LA LETTRE DE L’IA – PAR WAKILI ALAFÉ :Prix du poisson, marges des commerçants et souveraineté alimentaire

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Un seul sujet aujourd’hui, loin des débats sur l’organe électoral ou l’agenda judiciaire : la hausse du prix du poisson sur nos marchés. Le gouvernement a pris la question au sérieux, et cela peut conduire à une interrogation : pourquoi sont-ce des commerçantes et des commerçants qui protestent, plus que les consommateurs ? D’habitude, en effet, ce sont ces derniers qui font le plus entendre leur voix face à la flambée des prix. Cette fois, est-il vrai que la baisse de leurs marges a poussé les commerçants à se montrer plus bruyants ?

Une hausse venue de l’extérieur

La hausse des prix du poisson et d’autres denrées alimentaires n’est pas un phénomène purement ivoirien. Le baril de pétrole est passé de 70 à 110 dollars, renchérissant notamment les coûts de la pêche, de la conservation et du transport maritime. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique et d’El Niño, ainsi que les périodes de repos biologique, qui réduisent les captures au Chili, au Pérou ou au Japon, pays d’où la Côte d’Ivoire importe de plus en plus. De leur côté, le Sénégal et la Mauritanie ont restreint leurs exportations. Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire consomme 732 000 tonnes de poisson par an, pour une production nationale de seulement 83 345 tonnes issues de la pêche, auxquelles s’ajoutent près de 10 000 tonnes issues de l’aquaculture. Près de 88 % de nos besoins sont couverts par les importations. Nous subissons de plein fouet les chocs extérieurs.

Parmi les moins chers d’Afrique

Des chiffres relativisent toutefois la situation, car avec un carton de 20 kg de chinchard à environ 30 500 FCFA après l’intervention du ministre du Commerce, Kalil Ibrahim Konaté, la Côte d’Ivoire se classe parmi les cinq pays africains où ce poisson est le moins cher, aux côtés de la Mauritanie (24 000 FCFA) et de la Namibie (25 000 FCFA). À l’opposé, le même carton coûte 37 000 FCFA au Mali, 39 000 FCFA au Burkina Faso et 43 000 FCFA en RDC.

Qui proteste vraiment ?

Ce sont avant tout des commerçantes et des commerçants qui élèvent la voix. Leur marge par carton serait passée d’environ 3 000 à 1 500 FCFA. Par ailleurs, le chinchard, longtemps considéré comme un poisson « non noble », attire de nouveaux consommateurs face au renchérissement des autres protéines. Une demande accrue sur une offre contrainte pèse forcément sur les prix.

Sortir de la dépendance

Au-delà de l’urgence, cette crise pose la question de notre balance commerciale alimentaire. Nous importons près de deux millions de tonnes de riz par an. Seulement 15 % des couches pour bébés et pour personnes âgées consommées dans le pays y sont produites. Le commerce du manioc échappe en grande partie aux opérateurs ivoiriens. La chaîne du froid et l’organisation des marchés restent des maillons faibles. Des dossiers à gérer en plus de celui du poisson.

Le gouvernement qui en a fait une priorité, veut réduire les importations, encourager la production locale, structurer les filières. Dans ce cadre, des signaux concrets apparaissent, comme la réouverture de l’ancienne usine Utexi à Dimbokro, prévue début 2027 sous le nom d’ITCI, avec un investissement d’environ 8 milliards FCFA.

Loin d’être une crise passagère, la hausse du prix du poisson peut servir à rappeler l’urgence de la souveraineté alimentaire. Celle-ci doit se construire. Et au-delà du gouvernement dans son ensemble, l’action du ministre Kalil Konaté, dans le sillage de son prédécesseur qui a passé plusieurs années à gérer les crises liées à la vie chère, mérite d’être soutenue.

Voilà pour ce jour. La roue de l’actualité continue de tourner. À mercredi pour une autre lettre.

 

AFRIKIPRESSE

https://afrikipresse.com/lintelligentpdf/BM2maROmQRNp72DJP0f1

 

PRESSECOTEDIVOIRE

https://www.pressecotedivoire.fr/titrologie/all

 

ABIDJANNET

https://news.abidjan.net/titrologie

 

YOUSCRIBE

https://www.youscribe.com/intelligent_dabidjan/

 

 

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