
Dernère publication
Il est des combats que l’on perd sans que l’adversaire ait eu à tirer une seule balle. Il suffit que les siens s’en chargent. Depuis la conférence de presse du procureur de la République sur l’affaire Koumassi-Campement, l’opposition a fait ce qu’on attendait d’elle : elle a attaqué Cissé Ibrahima Bacongo. Rien de surprenant. Le plus inquiétant vient d’ailleurs. Des communicants proches de certains cadres du RHDP ont pris la relève, publication après publication. Des élus du Parti se sont joints au mouvement, certains sans même cacher leur plaisir. Le lynchage a changé de camp. Il se fait désormais à domicile.
01 Trente ans de fidélité
Faut-il rappeler qui est la cible ? Cissé Ibrahima Bacongo est le Secrétaire exécutif du RHDP. Il occupe l’un des postes les plus exposés de la hiérar-chie du Parti, et il n’a jamais cherché l’abri. Chaque fois que le RHDP a été attaqué, dans la presse, sur les plateaux ou dans les meetings, il a été parmi les pre-miers à se lever, souvent seul, rarement remercié. Cette loyauté ne date pas d’hier, et elle ne s’est jamais exercée par temps calme.
Militant du RDR dès ses premières heures, Secrétaire national chargé des affaires juridiques et institution-nelles, puis Directeur de cabinet adjoint du Président Alassane Ouattara de 2000 à 2005, il a servi quand servir coûtait. Lorsque le pouvoir d’alors semblait avoir tout mis en œuvre pour refuser à Alassane Ouattara son certificat de nationalité, c’est lui, le juriste, qui a mené ce combat jusqu’à son terme. Ce document, que l’on voulait rendre impossible, a été obtenu.

Puis vint septembre 2002 et le début de la rébellion armée. Les escadrons de la mort sillonnaient Abidjan ; la quasi-totalité des cadres du Parti avaient quitté le pays pour sauver leur vie. Cissé Bacongo, lui, est resté. Il a tenu le flambeau quand il n’y avait presque plus personne pour le porter. Il était l’un des rares à prendre la parole au nom du Parti sur les radios nationales et internationales et sur les plateaux de télévision, à visage découvert, au moment où chaque mot pouvait se payer très cher. Ceux qui lui font aujourd’hui la leçon sur les réseaux sociaux devraient se demander où ils se trouvaient, eux, en ces heures-là.
02 Koumassi : la mémoire courte
C’est à Koumassi que l’ingratitude atteint son comble. Avant Cissé Bacongo, le RDR, devenu RHDP, n’y avait jamais obtenu le moindre poste électif. Abidjan-Sud était une terre de mission, réputée imprenable. C’est lui qui a ouvert la brèche. C’est lui qui, dès 2011, a conquis le siège de député de Koumassi, avant de remporter la mairie en 2018 et d’installer durablement le Parti dans une circonscription où il ne comptait guère. La forte
assise dont le RHDP jouit aujourd’hui à Koumassi, c’est à lui qu’elle la doit.
Les élus de cette commune qui ruent aujourd’hui dans les brancards feraient donc bien d’avoir le triomphe modeste. Plus d’un doit son écharpe à un terrain que Bacongo a défriché avant eux. On peut avoir des ambitions ; on peut même avoir des griefs. Mais scier la branche sur laquelle on est assis n’a jamais été une stratégie politique. C’est tout au plus une imprudence, et l’histoire des partis enseigne qu’elle se paie toujours.

03 Un soldat que l’on désarme en pleine bataille
« Si le Secrétaire exécutif du RHDP ne bénéficie pas de l’appui du Parti quand il est attaqué, qui en bénéficiera demain ? »
On peut tout reprocher à Cissé Bacongo : son franc-parler, sa raideur, sa manière de bousculer. Mais personne, dans ce Parti, ne peut sérieusement mettre en doute son dévouement. Et c’est précisément ce qui rend la situation absurde. Car la question n’est pas de savoir si l’on aime Bacongo. Elle est beaucoup plus simple, et beaucoup plus grave : si le Secrétaire exécutif du RHDP ne bénéficie pas de l’appui du Parti quand il est attaqué, qui en bénéficiera demain ? Le militant de base ? Le secrétaire départemental ? L’élu local pris dans une polémique ? Ceux qui applaudissent aujourd’hui fabriquent la
règle qui s’appliquera à eux demain : au RHDP, on ne défend plus les siens, on les regarde tomber.
04 Les comptes que l’on croit régler
Soyons lucides. Certains ne voient pas dans l’affaire Koumassi-Campement une question de droit, mais une occasion. Celle de régler, par publications interposées, des comptes qu’ils n’ont jamais eu le courage de solder à visage découvert, dans les instances du Parti. Ils se trompent de méthode, et ils se trompent de calcul.
De méthode, parce qu’un parti a des instances, et que c’est là que se traitent les désaccords, non sur les réseaux sociaux, sous le regard amusé de l’adversaire. De calcul, parce qu’ils sous-estiment l’homme. Celui qui a tenu bon en 2002, quand d’autres fuyaient, ne se laissera pas abattre par une campagne de publications. Il a répondu à la justice sans se dérober. La tempête passera. Il restera debout. Et chacun, ce jour-là, se souviendra de qui était à ses côtés et de qui se réjouissait sur le bord de la route.

05 Après la dissidence électorale, la dissidence numérique
Le malaise dépasse pourtant la personne de Bacongo. Il y a quelques mois à peine, le Parti a dû faire face à la vague des candidatures indépendantes, ces cadres qui, faute d’avoir été investis, ont choisi de se présenter contre les candidats du RHDP. On a alors parlé d’indiscipline, et à juste titre. Ce que l’on observe aujourd’hui en est le prolongement sous une forme nouvelle. Hier, on défiait le Parti dans les urnes. Aujourd’hui, on affaiblit ses dirigeants sur la toile. Le procédé change ; la logique est la même : l’intérêt personnel d’abord, le Parti ensuite, s’il reste de la place.
Un parti n’est pas une foule d’ambitions individuelles qui se tolèrent tant qu’elles y trouvent leur compte. C’est une communauté de destin, qui suppose une discipline minimale : on débat à l’intérieur, on fait bloc à l’extérieur. Quand cette règle s’effrite, ce n’est pas un homme qui est atteint, c’est l’édifice entier.
« Hier, on défiait le Parti dans les urnes. Aujourd’hui, on affaiblit ses dirigeants sur la toile. »
06 Ce que nos devanciers ont su faire
Le RHDP n’est pas le premier parti à gouverner ce pays. Avant lui, le PDCI et le FPI ont exercé le pouvoir, et ils ont connu leurs crises, parfois graves. Sous Houphouët-Boigny, en mai 1991, la descente des militaires à la cité universitaire de Yopougon a soulevé l’indignation ; le pouvoir d’alors a choisi de ne pas livrer ses responsables à la vindicte. Sous Henri Konan Bédié, l’affaire des 18 milliards de l’aide européenne a ébranlé le régime ; le PDCI est resté uni. Sous Laurent Gbagbo, le scandale des déchets toxiques de 2006 a secoué le pays jusqu’au sommet de l’État ; le FPI n’a pas offert à ses adversaires le spectacle de ses propres militants accablant les leurs.
On peut discuter, et l’histoire l’a fait, de la manière dont chacune de ces crises a été gérée. Là n’est pas la question. Ce qui frappe, c’est que dans aucune d’elles le parti au pouvoir ne s’est livré au lynchage public de ses propres cadres. Les désaccords ont existé ; ils sont restés dans les instances. Face à l’adversaire, ces formations ont fait bloc. Il n’y a qu’au RHDP que certains semblent vouloir réinventer la roue, en imaginant une solidarité à éclipses : on soutient les siens tant qu’ils sont forts, on les accable dès qu’ils sont exposés.
07 Le devoir de solidarité
Soutenir Cissé Bacongo n’est pas lui signer un chèque en blanc. La justice fera son travail, et nul ne demande qu’on l’en empêche. Mais entre laisser la justice dire le droit et se joindre à la meute, il y a toute la distance qui sépare un militant d’un opportuniste. Le Président Alassane Ouattara a bâti le RHDP comme un rassemblement ; ceux qui le transforment en arène de règlements de comptes travaillent, qu’ils le veuillent ou non, pour l’adversaire.
Aux communicants qui s’agitent, aux élus qui se délectent, il faut donc rappeler une vérité simple : dans une maison, on ne met pas le feu à la chambre du voisin en espérant garder la sienne intacte. Le Parti attend de ses cadres de la hauteur, de la retenue et de la loyauté. La Direction du Parti saura, en temps utile, apprécier les comportements de chacun. D’ici là, la moindre des choses est de ne pas faire le travail de l’adversaire à sa place.
KONE Abdramane
Secrétaire de Section RHDP « Les Mésanges » d’Adjamé



