Dernère publication
Mon expérience de Coupe du monde, mon immersion dans les à‑côtés se poursuit. Le vendredi 19 juin 2026 a été une autre journée de belle rencontre avec Michel K., un Ivoirien installé en Ontario depuis un peu plus de dix ans. Conducteur Uber, il est satisfait de ses résultats.
Michel se considère comme un symbole d’une immigration réussie. Il dit travailler plusieurs heures par jour et assure pouvoir gagner jusqu’à quinze mille dollars canadiens par mois. Il a trois nationalités (ivoirienne, américaine et canadienne). Il a des projets de retour au pays natal et parle de ses réalisations à Koumassi en Côte d’Ivoire où ses parents habitent.
C’est vrai que toutes les expériences d’émigration ne sont pas réussies et que le retour au pays reste de plus en plus difficile, cependant le cas de Michel K. reste intéressant. D’autant plus qu’il dit avoir démissionné d’un travail précédent parce qu’au Canada, il n’avait pas eu droit pendant plusieurs années à un congé mensuel. Il lui était octroyé seulement une semaine de congé à quatre reprises dans l’année et non un mois entier d’un coup. Bonne nouvelle pour NCI, Life et RTI et leurs chroniqueurs : Michel, comme d’autres Ivoiriens de la diaspora, suit les médias de Côte d’Ivoire. « N’est‑ce pas vous le journaliste Alafé ? Quand j’ai vu votre nom dans la commande Uber, je me suis dit que je connais ce monsieur. » , a dit Michel. C’est ainsi que la conversation a démarré. Elle s’est poursuivie durant le trajet d’une trentaine de minutes, avec échange de contacts et la promesse de se revoir.
Je partais au Royal Sonesta Hôtel pour rencontrer l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Canada, et pour échanger avec le ministre des Sports. J’y ai aussi rencontré l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Mexique. 24 heures avant le match, j’ai été encore édifié par la foi et l’amour du pays de Metch Adjé Silas. Ce même vendredi, le ministre a réitéré un appel à la mobilisation des supporters à Milton. À la diaspora, il a aussi transmis le message du ministre Adama Dosso, qui venait d’arriver à Toronto.
Ayant eu une deuxième journée bien remplie à Toronto, c’est l’esprit confiant et optimiste que j’ai abordé le lendemain la confrontation des Éléphants contre l’Allemagne.
Notre match. Grâce aux bons soins des collaborateurs du ministre, que sont Hadja Rimah Touré et Adam Khalil, j’ai pu accéder au stade et suivre la confrontation dans l’allée du président du CNSE, avec à mes côtés une supportrice qui donnera de la voix jusqu’à la fin. Les larmes de cette supportrice des Éléphants au coup de sifflet final ne m’ont pas laissé indifférent ni insensible. Ces larmes m’ont désarmé et laissé impuissant.
Cela dit, la nouvelle est connue de tous depuis maintenant deux jours : l’équipe nationale de Côte d’Ivoire s’est inclinée face à l’Allemagne, le samedi 20 juin 2026 à Toronto, pour le compte de la deuxième journée de la phase de groupes du Mondial 2026. Les Éléphants ont cédé sur le score de deux buts à un.
J’ai estimé à environ 5 000 le nombre de supporters des Éléphants sur un peu plus de 44 000 spectateurs. Minoritaires dans un stade largement acquis à l’adversaire, ces supporters ont pourtant su se faire entendre. Mais d’où venaient‑ils et comment sont‑ils sortis de partout partout (Himra) après la polémique des supporters absents et de supporters sans tickets ni visa ? En tout cas, s’agissant du Canada, la question des restrictions du visa américain n’a pas eu d’impact sur la mobilisation des supporters des Éléphants.
Pendant la rencontre, alors que nos joueurs dominaient, j’avais écrit ces notes : « Les Éléphants en classe patron, ou la leçon de football donnée à l’Allemagne. » J’avais ajouté que l’avenir du football, comme l’avenir de la planète, se trouve en Afrique. C’est vrai que l’histoire ne retient que les victoires, qu’elle ne retient que les vainqueurs. Cependant, dois‑je effacer ces lignes et en avoir honte ? Non. Au contraire, je maintiens mes impressions de l’instant, pendant qu’on dominait. Au stade de Toronto, j’ai vu une équipe qui s’est épuisée et qui s’est laissée surprendre en voulant humilier l’Allemagne. Pour moi, elle ne cherchait pas seulement à gagner. Elle exhibait en même temps un talent insolent avec hargne et détermination. Elle avait un jeu peu soucieux du rang mondial de l’adversaire. Avoir battu, en match préparatoire , le numéro un au classement FIFA donne forcément des ailes. Quand on a traversé et vécu en direct toutes ces émotions , on refuse le « Adingra Bashing » qui rend le joueur seul responsable de la défaite. On ne se contente pas de peu . Nullement mais je suis de ceux qui ne sont pas d’accord avec l’idée que le football est ingrat , sur les défaites du jour font oublier les victoires d’hier ainsi que les victoires à venir.
Les critiques visant Adingra portent aussi sur son irrégularité et son manque de confiance. Ces critiques disent que, depuis la CAN 2023 remportée par notre pays, le joueur peine à s’imposer durablement en club et en sélection. Pour les supporters qui assument l’idée que le football est ingrat, l’occasion de but manquée par le joueur Adingra illustre les difficultés actuelles qu’il rencontre. Pour eux, la sélection doit privilégier l’efficacité plutôt que l’émotion. Eux, ils considèrent qu’ils ne sont pas dans l’émotion. Ils croient être dans une démarche scientifique ou rationnelle, une démarche sans émotions, disqualifiant d’avance les opinions contraires. Ils ne sont pourtant que sous l’emprise de leur qualité de supporters ivoiriens.
Cette critique est, selon moi, injuste et forte. Je pense que le joueur Adingra a plutôt choisi de contourner les adversaires en face. Il y’a celui qui est venu l’accrocher et il y avait un autre défenseur et le gardien qui fermaient le champ de tort. Le joueur n’a pas voulu tirer dans un angle fermé. Alors , pour augmenter ses chances de marquer le but, il a tenté un contrôle pour se placer en meilleure position pour cadrer. Son échec ne justifie ni son dénigrement ni sa remise en cause. Le « Adingra Bashing » n’arrange personne.
Rendez‑vous le 25 juin 2026 à Philadelphie, pour un match tout aussi important face à Curaçao, avec en bagage le retour de l’humilité. Car nous étions en pleine lune et en perte de modestie. Souvent, lorsque l’humilité nous a fait défaut, nous l’avons payé. Nous n’étions pas arrivés quelque part, mais déjà nous rêvions d’être la première nation africaine à être championne du monde.
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