Alex Kipré donne du fil à retordre aux candidats du baccalauréat session 2026. Hommage à Alex Kipré à titre costume de Coolbee Ouattara.

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Dans “Les secrets de l’Académie”, Michel Alex Kipré dévoile les coulisses de l’Académie Mimos Sifcom de l’ASEC. Il montre comment on forme des futurs joueurs : discipline stricte, sacrifices, travail scolaire, et éducation humaine avant tout. Pour lui, former c’est préparer des citoyens, pas seulement des champions. L’ouvrage crée la polémique car Kipré brise l’omerta : il révèle la dureté de la formation et le business des transferts. Certains ont dénoncé une image “trop dure”, d’autres ont salué sa franchise.

Ce n’est peut-être pas son livre le plus connu, cependant c’est par ce livre que j’ai connu l’auteur : Michel Alex Kipré. Nous étions en 2016. Comme chaque livre que je lis, j’ai fait le résumé. Bien quelques temps après, lorsque nous nous sommes connus de vrai, je lui ai partagé ce résumé de son livre, il m’en a remercié sans plus. Nous avons gardé de très bons rapports surtout qu’après nous nous sommes retrouvés ensemble à écrire dans le SILA MAG, le respect et la considération n’ont aucunement perdu une once de leur valeur. Pendant que moi je suis dans les hommages, parcours, interviews de 500 à 1000 mots, lui commet des grands genres à partir de 1500 mots. Respect.

Par un hasard, cette nuit du mardi 16 juin 2026, j’ai découvert son nom sur une citation comme sujet de dissertation à une épreuve du Baccalauréat session 2026. Il est donc pour moi, un devoir de lui rendre un hommage à titre costume. Devrais-je le lui dire, non je ne pense pas. Qu’il le découvre dans la presse !

La citation de Michel Alex Kipré, journaliste, écrivain et enseignant ivoirien, extraite de la préface du livre “Tu me fous les boules, vaincre le cancer” d’Agnès Kraidy publié chez Frat-Mat en 2016, est la suivante : « Écrire est exclusivement un acte collectif. »

Pour ne rien cacher, avant, ce sont les auteurs et écrivains d’une certaine époque qui donnaient du fil à retordre aux candidats au baccalauréat. Les noms de Bernard Dadié, Ahmadou Kourouma, Véronique Tadjo ou encore Camara Laye suffisaient à figer les élèves devant leur copie. Leur langue soutenue, leurs univers complexes, leurs références historiques exigeaient un effort de lecture que beaucoup redoutaient.

Aujourd’hui, le sujet du bac 2025-2026 convoque Michel Alex Kipré. Une génération plus jeune, mais déjà incontournable. Ce choix n’est pas anodin. Il dit quelque chose de la littérature ivoirienne contemporaine : elle s’ancre dans le réel, elle dialogue avec la société, et elle forme. La citation retenue, « Écrire est exclusivement un acte collectif », résume cette posture. Elle surprend de la part d’un écrivain, car l’écriture passe pour l’acte solitaire par excellence. Kipré la renverse. Pour lui, l’écrivain n’écrit jamais seul. Il écrit avec sa langue, avec son peuple, avec son époque. Il écrit pour être lu, compris, transmis. L’acte d’écrire devient alors un échange, un partage, une responsabilité. Loin de moi, le désir de traiter ce sujet de bac à la place des jeunes dont je suis plus de 20 leur ainé. Le mien, mon baccalauréat date de 24 ans et je n’ai point l’envie de refaire le chemin.

Relativement à la valeur intrinsèque de l’écrivain journaliste, cette affirmation révèle d’abord une conception éthique de la littérature. Kipré refuse l’idée de l’écrivain-tombeau, enfermé dans sa tour d’ivoire. Pour lui, écrire, c’est répondre à une demande sociale. C’est rendre lisible le monde. C’est donner la parole à ceux qui n’ont pas les outils pour la prendre. Cette idée de collectivité traverse toute son œuvre. Dans ses romans comme dans ses essais, il ne raconte pas seulement une histoire individuelle. Il met en scène une communauté, une ville, un pays. Ses personnages sont des figures sociales : le jeune déscolarisé, la femme battante, le fonctionnaire désabusé, le journaliste engagé. À travers eux, c’est la Côte d’Ivoire qui parle. Écrire collectivement, c’est aussi écrire pour son pays. Kipré fait de la littérature un outil de construction nationale. Il ne cherche pas la prouesse stylistique gratuite. Il cherche l’efficacité, la clarté, l’impact. Son style est direct, accessible, mais jamais simpliste. C’est une littérature qui veut toucher, former, transformer.

Pour comprendre cette valeur sûre, il faut revenir à quelques-uns de ses livres. “Le Pagne noir”, son roman le plus connu, raconte l’histoire d’une femme ivoirienne prise entre tradition et modernité. Derrière le destin d’Affi, c’est toute la condition féminine en Afrique qui est interrogée. Le roman est devenu un classique scolaire parce qu’il parle aux élèves. Il ne les enferme pas dans un passé lointain. Il parle de leur mère, de leur sœur, de leur voisine.

“Les Crapauds-brousse” explore les dérives de la société post-conflit, la corruption, la perte des repères. L’écrivain y dénonce sans juger, il décrit pour que le lecteur prenne conscience. Dans ses essais et chroniques parus dans Frat-Mat, il décortique l’actualité avec la plume du journaliste et le regard du formateur. Il explique, il pédagogue, il rapproche. Chaque article est une leçon de civisme, de langue, de lucidité. L’écriture y est bien collective : elle naît du débat public et retourne nourrir ce débat.

Cette dimension collective prend tout son sens dans sa vie d’enseignant et de formateur au sein de l’Académie de l’ASEC d’Abidjan. Michel Alex Kipré n’est pas seulement un homme de lettres. Il est un passeur. À l’Académie de l’ASEC, il forme des jeunes joueurs, des citoyens. Il leur apprend que la langue est un outil de pouvoir, que l’écriture engage.

Cette posture de formateur explique sa conception de l’écriture. Pour lui, un texte n’existe que s’il est transmis, discuté, approprié par d’autres. L’élève qui lit Kipré devient à son tour acteur du texte. Il le commente en classe, il en débat, il s’en sert pour comprendre son monde. L’écrivain déclenche, l’enseignant accompagne, le lecteur prolonge. C’est ce cercle vertueux que Kipré appelle « acte collectif ». Il ne sépare pas son métier d’écrivain de son métier de professeur. Les deux nourrissent la même mission : élever.

En somme, montrer que Michel Alex Kipré est une valeur sûre de la littérature ivoirienne contemporaine, c’est reconnaître un écrivain qui a su réconcilier exigence littéraire et utilité sociale. Il répète que « le journaliste ne doit pas écrire pour briller, mais pour éclairer », l’auteur et journaliste qu’il est n’écrit pas pour les spécialistes uniquement. Il écrit pour la Côte d’Ivoire. Il a compris que la littérature et la presse ne survivent que si elles restent vivantes, c’est-à-dire lues et partagées. Sa citation sur l’acte collectif n’est pas une phrase de circonstance. Elle est la colonne vertébrale de son œuvre et de son engagement. Elle explique pourquoi ses livres sont étudiés, pourquoi ses chroniques sont lues, pourquoi sa voix compte dans le débat public. Alex Kipré ne donne pas seulement du fil à retordre aux candidats au bac. Il leur donne des outils pour penser. Et c’est peut-être là, la plus grande preuve de sa valeur : il forme des citoyens par la littérature. Dans un pays en quête de repères, Michel Alex Kipré est de ceux qui tiennent la lampe. Son œuvre, enracinée dans le réel ivoirien et ouverte sur le monde, mérite pleinement sa place au programme du baccalauréat. Elle rappelle que la littérature ivoirienne n’est pas figée dans un panthéon lointain. Elle s’écrit aujourd’hui, par des voix comme la sienne, qui font de l’écriture un bien commun.

CoolBee Ouattara.

 

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