Mali : la junte sous pression

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Un mois après l’offensive coordonnée du JNIM et du FLA contre plusieurs villes maliennes, le régime d’Assimi Goïta peine à reprendre l’initiative. Malgré le soutien russe de l’Africa Corps, la junte accumule revers militaires, exactions contre les civils et dérive autoritaire.

Le 25 avril dernier les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et les rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont mené des attaques coordonnées contre Bamako, Kati, Gao, Sévaré et Kidal. Cette offensive, la plus importante depuis 2012, a mis en évidence les fragilités du régime du général Assimi Goïta et l’échec d’une stratégie sécuritaire reposant presque exclusivement sur le soutien russe. La mort du ministre de la Défense Sadio Camara dans une attaque-suicide à Kati, puis la reprise de Kidal par l’alliance JNIM-FLA, ont porté un coup majeur à la junte.

La sécurité toujours attendue

Depuis 2021, le général Goïta avait construit sa légitimité sur la promesse d’une reconquête territoriale grâce au partenariat avec Wagner puis l’Africa Corps. Mais la perte de Kidal, déjà présentée en 2023 comme une victoire historique, fissure ce récit souverainiste. Un mois plus tard, Bamako tient toujours, mais la junte apparaît sur la défensive. Les groupes armés multiplient les embuscades, frappent les axes routiers et maintiennent un blocus partiel de la capitale. Les convois de carburant et de marchandises circulent uniquement sous forte escorte militaire. À l’approche de la Tabaski, l’armée a même dû escorter des camions de moutons vers Bamako pour éviter leur destruction par les jihadistes. Le JNIM mène désormais une véritable guerre d’usure. Son objectif n’est pas forcément de prendre la capitale, mais d’épuiser le régime et de démontrer l’impuissance de l’État. En paralysant les routes, en faisant grimper les prix et en frappant jusque dans les environs de Bamako, le groupe cherche à miner la confiance de la population envers la junte. Face à cette pression, les forces maliennes et leurs alliés russes multiplient les opérations aériennes dans le nord et le centre du pays. Mais ces offensives s’accompagnent d’exactions de plus en plus documentées contre les civils. Le 20 mai, plusieurs sources ont confirmé l’utilisation par l’armée malienne de bombes à sous-munitions dans les régions de Tombouctou et Kidal. Ces armes, interdites par le traité d’Oslo, pourtant ratifié par le Mali, dispersent des centaines de petites charges explosives qui continuent de menacer les populations longtemps après les frappes. Selon des organisations locales, enfants et éleveurs risquent désormais d’être victimes de munitions non explosées.

Répression intérieure

D’autres opérations ont viré au massacre. À Sarkala, dans la région de Ségou, une trentaine de civils peuls, dont des adolescents et un bébé, auraient été exécutés sommairement par des soldats maliens accompagnés de chasseurs dozos. À Téné, une frappe de drone contre une cérémonie de mariage a fait une dizaine de morts. À Guirowel, près de Mopti, huit habitants ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir l’arrivée d’une patrouille militaire. Ces violences rappellent les méthodes brutales déjà reprochées à Wagner au Sahel. Pour plusieurs analystes, l’Africa Corps (qui a remplacé Wagner) assure avant tout la survie politique du régime plutôt que la sécurisation du territoire. Malgré 2 000 à 2 500 combattants russes présents au Mali, la junte n’est toujours pas parvenue à reprendre les zones perdues fin avril. Parallèlement, le pouvoir durcit sa répression intérieure. Depuis les attaques du 25 avril, des opposants, avocats, proches d’exilés politiques et responsables religieux ont été enlevés par des hommes armés non identifiés, selon un mode opératoire attribué à la Sécurité d’État. Les autorités invoquent la lutte antiterroriste et la recherche de complices présumés des attaques jihadistes. Mais pour de nombreux observateurs, cette traque sert aussi à réduire au silence les voix critiques. Le régime bénéficie encore d’un réflexe de “ralliement autour du drapeau” dans une partie de l’opinion. Beaucoup de Maliens continuent de soutenir l’armée face à la menace jihadiste. Mais la promesse centrale de la junte, restaurer la sécurité et la souveraineté, apparaît aujourd’hui de plus en plus fragile.

Constantine

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