Comité de normalisation aura pour mission de gérer les affaires courantes de la FIF ; réviser partiellement les statuts et le code électoral de la FIF (lorsque nécessaire dans le contexte des élections) afin de garantir leur conformité avec les Statuts et les exigences de la FIFA, et veiller à leur adoption par l’assemblée générale de la FIF ; réviser les statuts de certaines parties prenantes ; et en dernier lieu, agir en qualité de commission électorale pour l’organisation de l’élection d’un nouveau comité exécutif de la FIF sur la base des statuts et du code électoral révisés. Au regard de l’immensité des tâches à accomplir, il est légitime de se demander si ce mandat ne sera pas prolongé ?


La FIF devant le TAS, convaincue de ses arguments

Devant une telle décision, Le Comité Exécutif de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) a décidé d’exercer toutes les voies de recours devant le Tribunal Arbitral des Sports ( TAS). « Jeudi 24 décembre 2020, la Fédération Ivoirienne de Football a reçu de la FIFA la notification d’une décision portant nomination d’un comité de normalisation pour la Fédération Ivoirienne de Football. Réuni ce jour, et après analyse de cette décision, le Comité Exécutif a conclu au caractère fallacieux et impertinent des motifs qui la sous-tendent. Aussi, le Comité Exécutif a-t-il pris la décision d’exercer toutes les voies de recours devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS)’’, a annoncé la FIF par la voix du Directeur Exécutif Sam Etiassé. Argumentant sur une chaîne de télévision sur les motivations de la FIF de saisir le TAS, Sam Etiassé dit être convaincu de la démarche du comité exécutif. « Nous ne partons pas en victime résignée au TAS, nous sommes convaincus de nos arguments, le TAS ne suit pas les hommes et les institutions mais les faits, ils vont dire le droit. Nous sommes sûrs de gagner ce procès. Le cas de la Côte d’Ivoire est différent des autres pays qui sont sous normalisation, nous sommes sereins et sans bruit et nous allons doucement! », a-t-il expliqué.


Avis partagée dans la famille du football ivoirien

Pendant que le comité exécutif de la FIF s’active à attaquer cette décision, certains acteurs du football saluent cette décision de la FIFA. En l’occurrence, la plupart des membres influents de l’Ex GX. « J’émets également le vœu que la décision de la FIFA ouvre de nouvelles perspectives pour notre football, tant sur le plan sportif que sur ceux de la bonne gouvernance et de l’éthique, ces valeurs n’étant pas dissociables d’une bonne politique sportive », a déclaré Me Roger Ouegnin sur la page Facebook de l’Asec Mimosas lors de sa présentation de vœux. Armand Gohourou, président d’Agir de Guiberoua (suspendu par la FIF pour corruption d’arbitres), membre influent du GX et pion essentiel de la Team Idriss Diallo a salué cette intervention de la FIFA. Quant à Amzal Gamal, président de OSA d’Abobo (D3), il a dit : « c’est décevant qu’on en arrive à la normalisation. Je ne comprends pas pourquoi la FIFA nous met sous tutelle. A mon sens la FIFA devra après analyse du dossier décider si nous partons à cette élection avec trois candidats ou deux candidats. Nous mettre sous tutelle va au-delà de l’élection. C’est une honte pour le football ivoirien. Nous espérons que tout va rentrer dans l’ordre dans les jours à venir pour le bonheur du football. Depuis des mois, le ballon ne roule pas, il n’y a rien à l’horizon. C’est inquiétant », s’est-il indigné

Les probables incidences sur le football ivoirien

Cette situation inédite dans le football ivoirien doit interpeller plus d’un. Déjà que depuis 9 mois le championnat local du fait de la Covid-19 s’est arrêté, cette nouvelle donnée pourrait encore plomber la situation. Si dans la feuille de route du comité de normalisation, il est question de gérer les affaires courantes, sera-t-il en mesure d’organiser un championnat local ? Si oui, avec quels moyens ? Ceux de la FIFA (la FIFA ne finance l’organisation des championnats locaux) ou de l’Etat de Côte d’Ivoire? L’Etat Ivoirien va-t-il financer l’organisation des différents championnats? Le comité de normalisation sera-t-il capable de verser aux clubs les subventions aux clubs de Ligue 1, Ligue 2, Division 3 ? La chaîne cryptée française Canal+ qui est partenaire et diffuseur officiel des matchs de la Ligue 1 pourra-t-elle traiter avec un comité de normalisation ? Au-delà de la problématique liée aux championnats locaux, des présidents de clubs s’interrogent sur la méthode de travail de ce comité à installer. « Le Comité Exécutif en place a été élu par les membres actifs. Ce comité qui tire sa légitimité du fait de la FIFA va-t-il rendre compte aux membres actifs que nous sommes ou à la FIFA? Est-ce que les membres actifs peuvent demander des comptes à ce comité de normalisation? C’est une véritable problématique pour nous présidents de clubs », s’est interrogé Bachir Diabaté, président de l’Entente Sportive de Bingerville. « Le comité de normalisation est dangereux pour le football ivoirien, c’est dangereux pour la Côte d’Ivoire », a soutenu Sam Etiassé.

Ange Kouadio

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